Samedi 13 juin 2026

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Changement d'heure été : tout ce qu'il faut savoir

H
Par Harry
5 min de lecture
Changement d'heure été : tout ce qu'il faut savoir

Le changement d'heure d'été touche encore aujourd'hui des centaines de millions de personnes en Europe et en Amérique du Nord. Chaque année, le dernier dimanche de mars à 2 heures, les horloges avancent d'une heure sur le continent européen. Un geste simple en apparence, mais qui soulève des débats énergétiques, sanitaires et politiques d'une intensité surprenante.

Une pratique née en temps de crise, maintenue par habitude

Tout commence avec une idée un peu facétieuse. Le 26 avril 1784, Benjamin Franklin évoque dans une lettre au Journal de Paris l'idée de décaler les horaires pour économiser des bougies. C'était un canular, mais l'idée a fait son chemin. Il a fallu attendre la Première Guerre mondiale pour que le principe devienne réalité : l'Allemagne instaure le changement d'heure le 30 avril 1916, suivie par le Royaume-Uni le 21 mai 1916, puis la France le 14 juin 1916. Le député André Honnorat avait porté la mesure en France, qui fut officiellement votée le 19 mars 1917 avec 291 voix contre 177.

Supprimé à la Libération en août 1945, le passage à l'heure d'été revient le 28 mars 1976, cette fois sous la pression du choc pétrolier de 1973. L'objectif affiché : diminuer la facture énergétique nationale. L'argument semblait solide. Il l'est beaucoup moins aujourd'hui.

Jusqu'en 1995, le retour à l'heure d'hiver avait lieu le dernier dimanche de septembre. Depuis 1996, il s'effectue le dernier dimanche d'octobre à 3 heures. Cette date a été harmonisée à l'échelle européenne par la directive 2000/84/CE, qui pérennise le système au sein de l'Union.

Zone géographique Début heure d'été Fin heure d'été
Europe (hors exceptions) Dernier dimanche de mars à 1h UTC Dernier dimanche d'octobre à 1h UTC
États-Unis / Canada (depuis 2006) 2e dimanche de mars à 2h 1er dimanche de novembre à 2h
Nouvelle-Zélande Dernier dimanche de septembre à 2h Premier dimanche d'avril à 3h

Des économies d'énergie réelles mais modestes, des risques sanitaires sous-estimés

Le bénéfice énergétique du passage à l'heure d'été est souvent présenté comme une évidence. La réalité est plus nuancée. Une étude réalisée conjointement par le ministère de l'Industrie, EDF et l'ADEME estimait l'économie d'électricité en 2009 à environ 440 GWh pour l'éclairage, évitant 44 000 tonnes de CO2. Cela représente 17 kWh par foyer et par an, soit seulement 0,015 % de la consommation énergétique française en 2014. L'ADEME prévoit que ce gain tombera à 340 GWh en 2030, sous l'effet de la généralisation des LED et de l'éclairage public adaptatif.

Le 31 mars en région parisienne, sans changement d'heure, le jour se lève vers 6h30 et le soleil se couche vers 19h15. Après le passage à l'heure d'été, ces horaires deviennent 7h30 et 20h15. L'économie n'existe que si la consommation entre 19h15 et 20h15 dépasse celle entre 6h30 et 7h30. Ce calcul n'est pas toujours favorable. Une étude portant sur l'État américain de l'Indiana montre d'ailleurs que la faible économie sur l'éclairage est annulée par une surconsommation de chauffage et de climatisation atteignant plus de 10 % spécifiquement pour la climatisation.

Sur le plan sanitaire, les effets sont plus préoccupants. Le Dr Marc Schwob rappelle que changer d'heure provoque des troubles du sommeil et de l'attention, avec les enfants et les personnes âgées mettant environ une semaine à s'adapter. L'avancement d'heure retarde la sécrétion de mélatonine et augmente le nombre d'accidents cardiaques pendant au moins sept jours. En France, le retour à l'heure d'hiver génère un pic d'accidents de piétons en fin de journée, avec une hausse de +47 %. En Belgique, d'octobre à novembre, ce chiffre grimpe à 31 % pour les accidents de piétons lors de l'heure de pointe, et même 80 % de blessés graves et de tués à Bruxelles. Le rapport remis au Sénat français en 1997 concluait sans ambiguïté que les avantages ne compensent pas ces inconvénients.

La suppression du changement d'heure, un chantier inachevé

En 2018, lors d'une consultation organisée par la Commission européenne, 83 % des 4,6 millions de citoyens interrogés se sont prononcés pour la suppression du changement d'heure. Le président Jean-Claude Juncker a proposé d'y mettre fin dès avril 2019. Le Parlement européen a approuvé cette orientation le 26 mars 2019. Puis... rien. La crise sanitaire liée au Covid-19 a relégué ce dossier au second plan, et en 2026, aucune directive contraignante n'a encore été adoptée.

Dans le reste du monde, plusieurs pays n'ont pas attendu Bruxelles pour agir :

  • La Russie a abrogé le changement d'heure par oukase de Dmitri Medvedev en février 2011, avant de revenir à l'heure d'hiver permanente en octobre 2014.
  • Le Brésil a supprimé le dispositif sur l'ensemble du territoire en 2019.
  • La Turquie l'a abandonné en 2016, Namibie en 2017.
  • La Chine n'applique plus de changement d'heure depuis 1992.
  • La Colombie-Britannique adopte l'heure d'été permanente dès le 8 mars 2026.

Le débat européen achoppe sur un point précis : faut-il conserver l'heure d'été permanente ou revenir à l'heure d'hiver toute l'année ? L'Allemagne et l'Autriche préfèrent la première option. La République Tchèque et les pays scandinaves plaident pour la seconde. Le Portugal, la Grèce et la Grande-Bretagne préféreraient maintenir le statu quo. Ce désaccord, combiné aux contraintes logistiques des compagnies aériennes dont les plans de vol se programment 18 mois à l'avance, paralyse toute décision commune. Pour l'heure, l'Europe continue de changer d'heure deux fois par an, en attendant un consensus qui tarde à se dessiner.

L'auteur

H

Harry

Rédaction de Le JSD.

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