Barbecue hommage : Mamadou célébré à Saint-Denis
Saint-Denis entretient une mémoire collective dense, jalonnée de dates qui racontent des histoires parfois douloureuses, toujours fondamentales. De l'armistice de 1918 aux attentats de 2015, la ville honore chaque année des hommes et des femmes dont le sacrifice mérite d'être transmis. Ces cérémonies commémoratives dionysienness forment un calendrier civique unique en France, ancré dans l'histoire nationale et internationale.
Les grandes commémorations de Saint-Denis : un calendrier civique extraordinaire
L'année commémorative à Saint-Denis débute le 11 mars, Journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme, instaurée en 2020. Cette date résonne particulièrement à l'échelle européenne : elle rappelle l'attentat de Madrid du 11 mars 2004, qui avait coûté la vie à 191 personnes, le bilan le plus lourd d'un attentat terroriste en Europe. Localement, cet hommage prend une signification supplémentaire avec le souvenir de Manuel Dias, décédé au Stade de France lors des attentats du 13 novembre 2015.
Le 19 mars marque quant à lui le cessez-le-feu en Algérie. L'accord signé à Évian en 1962 avait obtenu l'approbation de 90 % des votants lors du référendum. Chaque année, élus et associations se réunissent au cimetière communal et au monument aux morts place de la Résistance et de la Déportation. Notons que l'expression guerre d'Algérie n'a été reconnue officiellement par l'Assemblée nationale que le 10 juin 1999, soit 37 ans après les faits.
Le 21 avril reste une date particulièrement sombre. En 1944, les bombardements alliés, préparant le débarquement en Normandie, ont tué 641 personnes au nord de Paris, dont 218 de la Plaine Saint-Denis. Plus d'une centaine de victimes ont été comptabilisées rien qu'impasse Marteau. Deux plaques commémoratives marquent ces lieux de mémoire : l'une place du 21 avril 1944, l'autre impasse Marteau côté parisien. Une cérémonie commune réunit chaque année associations et élus des deux villes concernées.
| Date | Événement commémoré | Lieu principal |
|---|---|---|
| 11 mars | Victimes du terrorisme | Stade de France / ville |
| 19 mars | Cessez-le-feu en Algérie (1962) | Cimetière communal |
| 21 avril | Bombardements de la Plaine (1944) | Place du 21 avril 1944 |
| 8 mai | Victoire 1945 et massacres coloniaux | Monument aux morts |
| 23 mai | Victimes de l'esclavage colonial | Place Victor Hugo |
| 17 octobre | Répression du 17 octobre 1961 | Place des victimes du 17 octobre 1961 |
| 11 novembre | Armistice 1918 | Monument aux morts |
Le 8 mai et le 23 mai : mémoires coloniales et résistances
Le 8 mai 1945, le Général de Gaulle annonçait sur les ondes la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais cette même date cache une autre réalité. La France perpétrait simultanément des massacres coloniaux à Sétif, Guelma et Kherrata, en Algérie, causant la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Saint-Denis est l'une des rares villes françaises à commémorer officiellement ce drame. Une plaque inaugurée le 8 mai 2021 place du 8 mai 1945 rend hommage à ces victimes, longtemps ignorées de l'histoire officielle.
Le 23 mai ouvre une autre page mémorielle, celle de l'esclavage colonial. Depuis 2004, en partenariat avec le Comité Marche du 23 mai 1998, une cérémonie républicaine se tient place Victor Hugo. L'artiste dionysien Nicolas Cesbron a créé un mémorial installé dans le jardin de la place de la Légion d'honneur, inauguré le 23 mai 2013. Cette sculpture honore les aïeux et aïeules des Dionysiens originaires des Antilles qui ont souhaité y inscrire leurs noms et matricules.
Ces deux commémorations illustrent parfaitement la posture mémorielle de Saint-Denis : regarder l'histoire en face, y compris ses pages les plus inconfortables.
17 octobre 1961 et libération de 1944 : honorer ceux qu'on a voulu effacer
Le 17 octobre 1961 reste l'une des pages les plus tragiques de l'histoire récente. Des Algériennes et Algériens, dont beaucoup vivaient à Saint-Denis, manifestaient pacifiquement contre un couvre-feu discriminatoire. La répression fut brutale : tirs, noyades dans la Seine, internements au Palais des Sports et au stade de Coubertin. La ville a rebaptisé la place de la gare place des victimes du 17 octobre 1961 dès 2006. Un square porte le nom de Fatima-Bedar, collégienne dionysienne et plus jeune victime de cette nuit, dont le corps fut retrouvé à l'écluse n°3 du canal Saint-Denis. L'inauguration eut lieu le 17 octobre 2015 en présence de sa famille.
La libération de Saint-Denis, elle, s'étend du 25 au 28 août 1944. Les combats furent intenses avant que les FFI et la 2e DB n'en viennent à bout. Une fresque réalisée par Jean Amblard sur le dépôt de bus RATP place du Général Leclerc retrace ces événements. La commémoration débute devant cette œuvre, puis se poursuit au commissariat et au monument aux morts.
Ces hommages annuels ne sont pas de simples rituels. Ils constituent un acte politique clair : reconnaître des crimes, nommer des victimes, refuser l'oubli. La ville perpétue aussi chaque 27 mai la mémoire de Jean Moulin, qui réunit les mouvements de résistance au sein du Conseil national de la résistance en 1943 avant de mourir le 8 juillet sans avoir trahi. Et chaque 11 novembre, le Maréchal Foch, signataire de l'armistice de 1918, est évoqué au monument aux morts place de la Résistance et de la Déportation.
Franchement, si vous cherchez une ville qui assume pleinement son devoir de mémoire, Saint-Denis mérite d'être prise en exemple. Participer à l'une de ces cérémonies reste une expérience civique rare, abordable à tous, et souvent méconnue des Franciliens eux-mêmes.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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