Samedi 13 juin 2026

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Colombie au-delà des clichés : la vraie réalité

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Par Romain
6 min de lecture
Colombie au-delà des clichés : la vraie réalité

La Colombie compte parmi les pays les plus mal compris du monde. Des décennies de couverture médiatique focalisée sur les cartels, la guérilla et Pablo Escobar ont figé l'image du pays dans les années 1980. Résultat : des millions de voyageurs potentiels se privent d'une destination extraordinaire, pilotés par des représentations qui ne correspondent plus à aucune réalité concrète.

Colombie et sécurité : démêler le vrai du faux

Soyons directs. Oui, la Colombie a traversé une guerre civile brutale, alimentée par des groupes armés et le narco-trafic. Mais ce pays a changé, profondément et concrètement. Les FARC n'existent plus depuis 2013, date à laquelle le groupe a entamé des pourparlers de paix officiels avec le gouvernement. Le processus de fin de guerre civile a débuté il y a une dizaine d'années, et les zones autrefois sous contrôle des guérilleros se sont considérablement réduites.

L'exemple d'Ingrid Betancourt revient souvent dans les conversations. Cette Franco-Colombienne, enlevée pendant sa campagne présidentielle, s'était rendue dans des zones sous contrôle des FARC où on lui avait explicitement interdit d'aller. Ce n'était pas une touriste ordinaire. Pour un voyageur appliquant les consignes habituelles en Amérique latine, le risque d'enlèvement est quasi nul aujourd'hui.

Pour les vols, voici ce que l'expérience enseigne : quelqu'un ayant vécu vingt ans en Colombie sans incident majeur s'est fait voler deux fois en deux semaines en Suisse. Cela replace les choses dans leur contexte. Bogotá se compare à Paris en matière de criminalité urbaine : certains quartiers méritent la prudence de nuit, d'autres sont parfaitement tranquilles. Le bon sens fait l'affaire.

La série Narcos a cristallisé une image que les Colombiens eux-mêmes rejettent. Peu regardée localement, elle est jugée infidèle à la réalité. Le fait que l'acteur principal soit brésilien, avec un accent perceptible pour tout hispanophone, agace franchement les Colombiens. Parler sans cesse d'Escobar à un habitant de Bogotá ressemble à peu près à ce que ressentiraient des Allemands qu'on interpellerait en permanence sur Hitler. C'est lourd, et c'est incompris.

La réalité géographique et culturelle qui surprend les visiteurs

Voici un tableau qui illustre les contrastes climatiques souvent ignorés entre les principales villes colombiennes :

Ville Climat Température moyenne
Bogotá Montagnard, pluies fréquentes 18°C
Medellín "Ville de l'éternel printemps", pluies abondantes 22-24°C
Carthagène-des-Indes Côtier, chaleur forte 30-33°C
Parc national Tayrona Tropical, très humide 32°C

Le Parc national Tayrona mérite qu'on s'y attarde. L'excursion de 14 km traverse une forêt dense à 32°C : sentiers bien balisés, ponceaux au-dessus de ravins rocheux, singes dans les branches, fleurs éclatantes. Sur une plage déserte à perte de vue, la mer prend une couleur turquoise saisissante. J'y ai croisé une famille du peuple Arhuacos, vendant de l'eau de coco. Le père avait 20 ans, la mère 18 ans, et ils élevaient déjà 4 enfants. Le mariage très jeune est une tradition profondément enracinée chez ce peuple indigène.

Minca, nichée dans les contreforts de la Sierra Nevada colombienne, se rejoint en Land Rover d'un autre âge, sept personnes entassées, aucun confort, Wi-Fi quand même. L'Hacienda La Victoria, propriété de la famille Weber depuis des décennies, accueille une plantation de café où tourne encore une machinerie importée à la fin du XIXe siècle. On y sert un café noir arabica en tasse courte, filtre, jamais expresso. Un Colombien francophone y brasse sur place la Happy Toucan, une bière rousse de type irlandais, en pleine forêt tropicale.

Ce que les médias taisent sur les Colombiens et leur société

Trois idées reçues méritent d'être examinées franchement :

  1. La drogue : la Colombie produit effectivement de la cocaïne, principalement destinée à l'exportation. Mais le pays réprime sévèrement la consommation. La culture personnelle de cannabis est tolérée jusqu'à 20 g par personne. Sur le progressisme social, la Colombie se rapproche de l'Uruguay : avancées sur le mariage gay, dépénalisation partielle de l'avortement.
  2. L'ouverture sociale : à Bogotá, la visibilité gay dépasse ce que beaucoup de visiteurs européens anticipent. Personne n'y fait attention, ce qui est précisément le signe d'une société mature.
  3. Les inégalités : le pays est économiquement riche mais traversé par une pauvreté massive. Les quartiers huppés de Bogotá ou certains secteurs de Medellín évoquent Miami. Ailleurs, la réalité sociale est tout autre. Ces contrastes coexistent sans se mélanger.

99% des Colombiens sont des gens ouverts, chaleureux, curieux des étrangers. Cela ne relève pas d'un discours touristique : c'est simplement l'expérience que rapportent systématiquement ceux qui y séjournent. À Rioacha, la réserve naturelle El Matuy propose des cabanes sans électricité mais avec lit et salle de bain extérieure, au bord d'une plage quasi déserte. La nuit, les grenouilles et insectes assurent la bande-son. Au matin, les perroquets prennent le relais.

Partir en Colombie : par où commencer concrètement

Pour un premier séjour, ne pas vouloir tout voir d'un coup est le meilleur conseil. Bogotá, capitale à l'aéroport moderne, ses hôtels au décor soigné et son centre historique transformé en paradis du street art, constitue une porte d'entrée parfaite. Elle surprend immédiatement par son climat frais, loin de la chaleur tropicale que beaucoup anticipent.

La côte caraïbe offre une programmation radicalement différente : Santa Marta avec ses suites vue sur mer, le Parc national Tayrona à moins d'une heure, Minca pour une parenthèse montagnarde décalée. Aucun restaurant de chaîne américaine à l'horizon, ce qui dit beaucoup sur le caractère préservé du pays.

La vraie question n'est pas de savoir si la Colombie est sûre. Elle l'est, avec du discernement. La vraie question : combien de temps encore allez-vous laisser des clichés vieux de quarante ans décider à votre place ?

L'auteur

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Romain

Rédaction de Le JSD.

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