Cultures

Théâtre Gérard Philippe
/ Une expo bien dans sa tête

La journaliste militante afro-féministe Rokhaya Diallo et la photographe Brigitte Sombié inauguraient samedi 6 octobre Afro !, exposition qui valorise les cheveux naturels des afro-descendants. Une manière de renouer de façon décomplexée avec ses origines et d’en tirer de la fierté.
Rokhaya Diallo et Brigitte Sombié, les auteures de l'exposition Afro!
Rokhaya Diallo et Brigitte Sombié, les auteures de l'exposition Afro!

« Pendant que les gens enragent, nous, on agit ensemble et c’est le plus important. » La formule prononcée sans animosité aucune provoque les applaudissements dans l’assistance, acquise à l’oratrice du jour, Rokhaya Diallo. Les polémiques qui ont précédé l’installation d’Afro ! au TGP (lire page 5 Un cheveu dans le débat), sont restées aux portes du théâtre. « Certains détracteurs ont dit que c’était communautaire parce que Brigitte [Sombié, qui signe les clichés de l’expo], qui est blanche, n’était pas sur une photo de promo consacrée à l’exposition, confie Rokhaya. Pour moi c’est absurde car c’est un projet qui se veut inclusif. De tous les projets que j’ai menés c’est celui qui ramène le plus de positivité. »

La journaliste militante afro-féministe et la photographe Brigitte Sombié inauguraient samedi 6 octobre l’exposition Afro ! qui trouve sa source dans le livre éponyme publié par les deux femmes en novembre 2015 (éditions Les Arènes). Ce recueil de portraits compile une centaine de témoignages et de clichés de personnalités politiques ou artistiques afro-descendantes arborant fièrement dreadlocks, afros ou tresses. Exit les cheveux lissés et les rajouts, donc, les auteures ont choisi de mettre en valeur les textures naturelles des cheveux qu’ils soient crépus ou frisés. Une trentaine de ces portraits ont été accrochés au TGP, dans le hall d’entrée et au restaurant à l’étage.

La coupe afro d’Audrey Pulvar

Pour des milliers de Français noirs, métissés ou d’origine maghrébine, la question est loin d’être anodine : le cheveu est sujet à une forme de discrimination raciale car marqueur ethnique. Cette discrimination est exercée par la société civile et la société de consommation mais aussi au sein même des familles qui, pour ne pas faire de vagues, s’efforcent de dompter, discipliner, lisser, non pas le discours mais bien la chevelure.

« Dans l’hôtellerie et la restauration par exemple, on va dire que ce n’est pas soigné, qu’il faut se lisser les cheveux, rapporte Rokhaya Diallo qui a elle-même longtemps opté pour le lissage quand elle était enfant.Même dans les médias c’est encore très rare. Quand je suis arrivée à la télévision vers 2009, certaines personnes me disaient qu’il n’avait jamais vu quelqu’un à qui ils pouvaient s’identifier, c’est-à-dire une femme avec un nom africain, des cheveux crépus, la peau noire… Il n’y a qu’à voir les remarques quand Audrey Pulvar avait arboré une afro pour comprendre le problème.» Double peine pour la journaliste politique qui a récemment poussé un coup de gueule contre des internautes qui lui reprochaient ses brushings… 
 

Visite guidée et ateliers

Mais pour Rokhaya et Brigitte, il ne s’agit pas de culpabiliser les afro-descendants aux cheveux lissés, mais plutôt de renouer de façon décomplexée avec les origines et d’en tirer de la fierté. C’est le « Nappy », contraction en anglais de natural et happy, un mouvement né aux États-Unis au début des années 2000. En France, le concept a pris de l’ampleur ces dernières années. Si la mode s’en est saisie de façon parcimonieuse et calculée – « l’afro est tolérée mais pour des mannequins à la peau claire avant tout », fait remarquer Brigitte Sombié – il reste encore du travail au sein de la société civile…

Pour le public « blanc », cette exposition permet de mieux appréhender cette chevelure, ce marqueur ethnique, au-delà de tout exotisme. Car cette exposition qui fait écho aux milliers de Dionysiens concernés par ce sujet, nous parle d’abord d’acceptation de soi et d’acceptation de l’autre. Des thématiques universelles. Samedi, alors que le maire Laurent Russier saluait dans son discours l’initiative et la reliait à la politique culturelle de la Ville, une centaine de jeunes n’avaient d’yeux que pour leur modèle, Rokhaya. Si certains n’avaient encore jamais franchi les portes du TGP ou le simple cap de laisser leur chevelure s’exprimer dans tout leur volume, la majorité se sentait considérée et osait se projeter. Pour se faire une idée de la démarche, une visite guidée avec Brigitte Sombié et Rokhaya Diallo aura lieu samedi 13 octobre à 14h.

