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Nicolas Gagnère, scène de vieIl voulait faire comédien. Il travaille au restaurant de son ami Rochette. Et son amour des planches n’a jamais faibli.


À la scène, il accueille avec sourire et bons mots les clients de Chez Rochette ; à la ville, il est passionné de théâtre et fréquente assidûment les manifestations culturelles de Saint-Denis. Depuis trois ans, il fait partie du paysage de ce restaurant sympathique et de qualité. « C’est la première fois que je reste si longtemps chez un même patron », s’amuse Nicolas Gagnère. Il faut dire que le Rochette en question, Philippe, est d’abord un ami, depuis une quinzaine d’années.


L’histoire de Nicolas paraît toute simple. Elle ne l’est pas. Né en 1969 à Saint-Jean-d’Angely (Charente-Maritime) dans une famille nombreuse dont le père est ouvrier, il y grandit jusqu’à 24 ans, des rêves de théâtre plein la tête. Mais le père ne veut pas. « Ce n’est pas un métier », disait-il.


Nicolas s’engage dans l’armée de l’air où il est affecté au rapatriement sanitaire, puis monte à Paris et suit en candidat libre des études de préparateur en pharmacie. Après son diplôme, il travaille dans cette voie, avec toujours la même envie de théâtre. 1998 sera une année charnière pour lui. Dans le bon et dans le mauvais sens.


Il assiste à de nombreux matches de la Coupe du monde de foot à Saint-Denis avec sa compagne et découvre à cette occasion la ville et son ambiance lors de cet événement. « Je me suis dit : la vie, elle est là ! » C’est à ce moment aussi qu’il rencontre Philippe Rochette, « dans un bar de Saint-Denis », et qu’ils sympathisent.


Mais le lendemain de l’euphorie de la victoire des Bleus, sa compagne décède soudainement lors d’un accident. Nicolas change tout : de métier, de ville, de vie. « C’était pour moi le moyen de faire mon deuil », dit-il aujourd’hui. Suivent cinq années difficiles, durant lesquels il vit de travaux alimentaires, rompt avec sa famille, fait l’expérience des métiers funéraires, « pour les proches. J’avais vu le travail exemplaire qu’ils font », précise-t-il.


Alors qu’il vit à Stains, il apprend que le Studio Théâtre, dirigé par Marjorie Nakache, propose des ateliers de pratique amateur. Il saute le pas, enfin. Puis, désormais dionysien, il rejoint les ateliers théâtre du TGP, participe comme comédien amateur à Lancelot du Lac, mis en scène par Olivier Besson. Il ne le dit pas, mais c’est sans doute le théâtre qui lui sort la tête de l’eau.


En 2006, nouveau coup dur : une hémorragie cérébrale l’envoie six semaines à l’hôpital et trois mois en convalescence. Comme à chaque épreuve, son pote Philippe est là, à ses côtés. « Après ça, à chaque moment de la vie, j’en profite ! », lance-t-il. Il travaille un temps dans le bâtiment, puis dans des restaurants de Saint-Denis, enfin Chez Rochette.


« Ici, je joue un rôle, mais je suis moi-même. En accueillant les clients, je suis comme sur scène. » Au fait, et le théâtre ? « J’ai repris depuis deux ans, au TGP, avec Bruno Boulzaguet. On a monté Un air de famille, de Jaoui et Bacri et j’avais le rôle de Bacri. Puis Le Bal, d’Ettore Scola, en avril dernier. Le TGP, c’est ma deuxième maison… » Reconstruit, Nicolas trouve que la vie est belle. « Et elle n’est pas finie !... », s’écrie-t-il en allant… au théâtre, après son service au restaurant.


Benoît Lagarrigue


Publié le 29-Jun-2012 16:49 | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami | 0 réaction(s) |

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