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Samba Sall, la tête dans le village


Il a quitté son Sénégal d’origine voilà plus de vingt ans, mais est toujours lié à la petite localité où il est né et pour laquelle il a fondé une association de développement.

De Saint-Denis à Kawal, il n’y a qu’un pas. Ou plutôt qu’une main tendue aux yeux de Samba Sall dont la vie semble réduire à néant les quelque 4 000 km qui nous séparent de ce petit village du Sénégal, situé à l’est de Dakar. C’est là où il est né, voici bientôt 40 ans.


Le père, forgeron, fabrique et répare les outils pour les agriculteurs ; la mère élève ses cinq enfants, dont Samba est le quatrième. Il ne va pas à l’école. Dès 12 ans, il s’occupe du bétail, quatre cents têtes qui appartiennent à la famille. L’eau manque. Chaque saison sèche, de février à juin, il faut emmener les bœufs boire en Guinée ou en Mauritanie. Beaucoup meurent, faute de nourriture.


La vie s’écoule, dure. Samba ne veut pas devenir forgeron, comme son père. « C’est un métier dangereux, le matériel est défectueux, les protections n’existent pas », se souvient-il. Alors, à 21 ans, il s'éloigne de Kawal.


Cinq ans durant, il va apprendre à réaliser des bijoux en or et en argent, puis travailler au sein d’une Maison d’artistes à Dakar. Ensuite, ce sera le Mali, la Côte d’Ivoire, le Niger. Samba vivote. En 1991, à 19 ans, il décide de partir en Europe. Il atterrit en Belgique, puis rejoint un oncle, à Epernay où il travaille pour une usine de carton, qui ferme. Il va à Paris, vit de petits boulots, travaille à La Poste, est finalement embauché en 2000 à l’usine PSA d’Aulnay.


Entretemps, lui, le Peul, a appris à parler français, à lire et à écrire en suivant des cours le soir, avec acharnement. Et il obtient la nationalité française grâce à son père, qui l’avait gardée. C’est en 2006 qu’il vient vivre à Saint-Denis, à deux pas du Barrage. Et c’est en 2006 qu’il lance la grande affaire de sa vie, l’ADKF, l’Association pour le développement de Kawal en France.

Reconstruire l’école

« Nous sommes 70 en France originaires de ce village de 1 800 habitants. L’idée de départ, c’est la solidarité. Nous rassemblons des fonds pour aider la population de Kawal privée d’école, d’eau et d’accès à la santé. La rivière est à quatre kilomètres et les femmes enceintes doivent en faire cinquante pour voir un médecin ! »


Plusieurs tentatives de puits, à plus de soixante-dix mètres de profondeur, avaient échoué, la nappe phréatique étant trop asséchée. Ici, Samba prend contact avec divers organismes et obtient le soutien d’Ecodéveloppement. Mais à l’occasion d’une visite sur place, en 2008, les donateurs ont vu que l’école du village, en paille, s’était écroulée.


La priorité devient donc à sa reconstruction, en dur. Ouverte en 2009, elle accueille aujourd’hui cent soixante-quinze élèves du CP au CM2, cinq enseignants et une cantine. Mais le projet d'adduction d’eau n’est pas abandonné. Les travaux pour créer un bassin d’irrigation vont démarrer en 2012 et un projet de dispensaire de santé est dans les cartons…


Pour récolter des fonds, ADKF organise des soirées culturelles et ses membres mettent la main à la poche. « Pour l’école, chacun de nous a donné 300 euros », indique Samba, qui envoie aussi une bonne partie de son salaire à sa femme et à ses quatre enfants, restés à Kawal.

« On partage, on s’entraide, on a été élevés dans la solidarité », dit-il doucement.


Benoît Lagarrigue


Publié le 04-Nov-2011 15:46 | Actualisé le 04-Nov-2011 16:50 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |