Abel Tissot éteint : hommage au personnage
Abel Tissot est né en 1926 à la Plaine Saint-Denis, dans un quartier ouvrier marqué par le travail, la solidarité et l'histoire industrielle. Il y a vécu presque neuf décennies, y a combattu, aimé, et documenté avec une rigueur rare le passé d'un territoire en perpétuelle transformation. Sa disparition dans la nuit du 8 au 9 mai 2015, à l'âge de 89 ans, a laissé un vide considérable dans la mémoire locale dionysienne. Si vous cherchez aujourd'hui des contenus liés à Abel Tissot et constatez que certaines pages sont inaccessibles ou éteintes, c'est simplement parce que les sources numériques qui lui étaient consacrées ont disparu avec le temps. Le Journal de Saint-Denis, publication locale active entre 1986 et 2021, constituait l'un des principaux vecteurs de ses écrits. Sa fermeture a emporté avec elle une large partie de son œuvre en ligne.
Qui était Abel Tissot, figure de la mémoire dionysienne
Son enfance s'est déroulée rue Langlier, sur l'avenue Wilson bordée d'arbres, à deux pas du Gaz du Landy où son grand-père, maréchal-ferrant venu du Jura, avait travaillé. Son père, René Louis Abel Tissot, né en 1889, était ferronnier d'art. La famille portait en elle plusieurs générations d'enracinement dans la Plaine. Abel a grandi avec cette conscience du lieu, et elle ne l'a jamais quitté.
Pendant l'Occupation, il a rejoint la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), organisation alors interdite par l'occupant, tout en préparant son CAP d'ajusteur. Il a été témoin direct de la perquisition allemande du 18 septembre 1941 dans le quartier de la Petite Espagne, et des bombardements du 21 avril 1944. Ces deux événements, il les a relatés avec une précision de témoin oculaire, pas d'historien de bureau. En juin 1944, il s'engage aux FFI (Forces françaises de l'intérieur). Blessé en août 1944 lors de la Libération, il reçoit la Croix de guerre.
C'est aussi en 1944 qu'il rencontre Célestine, fille d'Espagnols de la Plaine, elle aussi à la JOC. Ils resteront mariés pendant 61 ans. Ce détail dit beaucoup de l'homme : fidèle à ses engagements, à ses racines, à ses proches.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1926 | Naissance à la Plaine Saint-Denis |
| Juin 1944 | Engagement aux FFI, blessure à la Libération |
| 1993 | Première expérience théâtrale au Théâtre Gérard Philippe |
| 1994 | Début de ses articles dans le Journal de Saint-Denis |
| 1996 | Fondation de l'association Mémoire vivante de la plaine |
| 2000 | Médaille de la ville de Saint-Denis |
| 8-9 mai 2015 | Disparition à 89 ans |
| 2018 | Création d'une rue portant son nom |
Son œuvre de transmission et ses écrits sur la Plaine Saint-Denis
Dès 1994, Abel Tissot contribue régulièrement au Journal de Saint-Denis. Ses textes les plus marquants portent sur les bombardements du 21 avril 1944 et sur la rafle de septembre 1941 dans le quartier de la Compacte Espagne. Il écrit aussi sur le Tour de France 1947, dont il avait vu défiler les coureurs sur l'avenue du Président Wilson. Pour lui, raconter c'était préserver.
En 1996, il cofonde avec Raymond le Moing, ancien directeur de la Compagnie du Chemin de fer Industriel de la Plaine et d'Aubervilliers, l'association Mémoire vivante de la plaine. Le contexte est explosif : le territoire vit de profondes mutations avec la construction du Stade de France, la couverture de l'autoroute A1 sur l'avenue Wilson, une nouvelle gare RER pour la ligne D, et une station élargie pour la ligne B. Des décennies d'histoire industrielle s'effacent sous les grues. L'association naît précisément pour ne pas laisser disparaître cette mémoire sans trace.
