Samedi 13 juin 2026

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Chapiteau Raj'ganawak reprend service à Saint-Denis

H
Par Harry
5 min de lecture
Chapiteau Raj'ganawak reprend service à Saint-Denis

Le dimanche 9 avril 2017, le chapiteau Raj'ganawak a officiellement repris du service à Saint-Denis, après trois ans d'inactivité et un an et demi de préparation minutieuse. Un retour attendu pour ce lieu atypique, né en 1998 d'une idée un peu folle et devenu au fil des années un repère culturel et solidaire dans la ville.

Des origines insolites pour un lieu devenu immanquable

Tout commence avec Cédric Simoneau, fondateur de l'atelier de décors Nawak & Ventilo, qui rachète un ancien garage et le convertit en théâtre. Le mot "Raj'ga" vient d'ailleurs directement de là, "garage" écrit en verlan. De 1998 à 2003, le site accueille des spectacles dans cet esprit bricolé et créatif qui caractérise les lieux culturels alternatifs.

En 2002, une gamine de 16 ans débarque. Camille Brisson, dite Camo, trapéziste dans l'âme, s'empare des lieux avec deux amies et transforme radicalement l'espace en chapiteau de cirque. Ce n'est pas rien : elle n'a pas encore passé le bac, et elle pose déjà les bases d'un projet qui tiendra plus de vingt ans. À 27 ans, elle en devient la responsable principale.

Entre 2002 et 2010, le Raj'ganawak se construit une identité forte. Ateliers quotidiens, scènes ouvertes, soirées festives... Le chapiteau n'est pas qu'un lieu de spectacle, c'est un espace de vie. Ce modèle hybride, entre pratique artistique et ancrage populaire, tranche avec les équipements culturels traditionnels. Franchement, peu d'endroits cumulent autant de dimensions en si peu de surface.

Un cirque au cœur d'une crise humanitaire

2010 marque un tournant brutal. Le démantèlement du bidonville Hanul contraint le chapiteau à se déplacer Passage Dupont à la Plaine. Mais Camo ne se contente pas de déménager : dans les 250 m² du cirque, elle héberge plus de 150 personnes pendant quatre jours. Familles roms, enfants, personnes âgées... Le chapiteau devient refuge d'urgence.

C'est dans ce contexte que le réalisateur Ioanis Nuguet, compagnon de Camo, tourne Spartacus et Cassandra, documentaire retraçant l'histoire de deux enfants roms recueillis par la jeune femme. Le film est nominé au festival de Cannes en 2014. Une reconnaissance internationale pour une histoire née dans la boue d'un bidonville dionysien.

Ce passage par la Plaine résume bien ce que le Raj'ganawak représente : un espace culturel capable d'absorber l'urgence sociale sans perdre son identité artistique. Peu de lieux peuvent en dire autant.

Le retour au 3, rue Ferdinand-Gambon

Depuis octobre 2015, Camille Brisson a posé ses mâts au 3, rue Ferdinand-Gambon, à deux pas de la gare RER de Saint-Denis. La reprise officielle du service intervient donc dix-huit mois plus tard, avec une programmation d'essai jusqu'en juin avant un lancement complet prévu en septembre.

Le premier cabaret a lieu le samedi 15 avril 2017 à 20h. L'entrée est fixée à 1 euro plus chapeau, une politique tarifaire qui dit tout du projet. Pour les activités régulières, voici ce que propose le chapiteau :

  • Adhésion annuelle à l'association : 15 euros
  • Tarif par séance : 3 ou 5 euros selon les ateliers
  • Atelier de boxe féminine en semaine
  • Entraînement cirque tous niveaux
  • Cinés surprises mensuels
  • Bals et cabarets hebdomadaires

Le chapiteau dispose aussi du soutien d'acteurs culturels du territoire comme le théâtre Gérard Philippe, l'Académie Fratellini et le 6b. Thaïs en assure l'administration. Ce réseau n'est pas anodin : il légitime le projet auprès des institutions tout en préservant son indépendance.

Période Situation du chapiteau Événement marquant
1998-2003 Ancien garage transformé en théâtre Fondation par Cédric Simoneau
2002-2010 Développement comme espace culturel Prise en main par Camille Brisson
2010 Passage Dupont à la Plaine Hébergement d'urgence post-bidonville
Octobre 2015 Retour rue Ferdinand-Gambon Reprise progressive des activités
Avril 2017 Reprise officielle du service Premier cabaret le 15 avril

Un modèle solidaire ancré dans la réalité du terrain

La petite école du Raj'ganawak illustre parfaitement ce que ce lieu a de singulier. Chaque mercredi, en partenariat avec l'ASET 93, des enfants non scolarisés repérés dans les bidonvilles et hôtels sociaux viennent apprendre avec des bénévoles. Des jeunes Roms et des réfugiés syriens sans accès à l'école participent à ces sessions depuis plus d'un mois avant la réouverture officielle d'avril 2017.

Le chapiteau est aussi mis à disposition des associations et des habitants pour des lectures de textes écrits par les riverains eux-mêmes. Cette dimension participative n'est pas du folklore : c'est le cœur du projet.

Pour la suite, les ambitions ne manquent pas. Une tentative de mise aux normes ERP avortée en 2018, puis en 2019 une opportunité de déménagement vers un lieu du centre-ville de Saint-Denis, longtemps bloqué par des fouilles archéologiques. Le projet, développé avec Suivez la flèche et la Fabrique de la ville, prévoyait 245 m² pour un espace culturel hybride, avec une esquisse finalisée en février 2020. Si ce déménagement aboutit, le Raj'ganawak disposera d'un outil à la hauteur de ses vingt ans d'histoire.

L'auteur

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Harry

Rédaction de Le JSD.

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