Commissariat attaqué aux fusées d'artifice
Entre octobre 2020 et novembre 2021, plusieurs commissariats français ont subi des attaques aux fusées d'artifice d'une violence préoccupante. Ces incidents ne sont pas des faits divers isolés : ils dessinent une tendance inquiétante, documentée dans au moins quatre villes différentes, et révèlent un usage détourné d'engins pyrotechniques capables de blesser grièvement.
Des commissariats pris pour cibles dans plusieurs villes de France
Le samedi 10 octobre 2020, vers 23h50, environ 40 individus ont lancé une attaque coordonnée contre le commissariat de Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. Des mortiers d'artifice et divers projectiles ont visé le bâtiment, forçant deux policiers en pause devant l'entrée à se replier à l'intérieur. Huit mortiers ont été retrouvés à proximité des lieux. Plusieurs véhicules de service et la porte vitrée du commissariat ont subi des dégradations. Les forces de l'ordre ont dispersé le groupe vers 1h du matin, sans faire de blessés. Dès le lendemain, une personne a été placée en garde à vue.
Ce n'était pas la première fois. Le même commissariat avait déjà essuyé des attaques similaires en avril 2020. Laurent Jeanne, maire de Champigny-sur-Marne, a fermement condamné ces agissements. Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, a répondu sans détour : "Les petits caïds n'impressionnent personne et ne décourageront pas notre travail de lutte contre les stupéfiants."
Quelques jours après, c'est le commissariat de Pau, rue O'Quin, qui a été ciblé un vendredi soir peu après 23 heures. Au moins 4 individus ont tiré plusieurs fusées d'artifice contre le bâtiment avant de prendre la fuite. David Book, directeur départemental de la sécurité, a confirmé l'attaque. Christophe Labarthe, du syndicat Unité SGP police, a pointé l'imprudence mortelle du geste : "Un collègue aurait pu sortir à ce moment-là. Et il y a des travaux, il aurait pu y avoir un début d'incendie." Daniel Domenge, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police, a qualifié l'acte de "gratuit et lâche", exprimant son inquiétude pour les agents comme pour les riverains.
Le 12 octobre, environ 100 policiers s'étaient rassemblés à Pau pour dénoncer collectivement les agressions dont ils font l'objet. Les deux syndicats, Alliance Police et Unité SGP police, réclament des sanctions exemplaires dès que les auteurs sont identifiés.
| Commissariat ciblé | Date approximative | Nombre d'assaillants | Blessés |
|---|---|---|---|
| Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) | 10 octobre 2020, ~23h50 | ~40 individus | Aucun |
| Pau (rue O'Quin) | Vendredi soir, ~23h | Au moins 4 | Aucun |
| Villeneuve-d'Ascq (métropole de Lille) | Nuit du 2 au 3 novembre 2021, ~minuit | 10 à 15 | Aucun |
| La Courneuve (Seine-Saint-Denis) | Dimanche 17 mars | Plusieurs dizaines | 2 policiers |
Dans la nuit du 2 au 3 novembre 2021, vers minuit, entre 10 et 15 individus ont dégradé la façade du commissariat de Villeneuve-d'Ascq, dans la métropole de Lille, à coups de fusées d'artifice. L'attaque serait liée, selon plusieurs sources, à l'interpellation dans la journée d'un pilote de scooter sans plaque ayant fui un contrôle. D'autres évoquent les tensions autour du trafic de stupéfiants dans le quartier de Pont de Bois. Un policier a résumé l'ambiance en deux phrases : "Comme d'habitude, on dérange les 'affaires' et on veut nous le faire payer." Des renforts ont été déployés dès le soir du 3 novembre par la préfecture. À La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, plusieurs dizaines de personnes ont tiré des mortiers en direction du commissariat un dimanche 17 mars, dans un contexte de tensions après la mort de Wanys, adolescent de 18 ans percuté par une voiture de police à Aubervilliers lors d'un refus d'obtempérer. Deux policiers ont été blessés lors de cet assaut, le seul à avoir fait des victimes dans les cas documentés.
Ce que les mortiers d'artifice peuvent vraiment faire comme dégâts
Beaucoup minimisent ces engins parce qu'ils viennent des rayons de feux d'artifice. C'est une erreur dangereuse. Un mortier d'artifice est un dispositif pyrotechnique composé d'un tube, en carton, métal ou plastique, conçu pour être planté au sol et projeter un projectile vers le ciel. Utilisé en tir tendu, c'est-à-dire à l'horizontale, il change radicalement de nature.
Voici les risques concrets documentés lors d'un usage détourné :
- Projection du projectile à plusieurs dizaines de mètres à très grande vitesse
- Impact capable de casser un os ou d'arracher une main
- Trajectoire imprévisible en raison du manque de précision
- Risque d'incendie si le projectile pénètre par une fenêtre ouverte ou touche un véhicule
- Dégradations significatives sur les façades et les vitres
La charge explosive reste faible, mais ce paramètre ne protège personne quand le tir est direct. Christophe Labarthe l'a dit clairement à Pau : le facteur chance est le seul qui a évité un drame. Ces engins n'ont aucun rapport avec les pièces d'artillerie militaires, mais leur détournement constitue une agression caractérisée contre des agents de l'État.
Quand les violences anti-policières entrent dans le débat politique
La répétition de ces faits entre 2020 et 2021 a fini par peser sur l'agenda politique. Le sujet s'est invité dans la campagne présidentielle de 2021-2022, surtout après la découverte de tags appelant à s'en prendre à des policiers à Savigny-le-Temple, en Seine-et-Marne. Xavier Bertrand a proposé une réponse législative directe : une peine minimale de prison pour tout individu s'attaquant aux forces de l'ordre.
Daniel Domenge, du syndicat Alliance Police, redoute que "la haine anti-flics" ne se propage à d'autres villes si aucune réponse ferme n'est apportée. Pour les syndicats, banaliser ces attaques serait la pire des réponses. Chaque tir de mortier contre un commissariat, qu'il touche ou non un agent, teste une limite. Et chaque incident sans suite judiciaire significative repousse cette limite un peu plus loin.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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