« Cela m’étonnerait qu’elle survive » : la prédiction pessimiste confiée par un pompier en aparté, mercredi 15 février, peu de temps après le drame, s’est malheureusement avérée exacte. Ecaterina, femme de 38 ans qui s’est immolée par le feu dans le hall de la mairie, est décédée le lendemain. 80 % de son corps était brûlé au 2e degré, selon le constat des médecins du service des grands brûlés de l’hôpital de Lille, où elle avait été transportée. Elle laisse six enfants orphelins, âgés de 2 à 20 ans. C’est au cimetière des Joncherolles qu’une cérémonie d’adieu lui sera consacrée, ce mercredi 22 février.
Son parcours tragique est celui d’une course au logement avec des obstacles devenant infranchissables. Avant d’être prise en charge par le 115 dans un hôtel de Saint-Denis où elle logeait à titre provisoire au moment du drame, Ecaterina, qui était arrivée en France avec sa famille il y a plus de vingt ans, a d’abord vécu la spirale des dettes de loyers importantes qui se termine par une expulsion.
Connue des services sociaux, mais aussi de ceux de la police, la grande famille a erré de Trappes à Aubervilliers, d’Aubervilliers à Saint-Denis où elle a squatté plusieurs appartements, notamment dans les cités La Courtille et Floréal. Elle avait défrayé la chronique médiatique locale en décembre 2009 pour avoir occupé illégalement un F3 de la rue des Marnaudes qui venait d’être attribué à une aide soignante.
Avant cela, la famille avait été expulsée, au bout de deux années de procédure, d’un autre appartement de La Courtille. La direction de l’action contentieuse de Plaine commune habitat dressait alors un récapitulatif de griefs graves (« effraction, violence, dégradation, menaces de mort contre un gardien d’immeuble »). L’errance de cette « famille très difficile, très violente et hors norme », pour reprendre l’expression d’un élu, s’est terminée à la morgue. Notre société, une nouvelle fois et dans tous ses rouages, n’a pas su trouver de solutions pour traiter pareil cas de très grande précarité.
Tragédies
Ecaterina, transformée en femme torche… L’image restera indélébile dans la tête des fonctionnaires et des agents de sécurité qui ont assisté en direct au suicide. Vendredi, deux jours après la tragédie, la mairie qui dans les cinq dernières années a vécu deux tentatives d’immolation pour l’obtention d’un logement, portait un deuil intérieur et suintait le traumatisme.
En face, au café le Khédive, Lahcène avait les yeux hagards. Il se souvenait : quand Ecaterina s’est enflammée, il commandait un cheese burger. Il a vu les flammes monter dans le hall de la mairie. Il s’est précipité, a essayé de circonscrire le feu à l’aide de son blouson de moto. « La femme était encore debout. Elle m’a dit aide-moi », explique Lahcène. « Quand elle était sur le brancard, elle m’a regardé », dit-il. Depuis, ce regard le hante jour et nuit.
Vendredi en fin d’après-midi, des membres de la famille sortaient de l’hôtel de ville. Ils venaient d’être reçus par le directeur de cabinet du maire. Leur demande ? « Avoir un grand logement pour que l’aîné des fils s’occupe de toute la fratrie », explique leur avocate maître Pugliesi. Avant cela, c’est le juge des enfants puis celui des tutelles qui dira si une telle solution est envisageable ou pas.
Dominique Sanchez