Elle sera suivie d’une conférence organisée par Sciences Pop’ avec Juliette Sméralda. La sociologue soutient l’idée que la perte du peigne africain provoqué par l’esclavage a « désolidarisé » les Noirs de leurs propres cheveux : « L’Africain fut arraché à son peigne lorsqu’il fut arraché à sa terre natale », défend-elle dans son ouvrage Peau noire, cheveux crépus : l’histoire d’une aliénation. Pour accompagner l’exposition, des ateliers autour du cheveu se tiendront le samedi 20 octobre à la médiathèque Ulysse et le mercredi 31 octobre au TGP. 

Maxime Longuet

 

Samedi 13 octobre au TGP (59, bd Jules-Guesde), 14h visite guidée de l’expo avec R. Diallo et B. Sombié, 15h30 conférence avec J. Sméralda, sociologue. Samedi 20 octobre à la médiathèque Ulysse (37, cours du Ru-de-Montfort), 14h atelier autour du cheveu, 15h30 atelier d’écriture. Mercredi 31 octobre au TGP, 14h atelier autour du cheveu. Entrée libre, sur réservation : 0149336740 / 0149336530.

Réactions

"Marqueur Ethnique" - C'est bien ce que j'écrivais dans l'autre article : une pseudo gauche obsédée par la "race". Or "racialiser", "communautariser" notre société c'est remettre en cause les fondements même de notre République, de notre Constitution comme a pu le dire Philippe Caro et Hervé Borie lors du dernier CM. Comme j'ai pu également déjà l'écrire pour moi c'est un manque de pudeur vis à vis des responsables des associations (je pense à Rachida, à Karima et à d'autres) qui se battent au jour le jour avec trois fois rien ... Alors effectivement, il y a des dionysiens qui "enragent" de voir l'argent public dilapidé dans cette immense mascarade capillaire.
10 000 euros de subventions municipales pour la petite entrepreneuse identitaire et indigéniste R. Diallo ! C'est une blague...Alors qu'à St Denis, nombre d'assos sur le terrain rament avec 500 malheureux euros annuels ! La liste des urgences sociales à St Denis n'est elle pas suffisamment grande (Lutte contre la violence, alphabétisation, soutien scolaire, emploi...) pour qu'on sorte une telle somme du chapeau ? Sa proximité avec certains élus a t-elle joué ? On peut le penser quand on voit que Mme va aussi animer (bénévolement ?) la journée LGBT le 13 Octobre ! (Avec beaucoup de sympathisants du PIR...). Et interdit de critiquer l'attribution de cette subvention sous peine de se faire traiter de "Facho"...On marche vraiment sur la tête dans notre pauvre ville !
J'ai encore en travers de la gorge cette subvention de 10000 pour cette journaliste parisienne amie d'un élu. C'est honteux et scandaleux vis à vis des centaines d'associations de notre ville à qui on demande de faire des efforts financier
Quelle idiotie cette histoire de cheveux , qui ne prouve absolument pas une idendité ! j'exècre les mots : "race" "racialisme" , alors que pour les animaux on utilise "espèce". Pour en revenir aux cheveux , perso dans ma famille dont il a été établi deux arbres généalogiques depuis 1700 , tous les membres issus de la région centre Loire , un de mes neveux , ressemblant très fort à mon père , peau mate cheveux légèrement frisés , ce neveu en question les a carrément crépus et, lorsqu'il était ado il les portait à la Angéla Davis ; dans ce cas peut on parler d'identité (je ne sais laquelle si ce n'est tout simplement Français) ou ethnie ? tout ceci je peux le prouver à Madame Diallo . Aurait elle mal étudié l'histoire de France qui a subi comme tant d'autres des invasions.

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