Il s'est aussi illustré sur scène. En 1993, il joue au Théâtre Gérard Philippe dans Le procès de Jeanne d'Arc, pièce d'Anna Seghers et Bertolt Brecht, mise en scène par Jean-Claude Fall. Dix ans plus tard, en 2003, il récidive dans Le procès de la dette, mis en scène par David Hoguet. Franchement, peu de militants associatifs cumulent un tel parcours : comédien, historien, résistant, généalogiste. Abel Tissot était tout cela à la fois.
Voici les principaux domaines sur lesquels portaient ses écrits et témoignages :
- La Seconde Guerre mondiale vécue de l'intérieur, du quartier de la Petite Espagne
- La vie ouvrière et syndicale dans la Plaine Saint-Denis
- L'histoire de l'UAD, premier club omnisport dionysien, évoquée dans un article d'août-septembre 1997
- Le Tour de France 1947 et ses souvenirs de jeunesse
- Les transformations urbaines du territoire dionysien
En avril 2010, le journaliste Benoît Lagarrigue lui consacre un portrait complet dans le Journal de Saint-Denis. À 83 ans, Abel Tissot y apparaît avec le verbe haut, l'œil clair et vif, le pas alerte. Un portrait qui donne la mesure de l'homme.
Les archives familiales : un legs unique pour l'histoire locale
En février 2015, quelques semaines avant sa mort, Abel Tissot fait don aux Archives de Saint-Denis des documents de son père. Ce legs est considérable. René Louis Abel Tissot, caporal d'un bataillon de chasseurs pendant la Première Guerre mondiale, avait envoyé en moyenne 450 lettres par an sur cinq années de mobilisation, soit plus d'une lettre par jour. Les archives comprennent environ 1 000 photographies, une correspondance familiale, amicale et amoureuse, ainsi que 22 carnets de guerre originaux, recopiés dans 5 cahiers dans les années 1920, puis compilés en 23 cahiers dans les années 1960 avec récits, photos, cartes, dessins et extraits de lettres.
Ce don, fait quelques jours à peine avant sa disparition, ressemble à un geste conscient et délibéré. Abel Tissot participait encore, peu avant sa mort, à un échange à la Maison des seniors de Saint-Denis sur l'histoire de la Petite Espagne. L'hommage qui lui a été rendu le 15 mai 2015 à la Basilique de Saint-Denis témoigne de la place qu'il occupait dans la ville. En mars 2016, le conseil municipal décide d'attribuer son nom à une nouvelle voirie. La rue Abel Tissot a été créée en 2018 au croisement du Mail des maraîchers et de la rue du Landy.
Retrouver la trace d'Abel Tissot aujourd'hui
Beaucoup de pages consacrées à Abel Tissot sont aujourd'hui inaccessibles ou signalées comme éteintes. Le Journal de Saint-Denis a cessé de paraître en 2021, emportant avec lui des années d'articles. Pour retrouver ses écrits, la piste la plus solide reste les Archives de Saint-Denis, qui conservent non seulement les fonds familiaux mais probablement des numéros du journal.
Il avait aussi incarné à 85 ans le rôle-titre de Monsieur Sfartz, personnage principal d'un court-métrage de Brigitte Sztulcman. Le film avait été projeté le 17 octobre à la résidence Ambroise Croizat (10 avenue Romain Rolland) et le 21 octobre au cinéma l'Écran (14 passage de l'Aqueduc), en entrée libre. Ce film constitue aujourd'hui l'un des rares documents visuels où l'on peut voir et entendre Abel Tissot.
Pour moi, la vraie richesse d'Abel Tissot tient dans ce don rare : transformer l'expérience personnelle en mémoire collective. Passionné de généalogie, il avait remonté sa lignée jusqu'à Louis XV. Ses deux filles et ses petits-enfants continuent de porter ses valeurs. Si vous voulez aller plus loin, contactez directement les Archives de Saint-Denis ou la mairie : c'est là que son histoire continue de vivre.
L'auteur
Rédaction de Le JSD.
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