Patricia Kraeutler / Le souffle partageurElle enseigne la flûte depuis quinze ans au conservatoire de Saint-Denis et ne rate pas une occasion de participer à des aventures musicales.
Elle est de toutes les aventures musicales. Que ce soit lors des concerts du conservatoire (mais là, rien de plus normal), notamment avec son complice pianiste Fabien Cailleteau, mais aussi avec Nicolas Frize (« lui, quoi qu’il me propose, j’y vais ! »), à l’occasion du Panorama des cinémas du Maghreb, de la Semaine bleue, avec les associations Mots et Regards, Altamira, ou encore avec l’orchestre El Mawsili, et jusqu’à participer avec une joie manifeste au Barbès Café récemment présenté par le festival Métis à l’académie Fratellini. Dès qu’une occasion se présente, Patricia Kraeutler dit oui aux rencontres et aux partages. « Ce qui m’intéresse, c’est faire des choses différentes avec des gens différents ! » Professeur de flûte emblématique du conservatoire depuis quinze ans, cette fille de famille alsacienne est née à Lyon, où elle a rencontré la musique et la flûte. « À 7 ans, ma mère m’a offert un disque sur la vie des musiciens. Je suis tombée en pamoison en entendant le concerto pour flûte et harpe de Mozart… » Aussitôt elle veut apprendre. Dès 11 ans, elle fait partie d’une harmonie dans la banlieue de Lyon. « La musique, ça se partage. C’est mon moteur », affirme-t-elle. Au lycée, elle intègre une section musicale et, après le bac, fréquente divers conservatoires, dont celui de Genève, où elle se perfectionne auprès du grand flûtiste Maxence Larrieu. Très vite, elle se tourne vers l’enseignement. « J’étais étudiante et enseignante à la fois. » Elle « monte » à Paris par amour et, donc, arrive au conservatoire de Saint-Denis en 1997. « Enseigner, plus ça va, plus j’aime ça ! », lance-t-elle. Ses yeux bleus rieurs appuient ses dires. « La musique construit les jeunes en leur donnant le goût de l’effort. Il faut travailler pour obtenir de jolis sons. Mais lorsqu’ils y parviennent, quel bonheur ! Plus tard, ils feront ce qu’ils voudront, mais à ce moment précis, on voit l’émotion dans leurs yeux d’enfant. Ce sont des moments magiques. Je fais un métier extraordinaire ! » Elle n’aime rien tant qu’emmener ses élèves jouer « hors les murs » : au musée d’art et d’histoire (« j’adore ce lieu, il a une atmosphère particulière »), au TGP, à l’Écran ou dehors en ville. En quinze ans elle a vu Saint-Denis – et ses élèves – changer. « La société évolue, les enfants aussi, et moi également. Aujourd’hui, pour prendre sa flûte à la place de l’ordinateur, des jeux, il faut du courage… » Elle les emmène aux concerts, les accompagne avec rigueur et générosité sur le chemin du plaisir musical. « Je ne dispense pas, c’est l’échange qui compte. Ce sont d’abord des relations humaines. » Elle rit souvent, avec légèreté. Évoque son prochain concert avec Fabien Cailleteau, en juin au musée dans le cadre de l’exposition d’Anne Slacik, confie ses envies d’explorer la musique roumaine, des rencontres à venir. Et parle de son instrument, qu’elle trouve « merveilleusement réalisé. La flûte, c’est le souffle de la vie. Elle a un son fluide, limpide, comme l’eau qui coule. C’est cela qui me fait lever le matin… » Les yeux bleus semblent un instant encore plus transparents, presque liquides. Comme un air de flûte. Benoît Lagarrigue
Publié le 13-Apr-2012 16:45 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |
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