Alexandre Benalla sort de prison, content et soulagé
Le mardi 26 février en soirée, Alexandre Benalla franchissait les portes de la prison de la Santé à Paris, libre après une semaine de détention provisoire. Devant une douzaine de journalistes, il se déclarait heureux et soulagé, remerciant son avocate Jacqueline Laffont de s'être battue jusqu'au bout. La cour d'appel de Paris venait d'infirmer la décision du 19 février d'un juge des libertés et de la détention, représentant une victoire nette pour la défense. Le même soir, Vincent Crase, ex-salarié de La République en marche, quittait lui aussi la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy dans le Val-d'Oise.
Tout avait démarré le 31 janvier, quand Mediapart publiait des enregistrements clandestins dont l'origine reste inconnue. Ces enregistrements révélaient des contacts entre Benalla et Crase, contacts que leur contrôle judiciaire interdisait formellement. Une semaine de cellule plus tard, la liberté revenait. L'affaire Benalla, elle, ne faisait que continuer.
Du quartier d'Évreux aux couloirs de l'Élysée
Né le 8 septembre 1991 à Évreux sous le prénom Maroine, Alexandre Benalla a grandi dans la ZUP de La Madeleine, quartier périphérique de la ville. Sa mère lui a changé son prénom en 1995. Ses instituteurs le décrivaient comme intelligent mais dissipé. À 14 ans en 2006, il écrit directement à Nicolas Sarkozy et obtient un stage de trois jours auprès du Service de protection des hautes personnalités. Un an plus tard, à 15 ans au festival de Cabourg, il assure la sécurité de Marion Cotillard.
Il valide une licence en droit à l'université de Rouen-Normandie en 2013, s'inscrit en master à Clermont-Ferrand sans finir la deuxième année. Pendant ce temps, il bâtit un parcours politique et sécuritaire impressionnant pour son âge. À partir de 2010, il intègre le Mouvement des jeunes socialistes et travaille pour le service d'ordre du Parti socialiste dès 2011. Il protège Martine Aubry lors de la primaire socialiste, puis participe à l'équipe de sécurité de François Hollande de mars à juin 2012. En 2010 à Melun, lors d'une formation de gendarme réserviste, il croise le capitaine Vincent Crase et le commandant Sébastien Lecornu.
Le tournant décisif arrive le 5 décembre 2016, quand Benalla rejoint En marche comme responsable de sécurité, quelques semaines après l'annonce officielle de la candidature de Macron le 16 novembre 2016. Après la victoire, il intègre le palais de l'Élysée, devient l'un des adjoints du chef de cabinet François-Xavier Lauch, sous l'autorité du préfet Patrick Strzoda. Il obtient un permis de port d'armes le 13 octobre 2017. Il vit dans l'intimité du couple présidentiel, les accompagnant au ski, au tennis, en vacances.
Ses privilèges suscitent ensuite de vives questions. La liste est longue :
- Un téléphone ultra-sécurisé Teorem
- Une voiture de service avec phares spécifiques et autorisations spéciales
- Un badge d'accès à l'Assemblée nationale
- Un permis de port d'armes en poste à l'Élysée
- Un logement au palais de l'Alma sur le quai Branly, d'une surface de 70 mètres carrés
Selon L'Express du 23 juillet, un appartement de 200 mètres carrés au 11 quai Branly dans le VIIe arrondissement lui était réservé, avec un budget de 180 000 euros pour une transformation en duplex. Là où François Mitterrand logeait autrefois Anne Pingeot et leur fille Mazarine. L'Élysée a démenti formellement auprès du Parisien.
L'affaire du 1er mai, les condamnations et la réplique de Benalla
Juillet 2018 : tout éclate. Des images montrent Benalla frapper un couple lors de la manifestation du 1er mai 2018 à Paris, portant un casque et un brassard de police sans en avoir le droit. Il aurait également participé à une autre interpellation au Jardin des plantes. L'Élysée reconnaît avoir infligé une mise à pied de quinze jours en mai, sans poursuites ni signalement au procureur de la République. L'opposition parle de police parallèle.
Benalla accumule les mises en examen : violences en réunion, immixtion dans une fonction publique, port illégal d'insignes, recel de violation du secret professionnel. Les condamnations suivent, méthodiquement.
| Date | Événement judiciaire |
|---|---|
| 5 novembre 2021 | Condamné à 3 ans dont 1 an ferme sous bracelet électronique |
| 29 septembre 2023 | Condamnation confirmée en appel |
| 26 juin 2024 | Rejet du pourvoi par la Cour de cassation, peine définitive |
| 30 août 2024 | Non-lieu dans l'affaire des coffres-forts disparus à Issy-les-Moulineaux |
Benalla ne se tait pas pour autant. En 2019, il publie Ce qu'ils ne veulent pas que je dise aux éditions Plon. Dans une interview au Point, il justifie sa démarche : "Des gens ont écrit une histoire qui n'est pas la mienne, ils m'ont mis sur scène, puis ils ont éteint le projecteur." Il s'en prend à Ismaël Emelien, ancien conseiller proche de Macron, affirmant lui avoir transmis des images de vidéosurveillance obtenues illégalement pour le disculper. Il se décrit lui-même comme "un basique fusible utile du pouvoir". Dans L'Obs en octobre 2019, il lâche : "Je ne m'interdis rien, l'appétit vient en mangeant."
Des activités post-Élysée qui alimentent encore les enquêtes
Après son licenciement, Benalla ne disparaît pas. Il multiplie les missions à l'étranger avec Philippe Hababou Solomon, ancien conseiller du président sud-africain Jacob Zuma. Deux tournées à l'automne 2018 : Turquie, Israël, Cameroun, Congo, Tchad. Il rencontre le chef d'état-major et le directeur du cabinet du président Paul Biya. Trois semaines avant la visite de Macron au Tchad fin décembre 2018, il retrouve Oumar Déby, frère du président tchadien, alors que la France négocie des ventes d'armes.
Il utilise ses passeports diplomatiques, émis le 24 mai 2018, une vingtaine de fois après son licenciement, entre le 1er août et le 31 décembre 2018, selon Patrick Strzoda devant la commission des lois du Sénat en janvier 2019. En novembre 2018, il rejoint France Close Protection, société liée à Crase via la société Mars. Il perçoit en décembre 2018 un premier salaire de 12 474 euros. Selon Libération, un contrat avec l'oligarque russe Iskandar Makhmudov aurait été négocié pour son compte. Le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour corruption début février 2019.
En mars 2023, Mediapart révèle ses liens avec la société suisse Alp Services et l'ambassade des Émirats arabes unis à Paris. En mai 2020, il rencontre secrètement le nouveau président de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, accompagné de Ludovic Chaker, membre de l'état-major singulier de l'Élysée. L'affaire Benalla, franchement, ne ressemble à aucune autre dans l'histoire politique récente : chaque chapitre clos en ouvre immédiatement un nouveau.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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