Janey’Ann : cœur GrenadineElle a grandi et vécu en Île-de-France, mais se sent viscéralement liée à l’île de la Guadeloupe. Au point que la culture caribéenne nourrit ses mots et sa musique.
Au début il y a le verbe. Les mots qu’elle couche sur le papier aussi loin que remontent ses souvenirs. « J’aime la langue, je suis sensible aux jeux avec les mots. Petite, j’adorais Desnos… » Aujourd’hui, jeune femme doucement solaire, Janey’Ann, c’est son nom d’artiste, est chanteuse, musicienne, et auteure, bien sûr. Mais la musique est arrivée plus tard. Longtemps, adolescente, elle a dansé puis est venue au chant lors de l’explosion des comédies musicales. « J’ai appris le gospel et ce fut une révélation, un coup de cœur pour ces polyphonies, ces mélanges de voix. » Tant et si bien que, deux ans plus tard, Janey’Ann monte sa propre formation. Du gospel elle voyage vers le negro spiritual, le jazz, d’autres ailleurs. La tête pleine de couleurs musicales du monde, elle apprend à composer et continue d’écrire, comme elle respire. Depuis deux ans, petit à petit, les scènes se succèdent et un premier album, Antilienne, vient de sortir. Elle y dévoile avec grâce ses mots, ses rythmes, ses coups de cœur et de gueule, son univers singulier qui s’abreuve aux sources du monde. Elle est passé à la Fabrique à rêves du 6b cet été et était, samedi 3 septembre, sur la scène du pique-nique concert devant la basilique. Heureuse, sereine mais résolue, Janey’Ann poursuit son chemin. «C’est ce cheminement qui fait la femme et l’artiste que je suis aujourd’hui », confie-t-elle de sa douce voix d’où surgit curieusement une petite pointe d’accent créole. « Ma musique nait de la créolité qui est en moi. Mais je n’ai aucune idée d’où celle-ci peut venir », sourit-elle en racontant qu’elle est née à Paris et a grandi à Montreuil. Elle parle du choc profond de son premier voyage en Guadeloupe, en 2003, les larmes qui montent irrésistiblement, et coulent. « C’était comme si je rencontrais quelqu’un que je n’avais jamais vu mais toujours connu. C’est difficile à expliquer. Là-bas, j’étais chez moi… » Aujourd’hui, elle y chante, parle créole, entre autres langues, y va dès qu’elle le peut et envisage même de s’y établir à moitié… « J’aime rentrer à la maison ! », s’écrie-t-elle. Mais Janey’Ann est aussi une amoureuse des voyages où elle part à la rencontre de l’autre. « Souvent, c’est moi que je trouve, murmure-t-elle. Ces voyages nourrissent ma musique, mes textes, mes pensées sur le monde. J’aime l’humain et je ne me sens jamais étrangère, au sens de décalée. J’ai vécu des hospitalités extraordinaires… » Depuis dix-huit mois, elle vit à Saint-Denis. « Il y a ici un tel bouillon de vie, le monde y est regroupé. » Elle se dit sensible à tout ce qui l’entoure, se vit comme une passerelle, un lien entre les mondes et les hommes, aime profondément la vie. Elle, qui se sent autant guadeloupéenne que dionysienne (Antilienne ?), suit avec une curiosité allègre son chemin, pas à pas, le sourire aux lèvres, des mots à la bouche et des musiques dans la tête. Qui est Janey’Ann ? Peut-être une délicatesse qui construit ses racines avec une tranquille détermination. Ou peut-être pas. Allez savoir… Benoît Lagarrigue
Publié le 05-Sep-2011 16:45 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |
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