Portrait

Mohamed Souadji
/ À votre service

Cordonnerie, serrurerie, etc. Dans sa boutique Fontaine Services, en centre-ville, le professionnel répare, dépanne, débloque, dégrippe, restaure… Depuis 23 ans.

« J’ai fait l’Enna. » À l’oral, la double consonne ne s’entend pas et Mohamed Souadji se délecte du petit moment de flottement que son affirmation, formulée des plus sérieusement, provoque chez son interlocuteur. Puis il éclate de rire. L’air bourru de Mohamed Souadji cache un certain penchant pour la plaisanterie. Le cordonnier-serrurier de la rue Fontaine n’a certes pas suivi l’École nationale d’administration, avec un N, mais l'ancienne École normale nationale d'apprentissage de Saint-Denis. Il y a été formé au métier d’ajusteur, qui lui a valu de bosser dès l’âge de 17 ans chez Alstom à Saint-Ouen, quatre ans durant. « Mais ça ne me plaisait pas. Je me suis rendu compte que j’étais plus fait pour les métiers chauds, pas froids. » C’est-à-dire moins pour le travail du métal que pour celui du cuir, comme la cordonnerie, dont il entend parler par hasard, via un ami de la profession.

« Moi, je n’avais jamais mis les pieds chez un cordonnier ! » Le hasard encore fait que M. Souadji tombe sur une petite annonce publiée dans France Soir. Mister Minit recrute. Il entre donc dans cette entreprise de cordonnerie et de services rapides. « J’ai reçu une formation complète, même de gestion de boutique, et travaillé dans plusieurs points de vente, gare de Lyon, Sarcelles, Gennevilliers, Ermont… Et dans l’ancien Monoprix rue de la République qui a été remplacé par l’actuel Tati. Pas mal de clients m’ont connu là-bas. »

« À l’époque, il y avait une cordonnerie dans chaque rue »

Une idée finit par trotter dans la tête de Mohamed. Pourquoi ne pas se mettre à son compte ? Il saute le pas en 1995 et, depuis 23 ans, occupe le local du 1, rue Fontaine. « À l’époque, il y avait une cordonnerie dans chaque rue. On était douze en centre-ville. Je suis le seul rescapé ! J’ai une formation commerciale, peut-être que ça y fait », avance-t-il. Et plusieurs compétences à son arc.

« La chaussure », donc. « La clé », copie et reproduction, « au début, une activité annexe, devenue avec le temps, mon activité principale ». En témoignent les rangées de clés de toutes sortes habillant de reflets argentés les murs de sa boutique Fontaine Services. Et le dépannage, « comme l’ouverture des portes claquées. Pour les gros travaux, comme le blindage, j’ai des sous-traitants. » Sans parler des plaques auto, des tampons, du conseil aux clients… Pour résumer, les travaux minute et le service.

« Je connais toutes les rues de la ville »

À 61 ans, M. Souadji a quelque peu levé le pied. « Au début, j’étais ouvert de 8h à 20h. Il y avait du boulot rien qu’avec la godasse. » Mais les souliers sont de moindre qualité, les consommateurs les font moins volontiers réparer. « Avant, c’était un plaisir de faire un ressemelage en cuir », regrette le professionnel. Depuis un moment, son salarié Emin tient la plupart du temps le magasin.

« Ça me libère pour faire du dépannage. Je connais toutes les rues de la ville, c’est l’avantage d’avoir toujours habité à Saint-Denis », ou presque, depuis qu’il a 7 ans. « Je viens du Nord, plaisante-t-il… De l’Afrique », Maghnia précisément, bled algérien près de la frontière marocaine. Son père, mineur-boiseur, a quitté le pays avec épouse et gamins pour participer « à la construction de la France. Il a creusé le tunnel du métro », puis a été cantonnier à la Ville de Saint-Denis.

Le jeune Mohamed, l’aîné de la famille de sept enfants, a habité Floréal, Semard, « je m’y suis marié en 1980 », Stalingrad, la Mutualité. S’il vit aujourd’hui à Villetaneuse, « je suis un pur Dionysien », insiste-t-il. Qui suit l’évolution de la ville au plus près. « Maintenant on ferme le dimanche pour ouvrir le lundi (jusqu’au samedi, de 9h à 19h), qui est devenu un jour de semaine comme les autres. » M. Souadji pense encore bosser deux ans, « si Dieu [lui] prête vie ». Et lui envoie un successeur. Pourquoi pas son fils Samir, à qui le papa d’aussi quatre filles a donné les bases du métier. « Lui, c’est un vrai artisan cordonnier installé à Épinay. Moi, je suis un réparateur. » Et c’est un sacré talent.


Réactions

Dionysiennes, Dionysiens Bonjour, Je remercie Patricia Da Silva-Castro pour cet article qui m’a permis de découvrir l’activité de Monsieur Mohamed Souadji. En effet, je suis à la recherche de professionnel bien implanté localement qui offre des services de qualité en serrurerie. J’ai donc répertorié Fontaine Services sur mon blog Serrurier Ovh sur Saint Denis. Si les lecteurs connaissent d’autres entreprises de leur quartier à me recommander, je serai heureux de les référencer. Bien cordialement. Franck

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