Portrait

Jeanne Crombez
/ Wonder paysanne

Terrienne. Cette jeune ingénieure, fille d’agriculteur, a grandi dans l’Eure. Elle a quitté sa Normandie natale pour devenir « responsable d’exploitation » à Saint-Denis, à la Ferme de Gally.

L’avenue de Stalingrad vrombit du flot continu des voitures. Le ciel bas enveloppe d’un gris tristounet les bâtiments et les rares passants, pressés sous leurs parapluies. Le jour est pluvieux, froid, déprimant. Au 114 de cette artère sans charme, une large trouée ouvre l’horizon : la Ferme de Gally, aux côtés du Parti Poétique, occupe l’ancien site maraîcher de René Kersanté, illustre cultivateur local. Dans ce champ noir où rien n’est encore sorti de terre en cet hiver frileux, une silhouette s’affaire. Elle a le teint frais de ses 23 ans, façonné par le grand air de Normandie. Jeanne Crombez, bottes de caoutchouc et blouson en polaire, s’interrompt dans son opération de couverture des plantations en devenir « avec des bâches en plastique d’amidon de maïs ». Mais il lui faudra reprendre vite. Elle consulte son smartphone. En fond d’écran, Hémeraude, sa fidèle chienne bouvier bernois. À ses côtés, la même, avec sa brave bouille noire, blanche et feu. Une pression sur l’écran et l’application de météorologie, implacable, affiche le temps pour la semaine : pluie sur toute la ligne.

Un esprit scientifique nourri au bon air de Normandie

Jeanne Crombez est « responsable d’exploitation » à la Ferme – pédagogique et urbaine – de Gally depuis septembre 2017, quand le bail a été signé avec la mairie de Saint-Denis. Un titre qui recouvre plusieurs pôles. « Le maraîchage pur, explique Jeanne. Semer, planter, entretenir, désherber, récolter… Les projets : l’agencement du lieu avec les architectes, sa scénographie, les activités pour le public… Et le commercial : promo de la ferme, contact avec les professionnels… » Elle vient d’ailleurs de passer dix jours au Salon de l’agriculture pour faire connaître le site. « Plus quelques missions d’agriculture urbaine, comme l’entretien du potager au Ground Control à Paris. »

Une multi-casquette qui sied à cette tête bien faite. « À la base, je suis scientifique. » Bac S, classe prépa aux grandes écoles et un diplôme d’ingénieur obtenu à l’Institut national supérieur des sciences agronomiques, agroalimentaires, horticoles et du paysage. « Mais je ne voulais pas me tourner vers la recherche. Je voulais du concret, être sur le terrain. Travailler dans un bureau, ça ne me correspond pas du tout », dit la jeune femme dont l’allure athlétique atteste le propos. Jeanne résume : « Je veux mettre en pratique mes connaissances. » À la Ferme de Gally, sur les 2,5 hectares de terrain, elle a de quoi faire pour produire des légumes les plus propres à la consommation. « Il faut qu’on trouve les bonnes façons de cultiver, les bonnes variétés… Et ici, on prône le zéro phytosanitaire. »

Maintenant, c'est elle qui conduit le tracteur !

« Dès 16 ans, j’ai voulu travailler, se remémore cette fille d’agriculteur dans l’Eure. Je m’ennuyais pendant les vacances d’été. Alors je suis allée bosser chez un voisin. Mon père ne voulait pas que je conduise le tracteur… » Aujourd’hui, à Saint-Denis, c’est elle qui manie l’engin. « J’ai tous les avantages de la ville à la campagne », dit la jeune pousse grandie au vert, qui a pris goût à la ville depuis ses études à Angers. « Et j’habite à la ferme ! » Elle occupe en effet l’ancienne maison de « René ». Elle dit s’habituer très bien au lieu. « On a reçu un très bon accueil des gens du quartier quand on a vendu des légumes. Et quand on bêche, les passants s’arrêtent pour parler. J’aime cette proximité-là. »

Quand la ferme ouvrira au public, scolaires et familles, en mai (1), sept jours sur sept, vivre sur son lieu de travail lui pèsera peut-être. MaisJeanne a de la ressource. « Je rentre régulièrement en Normandie pour voir mes parents et mes animaux, cheval (elle est cavalière), lapins… Et j’essaie de sortir au moins une fois par semaine avec les amis à Paris. » Voire plus loin. « J’aime voyager. » À sa manière, en sortant des sentiers touristiques pour des chemins boueux à la découverte d’autres cultures. « La ville c’est bien, mais les gens partagent plus dans les campagnes. J’essaie d’aller toujours plus loin que le bout de mon nez. » Une saine curiosité qui l’a conduite dans ce lopin de terre dionysien.

(1) La Ferme de Gally ouvrira en partie au public à partir du samedi 19 mai, pour une ouverture totale prévue en septembre.
www.facebook.com/fermeouvertedesaintdenis/


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