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Salle de la Légion d’Honneur
/ Tout le Gotha du graff

Thierry Grone est l’organisateur de l’expo-vente consacrée aux graffeurs, les vrais, ceux qui ont fait leurs armes dans la rue. Soit 18 artistes invités, dont quelques célébrités dans le milieu des bombeurs de murs.
Des toiles de Takt, Swen, Nel One et Thia One entourent Thierry Grone.
Des toiles de Takt, Swen, Nel One et Thia One entourent Thierry Grone.

Un an après la sortie de son Dicograff – le dictionnaire du graffiti – Thierry Grone revient armé de fat caps (1) pour une expo-vente consacrée à cet art subversif né dans la rue : le bombage de murs. Du 8 au 16  février, la salle de la Légion d’Honneur accueillera sous ses voûtes immaculées Gotha, soit une cinquantaine de toiles réalisées par 18 artistes, célèbres dans le milieu, dont certains se sont prêtés au jeu de l’interview pour le Dicograff. Dix panneaux seront utilisés pour y accrocher les œuvres de Berthet One, Relax, Mr Bien, Swen, Obsen (du célèbre crew RAW), Decap, Dize ou encore Crey 132, lauréat du Prix du graffiti 2016.

« L’exposition croise trois générations de graffeurs : des old-timer des années 1980, en passant par ceux de la old-school et de la new-school, période qui comprend elle-même des courants différents. Je leur ai proposé d’exposer aussi parce que je les apprécie humainement et artistiquement, explique Thierry Grone. Un mec qui “fait” un train, il n’a rien à gagner. Il fait ça pour stimuler sa créativité, pour la performance et pour l’adrénaline », en précisant que tous ont fait dans le « vandale ». Un mode de vie et une attitude que Thierry estime aujourd’hui en voie de disparition. « Il y a beaucoup d’imposteurs dans le monde du graff aujourd’hui », en remet une couche le commissaire d’exposition.

Si l’exposition Gotha revêt évidemment un aspect financier, difficile pour son concepteur de faire l’analogie avec les galeries d’art. « Dans les galeries il y a beaucoup de spéculations autour des œuvres et des artistes. Les acheteurs consomment sans réelles connaissances du mouvement du graffiti, affirme-t-il. Les toiles de Gotha se vendront de 200 à 7 000  euros, et ce sont les tagueurs qui fixent leurs prix. » Ici, il est bien question de graffeurs qui ont fait leurs armes dans les dépôts ou les terrains vagues, et non pas de « street-artists », insiste Thierry Grone. Incontestablement, il faut un vécu pour mériter l’appellation de graffeur. «La prise de risque et les intentions ne sont pas les mêmes entre un pochoiriste et un vandale. Le street-art c’est juste une tendance. » Swen, dans son interview publiée dans le Dicograff, partage cette vision des choses : « Aujourd’hui le graffiti est baisé. Trop de graffeurs qui sortent d’écoles d’art nous ont fait du mal. »

Avec le légendaire crew 93 MC, qui regroupait dans les années 1980 des centaines de jeunes (dont Swen mais aussi Kool Shen et Joey Starr) venus de tous ses quartiers, Saint-Denis a un long passé qui la lie à l’histoire du graffiti. Pour faire vivre cette mémoire, l’association Culture de Banlieue, que préside Grone, joue la carte de la pédagogie. Plusieurs classes de primaires vont se succéder lors de visites le plus souvent encadrées par Thierry himself. « J’aimerais que ces enfants puissent être marqués par ce qu’ils vont voir comme moi je l’ai été lors des expositions d’Agnès B. dans les années 80-90 et celle de la fondation Cartier Né dans la rue organisée à la fin des années 2000. » Deux événements qui ont mis quelques jets de chrome dans les yeux de ce passionné-militant qui signe avec Gotha sa deuxième exposition autour du graffiti (sa première Est-ce si graff que ça ? a eu lieu à Grigny en 2002).

Les amateurs de lettrage auront durant une semaine l’occasion de venir admirer, et pourquoi pas se procurer, les toiles d’artistes qui ont tagué de leurs blazes l’histoire du graffiti à grands coups de spray. Ils seront par ailleurs présents lors du vernissage qui se tiendra vendredi 9 février à 18 h. Pssshhhhhtttttt…

Maxime Longuet

(1) capuchons des bombes de peinture

Gotha, du 8 au 16  février, salle de la Légion d’Honneur (16, rue de la Légion-d’Honneur). Entrée libre.

Le Dicograff sera disponible à l'exposition. 

Réactions

Pour la municipalité de Saint-Denis subventionner les graffeurs demeure un bon calcul politique. Lors d'une campagne électorale le soutien d'une star du graff peut influencer une partie du corps électoral et générer des suffrages le jour du vote. Cette distribution d'argent public rapporte des voix. Elle permet de se maintenir au pouvoir municipal. En revanche pour les 422000 habitants de Plaine Commune les graffitis sont une calamité. Dans les neuf villes de Plaine Commune combien d'immeubles d'habitation sont dégradés par les graffitis ? Il est parfaitement scandaleux d'utiliser l'argent public pour dégrader l'habitat.
Bonjour cher lecteur, Je vous remercie de votre intérêt pour cet article, cependant : il n'y a eu aucune subvention accordée à cette exposition et pour cause, Thierry Grone, l'organisateur, n'en a pas fait la demande. Bien à vous.
Cher "lecteur", je vous invite fortement à lire le dictionnaire du graffitti: "Dicograff" afin de vous permettre de vous ouvrir l'esprit, et de sortir de vos a priori concernant cette discipline artistique.
@Maxime.Longuet, prêter gratuitement la salle de la Légion d’Honneur pour l'exposition Gotha constitue une forme de subventionnement et de dépense d'argent public. @Béatrice, le bombage des murs reste une calamité pour les 422000 habitants de Plaine Commune. Beaucoup d'immeubles de logements sociaux ou en copropriété sont vandalisés par des graffitis et perdent de leur valeur. Cela décourage les citoyennes et les citoyens d'accéder à la propriété. Dommage qu'on ne puisse pas uploader des photos dans les commentaires des articles du JSD, car des photos montreraient l'ampleur du phénomène. «Un mec qui “fait” un train » dégrade le quotidien de milliers de voyageurs qui empruntent ce train chaque jour pour leurs déplacements.
les graffitis illuminent nos murs bétons, nos trains gris, nos bacs à verres... chacun son truc! c'est bien pour cela que j'aime la seine saint denis. mais,des créateurs autodidactes, cela gène peut être... le bombages des murs est part d'une envie de créer! oui, dommage que l'on puisse envoyer des fichiers de photos, je pourrais en envoyer de tellement belles! beaucoup de touristes y viennent pour prendre nos murs colorés en photos! concernant cette expo: tout est sur toile et en vente! bravo à tous ces artistes!
un petit lien pour colorer les esprits tout gris: https://hiphopinfosfrance.com/dicograff-comprendre-lart-du-graffiti/

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