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Plan grand froid
/ Quelques nuits au chaud... Et après ?

En dépit des engagements du président Macron, en 2018 l'hiver tue toujours dans les rues. Alors que le plan grand froid touche bientôt à sa fin, le JSD s'est rendu au gymnase Carson-Besson à la rencontre des naufragés du béton.
Ce vendredi 9 février, au gymnase Carson Besson, transformé en centre d'hébergement d'urgence dans le cadre du plan grand froid.
Ce vendredi 9 février, au gymnase Carson Besson, transformé en centre d'hébergement d'urgence dans le cadre du plan grand froid.

Ce 9 février, cela fait trois nuits que le gymnase Carson-Besson a été reconfiguré, pour la deuxième année consécutive, en centre d’hébergement d’urgence suite à l’activation du plan grand froid. Sur les 40 lits de camps alignés le long du mur, 31 ont trouvé preneur. « Ce sera complet ce soir », précise la présidente de l’association France Horizon, qui assure la gestion de cet abri ouvert 24h/24 à un public masculin.

Pour y avoir une place, tous ont dû passer par le 115. Une fois orientés ici, ils peuvent y demeurer jusqu’à la fermeture du dispositif, soit le 16 février. « Dans quelques jours, on dort à nouveau dehors », enrage Mourad, 45 ans, dont 5 passées dans la rue, en prenant place autour de la grande table, où une dizaine d’hébergés partagent leur galère.

Hormis l’absence de toit, ils ont peu en commun. Il y a le discret Saïd, 61 ans, à la rue depuis deux mois. C’est autant que José, la cinquantaine, « ma femme m’a viré », il n’a plus que son camion. « Moi je dors dans une voiture épave, c’est très dur », enchaîne Houcine, 24 ans. C’est compliqué aussi pour Touré 36 ans, qui vit dans le métro depuis trois ans. Et que dire de Gaye, 57 ans qui débarque à 14h avec sa parka fluo. SDF depuis un an, il bosse à temps plein comme éboueur et réalise chaque jour l’impossible pour garder son CDI. Ce matin il est parti à 4h40 pour entamer le ramassage des ordures à 7h. Le gymnase, ce n’est pas l’idéal, mais c’est déjà mieux que le « rien, essayez de rappeler demain », que tous se voient servis à longueur de temps par le 115.

« On n'en finit plus de battre des records »

« On passe notre temps à dire non à des personnes en détresse », confirme l’association Interlogement 93 qui gère ce numéro d’urgence et ne sait plus comment alerter l’opinion publique « sur une situation qui est dramatique et qui l’est de manière permanente », relate François Bulan, chef des urgences. « De laisser au quotidien 200 personnes sans hébergement est devenu la norme. A une époque, on n’imaginait pas atteindre les 300 et désormais on n’en finit plus de battre des records. » Le 1er février, le 115 a connu un pic de 349 demandes non pourvues, « dont 20 femmes enceintes et 154 mineurs, condamnés à rester à la rue par temps glacial ». Le 5 février, malgré le déploiement de 217 places « grand froid », ce sont encore 142 personnes pour lesquelles aucune mise à l’abri n’a pu être trouvée. Parmi elles, 73 enfants. « Notez bien que l’ensemble des demandes ne nous parvient pas... »

Une réalité qui contraste donc un poil avec les propos du secrétaire d’Etat Julien Denormandie, qui affirmait le 30 janvier sur France Inter, que « pour être précis » le sans-abrisme, « c’est à peu près une cinquantaine d’hommes isolés en Île-de-france. » Ça les a fait hurler au 115. « C’est un mensonge éhonté et totalement manipulateur ! Le gouvernement essaie de masquer la réalité, dénonce François Bulan. C’est fait pour rassurer l’opinion. Après on s’étonne que ces situations ne révoltent pas... » Dans « cette espèce de marasme, de frustration permanente et même un peu de dégoût », les écoutants du 115 n’ont eu dernièrement qu’un seul motif de satisfaction. Celui d’avoir pu, du 9 au 11 février, finir leur service en ayant pu répondre à toutes les demandes. Le résultat de l’ouverture de plusieurs gymnases. Mais le répit ne sera que de courte durée. Ces structures vont fermer et les personnes remises à la rue vont rappeler le 115 qui n’aura plus rien à proposer.

« Ils ouvrent des gymnases, mais ce n’est pas pour nous sortir de la rue, c’est juste avec le froid, pour éviter qu’on meurt », lâche Mourad, qui redoute comme tous ses compagnons d’infortune la fin du plan grand froid. « Mais après ? Tous ici, ça fait des mois que l’on se bagarre, qu’on essaie de s’en sortir, que l’on fait tout ce que l’on nous dit, que l’on tape à toutes les portes... Personne ne veut nous aider. Tout le monde s’en fout... On demande juste une chance, juste une petite chambre... On n’a pas envie de finir “clodos”... »

Mis à la porte de l’Aide sociale à l’enfance le 31 juillet dernier à tout juste 18 ans, Yacine pense au suicide. « J’ai pas de parents, pas d’argent. Aucune association, aucune mairie n’accepte de me domicilier. Comme je n’ai pas d’adresse, je ne peux pas aller à Pôle Emploi et le RSA, ce n’est pas avant 25 ans. Je vois les jeunes de mon âge qui rigolent, qui jouent au foot et moi je dors sur le trottoir, j’ai faim et j’en ai marre… Je commence à peine ma vie, mais j’ai juste envie qu’elle finisse. » Les autres essaient de le réconforter. « Allez, dis pas ça… Tu vas voir, ça va aller. » Mais à leurs mines, on voit combien ils sont inquiets.


Réactions

La politicisation de cette misère est indigne et ne sert que a montrer que le JSD, sensé d'être une journale locale, n'est rien d'autre que une instrument utilisé pour attaquer le gouvernement. vous devriez revoir votre copie. J'ai honte de notre JSD. Vous ferez mieux de reporter ce qui a etais fait (provision de quelques 10,000 places - meme si ce n'est pas assez, c'est bien plus que ce qui etais fait depuis plusieurs quinquennats. Donc votre titre "En dépit des engagements" n'est pas une info - c'est simplement de la propagande. Mais nous connaissons bien notre journal et nous avons l'habitude.
Les maires d’Île-de-France sont responsables de la rareté des logements de leur cherté donc de l'augmentation du nombre de sans-abris. Depuis quarante ans les maires franciliens consacrent en priorité leurs terrains disponibles à l'immobilier de bureaux. Cela augmente le coût de la construction de logements. Les maires de droite comme de gauche ont peur de l'arrivée de nouveaux habitants sur leur territoire, ils craignent la modification du corps électoral et de perdre les élections suivantes. Voilà pourquoi ils privilégient l'immobilier de bureaux. Depuis 1990 à Saint-Denis des centaines d'hectares ont été attribués à la construction de bureaux au lieu d'être réservés à la construction de logements. Cela participe à la création d'une bulle immobilière dont tous les citoyens souffrent locataires comme propriétaires. Par leur malthusianisme les maires sont en partie responsables du développement de la pauvreté dans notre pays.

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