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Néonatologie et réanimation néonatale
/ Un cocon pour les très petits

L'hôpital Delafontaine accueille dans son service spécialisé les bébés nés avant terme et les mamans. Classé centre de type III, il est autorisé à recevoir les grossesses à haut risque.
Un bébé hospitalisé dans le service de néonatologie de l'hôpital Delafontaine
Un bébé hospitalisé dans le service de néonatologie de l'hôpital Delafontaine

 


Peu avant Noël, ma femme a perdu les eaux, six semaines avant le terme de sa grossesse. À la maternité de l’hôpital Delafontaine, sans avoir le temps de dire « péridurale », elle accouchait d’une petite créature fripée d’à peine 43 centimètres et pas tout à fait deux kilos. Le bébé a passé sa première nuit à la nurserie, et sa maman en « suites de couches ». Le lendemain, les deux ont été installés dans une chambre individuelle de l’unité de néonatologie supervisée par le Dr Nuha Semaan que l’on appelle « unité kangourou », parce que, comme le marsupial qui garde son petit dans une poche contre son ventre, la mère peut ici garder son ou ses bébés dans la chambre avec elle. J’ai demandé à la sage-femme si nous allons bientôt rentrer chez nous. Elle m’a répondu gentiment qu’il était fort improbable que les médecins laissent sortir un enfant avant la 37e semaine. Nous avons donc passé les dix jours suivants dans cette unité de néonatologie située au sein de la maternité.

Dans les chambres alentour, beaucoup de prématurés, beaucoup de jumeaux aussi. Notre bébé a été placé dans une couveuse à côté du lit de sa mère, pour l’aider à conserver sa température. Il a été mis sous « scope », c’est-à-dire que ses paramètres vitaux étaient relevés en direct par des électrodes et transmis à l’équipe soignante qui surveille tous les petits à distance. On nous a appris à donner les soins au bébé et à le nourrir à la seringue le temps qu’il soit assez fort pour téter. Quand la maman était trop fatiguée, elle a pu le laisser à la nurserie. À chaque problème, les pédiatres, les infirmières ou les auxiliaires de puériculture avaient une réponse adaptée.

Après quelques jours de surveillance, les électrodes ont été débranchées et le bébé sorti de la couveuse. Quand il a réussi à s’alimenter sans problème et à prendre du poids, les médecins nous ont proposé une sortie accompagnée. Nous étions impatients de rentrer chez nous, et, dans le même temps, réticents à abandonner ce cocon où nous étions si bien entourés.

Notre bébé faisait alors 2,2 kg, ce qui me paraissait toujours peu. Les médecins de l’unité néonatale, bien sûr, ont une vision différente. « Par rapport à un bébé né à terme, de 3 ou 3,5 kg, cela impressionne », m’a confié quelques semaines plus tard le Dr Pascal Bolot, chef du service de néonatologie. « Mais quand on parle, nous, de “tout-petit”, c’est 600 ou 700 grammes… » Ces cas ne sont pas rares au centre hospitalier de Saint-Denis. La maternité a enregistré près de 4 600 naissances en 2016. Elle est contiguë à une unité de réanimation néonatale. L’ensemble forme un centre de périnatalité de type III.

Depuis les décrets de 1998, les maternités de type I assurent les soins de base du nourrisson. D’autres maternités peuvent posséder des lits de néonatologie de type II-a, où l’on prodigue en continu une surveillance et des soins spécialisés (comme l’unité kangourou), et de type II-b, où l’on administre des soins intensifs. Enfin, les centres de type III sont autorisés à recevoir les grossesses à haut risque : pour cela, ils doivent se doter d’un service de réanimation des nouveau-nés. On en compte quinze en Île-de-France, dont deux en Seine-Saint-Denis : l’hôpital André-Grégoire à Montreuil et, depuis 2005, l’hôpital Delafontaine. Une nécessité dans un territoire où le taux de prématurité est plus fort que la moyenne nationale.

À Saint-Denis, le service comprend 6 lits de néonatologie (type II-a), 11 lits de soins intensifs (type II-b), et 10 lits de réanimation (type III) où sont admis les cas les plus sérieux, qui ont besoin de soins lourds et urgents. Là, les « détresses vitales » et les « grands prématurés » sont accueillis par l’équipe de « réa » néonatale : huit médecins à plein-temps, un binôme de garde 24 h/24, une soixantaine d’infirmières et d’auxiliaires de puériculture. « On ne pourrait pas fonctionner si on ne bénéficiait pas aussi de toute l’infrastructure de notre centre hospitalier », ajoute le Dr Bolot. « On profite de l’apport de toutes les spécialités : la radiologie, le labo, la réanimation adulte, qui garde toujours un lit pour les grossesses à risque… »

Le service compte aussi un psychologue. « Il y a de très belles histoires, et parfois il y a des choses plus malheureuses », souffle le Dr Bolot. Dans certaines situations au-delà de toute ressource thérapeutique, l’équipe de réanimation doit se résoudre, malgré tous ses efforts, à envisager les soins palliatifs. Hormis ces rares cas tragiques, l’appui de la réanimation néonatale aide la vie à triompher chez les petits les plus fragiles. « On s’occupe de tous les désordres respiratoires, cardiaques, digestifs. On pose des cathéters, on intube, on fait des échographies du cœur, de la tête… », énumère Pascal Bolot.

Cela, tout en essayant de préserver la relation entre les parents et leur enfant, malgré les tuyaux, les machines. « Les soins de réanimation sont vitaux, mais ça ne suffit pas. Si vous laissez un enfant seul dans son incubateur avec sa perfusion, sans lui parler, sans le toucher, il ne peut pas se construire. L’enjeu, c’est que ce petit devienne une personne. La culture imprimée dans le service, c’est de faciliter la venue des parents, le contact avec l’enfant. »

Une fois passé le cap aigu, période très variable, les bébés quittent la réanimation pour rejoindre les soins intensifs, à Delafontaine ou bien dans un établissement de type II près du domicile des parents. Enfin, lorsque l’alimentation et la croissance du bébé vont bien, il séjourne dans une chambre mère-enfant le temps d’organiser la sortie. Certains bébés nés dès la 24e semaine de grossesse auront ainsi passé, au total, jusqu’à quatre ou cinq mois dans le service de réanimation-néonatologie.