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/ Plainards d'un jour, et pour toujours

La Plaine d'hier et celle d'aujourd'hui vue Marcelo, Geneviève, Philippe, Kamal et Jean-Jacques, des habitants parmi les plus attachés à ce quartier.
Une fête à La Plaine, à Cristino-Garcia, l'ancien quartier espagnol.
Une fête à La Plaine, à Cristino-Garcia, l'ancien quartier espagnol.

« Quand ils ont commencé à couper les arbres, j’ai vu des vieux qui pleuraient. Il y avait un platane tous les deux mètres, c’est comme s’ils avaient démoli le bois de Boulogne ! » Dans ce quartier de la Plaine où il vit depuis soixante-dix-huit ans, Marcelo Mota en a passé trente à la tête du Saint Fiacre, un café restaurant imprimé dans les mémoires telle une institution. Et pour lui, ce saccage perpétré au début des années 1960 avec la trouée de l’A1 a été une meurtrissure de plus infligée à une Plaine qu’il avait vue « en feu en 1940 ». « Ca a toujours été un quartier en souffrance. Avec les usines, il y avait du bruit. Les gens étaient malmenés déjà.» A tel point, qu’une fois posée la couverture, « c’était l’absence de bruit qui nous réveillait. Et on entendait les cloches de l’église. On les avait oubliées ».

Un terrain de jeu, des herbes folles

Habitante de la Plaine depuis novembre 1987, Geneviève Pelissier a été impressionnée, quant à elle, par « l’émotion des anciens en décembre 1997, quand ils ont vu arriver dans d’énormes pots les arbres qui allaient être plantés ». A cette époque de bruit et de fureur autoroutière où elle découvrait le quartier, « quand j’entendais le témoignage des personnes qui y avaient vécu au temps où l’avenue était magnifique, j’avais beaucoup de mal à visualiser ce qu’ils me racontaient ». Pour Philippe Oulapo, la Plaine où ses parents s’installent à la fin des années 1980, c’est pour l’ado qu’il est alors « un terrain de jeu » avec ses friches industrielles où s’épanouissent les « herbes folles ». Il s’apprête aujourd’hui à fêter les 25 ans de l’association Rackham qu’il avait créée avec les jeunes du quartier, « pour monter des projets, faire entendre nos voix ». Insuffler au travers du sport et de la culture « une démarche citoyenne ». « C’était suite à la mobilisation pour la couverture.

La couverture n'est qu'une cicatrice

Ca nous avait montré comment nous structurer. » Comité A1 et Association Wilson, concert de casseroles et illuminations protestataires, etc., Philippe y a nourri sa niaque. Et son tempérament de « Plainard d’un jour, Plainard toujours ». Ce pourrait être aussi la devise de Kamal Mensous, qui est à la maison de quartier la figure même de cette aptitude de la Plaine à l’accueil et à « former village » avec les nouveaux venus, Bretons, Espagnols, ou Kabyles, comme lui. « J’ai découvert la Plaine par le biais du sport et du travail. J’ai commencé à y vivre en 1995. Et je n’ai jamais voulu la quitter. » Malgré les nuisances, et pour « le combat » qu’il a sitôt fait sien. Cette couverture gagnée de haute lutte, « n’est pour les gens d’ici qu’une cicatrice », remarque pourtant Jean-Jacques Clément, de l’association Mémoire Vivante de la Plaine. Créée en 1996 pour sauvegarder la mémoire ouvrière d’un quartier vidé de sa substance industrielle, l’association se focalise à présent sur sa « colonne vertébrale », selon l’expression de Geneviève pour désigner l’ancienne voie royale, l’avenue tronquée y compris par cette couverture paysagère, vide de toute activité sociale. Dans son prolongement, Jean-Jacques relève encore les « nouvelles batailles à mener » de part et d’autre. L’une pour réparer les abords de la Porte de la Chapelle, l’autre pour enfouir l’A1.  

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