Portrait

Sékou/Allan Keïta
/ Fibre amicale

Pressing. Il tient le commerce de nettoyage-ameublement, blanchisserie et retouche Smart Press du 48 rue Auguste-Poullain depuis bientôt 24 ans. S’il aime son métier, ce qu’il apprécie par-dessus tout ce sont les contacts humains.

Il n’y a qu’à le voir derrière son comptoir faire des coucous aux voisins qui passent devant sa boutique du 48 rue Auguste-Poullain ou s’enquérir de la santé d’une cliente au genou mal en point. On vient chez Sékou/Allan Keïta pour le service – nettoyer un vêtement, des draps, un cuir, une housse de canapé ou faire retoucher un pantalon – mais aussi pour discuter. Un signe qui ne trompe pas : une chaise devant le comptoir s’offre à qui veut bien s’y poser un moment.

C’est ce qu’il aime, Allan (un surnom que Sékou a adopté quand jeune il chantait et grattait la guitare dans des petits groupes) : « Le contact avec les gens, c’est primordial. » Et puis il y a sa passion pour le métier. Il faut l’entendre s’émerveiller sur un « stoppage » (technique de reprise fil à fil d’un trou dans un tissu) ou sur les caractéristiques de chaque fibre et l’art de les nettoyer.

Des gosses du quartier l’appellent papy

On le croit Antillais, bien souvent Malgache. Ce sont l’Asie et l’Afrique qui ont dessiné ses traits fins et coloré sa peau. « Mon père est un Africain de l’Ouest. Ma mère vietnamienne. Ils se sont rencontrés pendant la guerre d’Indochine. Mon père avait 17 ans et s’était engagé dans l’Armée française. » Allan naît au Vietnam en 1953 et grandit au Sénégal jusqu’à ses 18 ans.

Son père, après sa carrière militaire, décide de s’installer en France où il trouve un poste d’aide soignant à l’hôpital Tenon à Paris. Allan, ses trois frères, ses trois sœurs et leur maman le rejoignent à Bagnolet en 1968. Au Sénégal, la famille Keïta était aisée. En banlieue parisienne, elle vit en HLM… « On est venu par nos propres moyens », souligne Allan, sans amertume sinon clairvoyance sur le sort des anciens « Français des colonies » lâchés par la mère patrie.

À 20 ans, Allan, déjà père de famille, est tourneur-fraiseur en bijouterie fantaisie. La maman de son fils travaille dans un pressing. Le métier fait de l’œil au jeune Allan. « Je suis manuel et autodidacte. J’aime bricoler, réparer. » Pendant un an « tous les samedis », il se forme chez un ami. En 1976, il devient presseur-machiniste. Et accède à son rêve en 1981 : la gérance d’un pressing rue Ordonner à Paris.

Il se rend alors fréquemment à Saint-Denis, rue Paul-Éluard. « Je venais me fournir en matériel chez l’entreprise Larue. Je trouvais la ville animée et populaire. Je me suis dit : c’est là qu’il faut s’installer. » Coup de bol, en 1994, les commerçants de la rue Poullain prennent leur retraite. Allan reprend l’affaire. « Ça fera 24 ans en janvier 2018. »

Il se sent bien dans son quartier – des gosses l’appellent papy – au point d’y avoir acheté un appartement tout récemment. Entre deux déménagements, il a entreposé bibelots et tableaux dans sa boutique. Comme ce bouddha. « Ma mère était bouddhiste, mon père musulman. Et moi je ne sais pas. Je suis raté. » Il se marre.

Cet ancien judoka 2e dan pense – un peu – à la retraite. S’il compte bien garder son pied-à-terre à Saint-Denis, il a longtemps envisagé de la passer en Afrique de l’Ouest. Y est retourné plusieurs fois. Y a vécu un tas d’aventures, tant et si bien qu’un ami lui a conseillé d’en faire un livre, que son frère – le cinéaste Mama Keïta – pourrait mettre en images. Et puis sa fille, qui vit à New York, l’a branché sur Cuba. « On y tiendrait des chambres d’hôtes. » Une retraite active, en somme. Et emplie de contacts humains, toujours.


Réactions

Oui la fibre d'Allan est très amicale. Il est l'ami de nos rues : Poullain et Dourdin, gentil, chaleureux . Restez dionysien Allan! et continuez à nous dispenser vos sourires, votre bonne humeur et votre talent (pour nous remettre à neuf un manteau par exemple) nous en avons besoin.

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