Basilique : création et objets du patrimoine
Longue de 108 mètres et dotée de voûtes culminant à 29 mètres, la Basilique Saint-Denis captive autant par sa démesure que par ce qu'elle renferme. Construite aux XIIe et XIIIe siècles, elle concentre plus de treize siècles d'histoire de France dans ses pierres, ses vitraux et ses tombeaux. Franchement, peu de monuments au monde offrent une telle densité patrimoniale.
La basilique Saint-Denis, berceau de l'art gothique et nécropole royale
Tout commence avec un évêque missionnaire. Saint Denis, mort vers 250 (probablement au IIIe siècle, malgré la tradition qui le plaçait au Ier siècle), fut enterré à Catulliacus, l'actuelle ville de Saint-Denis. La légende de la céphalophorie, réécrite au IXe siècle par l'abbé Hilduin, raconte qu'après sa décapitation à Montmartre, Denis aurait ramassé sa tête et marché vers le nord en récitant des prières, avant de s'effondrer à cet endroit précis. Crédible ou non, ce récit a suffi à transformer le site en lieu de vénération dès la fin du IVe siècle.
Une première église fut probablement fondée au Ve siècle. Dès 580, la reine Arégonde, belle-fille de Clovis, y fut inhumée. Les rois francs suivirent, attirés par la protection spirituelle du saint patron de la France. Dagobert, mort en 639, inaugure officiellement la série des sépultures royales. Depuis lors et jusqu'au XIXe siècle, la basilique accueillit 40 rois, 26 reines et une dizaine de serviteurs de la monarchie, couvrant les dynasties mérovingiennes, carolingiennes et capétiennes.
La reconstruction majeure fut impulsée au XIIe siècle par l'abbé Suger, conseiller de Louis VI et de Louis VII. Suger introduisit des principes architecturaux radicalement nouveaux : voûtes à croisée d'ogives, fenêtres démultipliées, lumière transformée en symbole du divin. Ce style inédit, que l'on appellera plus tard gothique, allait se propager dans toute l'Europe. Les deux roses du transept, d'un diamètre de plus de 12 mètres, servirent directement de modèle à Notre-Dame de Paris. On mesure rarement l'influence réelle de Saint-Denis sur l'architecture occidentale.
La collection de 70 gisants et tombeaux constitue un catalogue unique en Europe. On y trouve les effigies de Pépin le Bref, Anne de Bretagne, François Ier, Henri II, Catherine de Médicis, Louis XVI et Marie-Antoinette. Chaque tombeau raconte une époque, un style artistique, un rapport au pouvoir.
Destructions, restauration et objets du patrimoine sauvegardés
L'histoire de la basilique n'est pas un long fleuve tranquille. La guerre de Cent Ans et les guerres de Religion l'ont pillée. Le tombeau de Saint Louis disparut au XVe siècle. Puis vint la Révolution : en 1792, les moines durent quitter les lieux. En octobre 1793, la Commission des Armes et des Poudres fit exhumer les corps royaux des Bourbons pour récupérer le plomb des cercueils, la France en guerre en ayant besoin pour fabriquer des balles. En 1794, la toiture elle-même fut dépouillée de ses feuilles de plomb.
Le bâtiment abandonnée servit de théâtre, puis d'entrepôt de farine. Les corps des rois ne se situent donc plus sous leurs gisants : ils reposent dans deux fosses communes dans l'ancien cimetière nord. C'est Louis XVIII qui, en 1817, fit rassembler ces restes mêlés dans un ossuaire de la crypte, l'ancien caveau de Turenne.
| Événement | Date | Conséquence |
|---|---|---|
| Exhumation des corps royaux | Octobre 1793 | Plomb récupéré pour la guerre |
| Dépouille de la toiture | 1794 | Bâtiment exposé aux intempéries |
| Réinhumation dans l'ossuaire | 1817 | Mémoire royale préservée |
| Nomination de François Debret | 1813 | Chantier de restauration lancé |
| Foudre sur la flèche (90 m) | 9 juin 1837 | Fragilisation, puis démontage en 1847 |
C'est Châteaubriant qui, sous l'Empire, convainquit Napoléon Ier de restaurer la basilique pour en faire la nécropole des empereurs. En 1809, Napoléon signa le décret installant la maison d'éducation de la Légion d'honneur dans les anciens bâtiments monastiques, institution toujours en place. La restauration fut d'abord confiée à François Debret en 1813, puis à Eugène Viollet-le-Duc à partir de 1847. Ce dernier remit les tombeaux à leurs emplacements d'origine et démonta la tour nord, espérant la reconstruire rapidement. Ce projet aboutit finalement en 2024, sous la direction de l'association Suivez la Flèche.
Les insignes basilicaux et leur symbolique : le cas des basiliques mineures
Saviez-vous qu'une basilique n'est pas juste une immense église ? Le titre se décerne par décision pontificale expresse et confère des privilèges et insignes spécifiques. À Rome, quatre basiliques majeures existent, dont l'autel est réservé au pape. Toutes les autres sont des basiliques mineures.
Deux objets caractérisent ces basiliques mineures :
- Le Pavillon (ou ombrellino pontifical) : un parasol à demi-ouvert, armature de bois habillée de soie rouge et jaune, couleurs héritées de l'ancien sénat romain, surmonté d'un globe de cuivre doré portant une croix. Il symbolise la communion avec l'évêque de Rome.
- Le Tintinnabulum : une clochette spéciale, généralement placée de l'autre côté de l'autel en pendant du Pavillon.
À Paris, Sainte-Clotilde et Notre-Dame du Perpétuel Secours arborent ces insignes. Pour une illustration architecturale différente, la Basilique Saint-Pierre à Rome pousse la démesure à son paroxysme : sol en marbre, Baldaquin du Bernin en bronze, coupole de Michel-Ange, mosaïques illuminées par un oculus. Ces édifices gigantesques, comme les solutions modernes d'isolation thermique, montrent que l'enveloppe d'un bâtiment n'est jamais anodine : elle dit quelque chose sur les valeurs et les ambitions de ceux qui l'ont bâtie.
Élevée au rang de cathédrale en 1966 lors de la création du diocèse de Seine-Saint-Denis, la basilique Saint-Denis reste gérée par le Centre des Monuments nationaux. Visiter ses collections, c'est traverser physiquement treize siècles de création et d'objets patrimoniaux que nulle reproduction numérique ne remplace vraiment.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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