À la une En ville Portrait

Bakary Soukouna
/ Rêveur en action

Éducateur. Il est co-fondateur de Nuage, association du quartier Allende qui œuvre auprès des jeunes du territoire. Pour les aider à s’investir dans la société.
Bakary Nuage de Nuage dans son quartier à Pablo-Neruda
Bakary Nuage de Nuage dans son quartier à Pablo-Neruda

« Quand on a des convictions et des idées, il faut se battre pour les défendre. Si on ne se bouge pas, on perd des combats, des droits. L’engagement, c’est important. » Bakary Soukouna n’est pas fataliste. Derrière une certaine réserve, il affiche un esprit volontaire. « Si chacun fait un peu, beaucoup peut être fait. » Le nom de son association, Nuage, est à cette image : l’acronyme veut dire Notre union associative grandir ensemble. « J’ai envie de faire réfléchir les jeunes. Dans quelle société veulent-ils vivre ? Dans l’individualisme, le repli sur soi ? Ou dans l’échange, l’ouverture, le partage comme on le défend ? », souligne l’éducateur qui travaille dans le Val-de-Marne.

Depuis sa création en janvier 2015, Nuage multiplie les actions auprès des jeunes : des chantiers d’insertion, des sorties, des voyages, de la sensibilisation pour le droit de vote, des tournois de foot, des projections de films, des fêtes de quartier, etc. Les locaux de l’association se trouvent dans la cité Pablo-Neruda, à Allende où habite Bakary depuis 1999. Âgé de 30 ans, l’aîné de sa famille est un pur Dionysien. Il a fondé Nuage avec un ami d’enfance, Tambo Sow, avec qui il a grandi à la Plaine. Aujourd’hui, son association regroupe une cinquantaine de jeunes bénévoles originaires de son quartier mais aussi de Gabriel-Péri, Franc-Moisin ou encore la Saussaie. Ils interviennent surtout à Saint-Denis et dans les communes limitrophes.

Bakary veut donner du sens à chaque action. En octobre, pendant dix jours, il a emmené un groupe de sept jeunes à Rio de Janeiro au Brésil. Ils sont notamment allés dans la favela de Rocinha. « Pour eux, le Brésil, c’était la fête, le foot. Tout est beau. Sur place, ils ont vu la réalité des favelas, la précarité. Les inégalités sont encore plus marquées qu’en France. Cela a changé leurs regards », souligne l’éducateur.

Le 21 janvier, Nuage organise une sortie au théâtre du Rond-Point pour voir À vif avec le rappeur Kery James. La pièce raconte l’affrontement entre deux avocats qui défendent l’un la France des riches, l’autre celle des pauvres. « C’est important de montrer aux jeunes qu’on peut bien s’exprimer, sans être vulgaire, et enrichir son vocabulaire. » Lui, il a eu un bac technique en 2006 à Paul-Éluard avant de poursuivre en science de l’éducation. Depuis son enfance, il a toujours eu la fibre littéraire. « Je suis un gros consommateur de mots », dit le trentenaire en parlant de ses derniers coups de cœur. Il a adoré la trilogie L’Arabe du futur de Riad Sattouf, qui lui a donné des clés pour mieux comprendre l’actuelle situation de la Syrie.

De ses années scolaires, les écrits de Voltaire sur l’affaire Jean Calas l’ont marqué. « En résumé, c’est un homme qui a été jugé à tort. » À l’image de cette histoire, Bakary dénonce les injustices. Il loue les figures comme l’éducateur Almamy Kanouté, militant associatif dans les quartiers, et surtout l’immense Nelson Mandela. « Quand il est sorti de prison (en 1990), il a entre les mains le pouvoir de continuer la guerre ou de faire la paix. Il choisit la paix. » Surtout, il pense qu’il est possible d’agir. « La genèse de la politique, c’est d’organiser la vie des habitants. Ils ont un pouvoir. Il ne faut pas se dire “cela ne sert à rien”. »

Aziz Oguz

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