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Documentaire
/ Pépites hip-hop de Paris 8

Le réalisateur dionysien Pascal Tessaud a déniché des cassettes témoins de l’intérêt que portaient au mouvement hip-hop des profs de la fac de Saint-Denis. Sur ces bandes, à leurs débuts, NTM, MC Solaar, Ministère A.M.E.R., Rapsonic…
Le graphiste Fred Ebami a conçu les illustrations qui habillent le documentaire Paris 8, la fac hip-hop
Le graphiste Fred Ebami a conçu les illustrations qui habillent le documentaire Paris 8, la fac hip-hop

De l’émergence du hip-hop en France, nous viennent à l’esprit les images du terrain vague de La Chapelle. Ce spot éphémère a accueilli entre août et novembre 1986 des centaines de jeunes venus assister aux block-parties organisées par DJ Dee Nasty et ses acolytes. Avec le métro aérien parisien, les murs couverts de graffs, les carrés de break-dancers et les enceintes qui crachaient les flows des MC’s sur des beats encore inédits, ces soirées sauvages s’alignaient sur le modèle des street-parties new-yorkaises des années 1970. Alors que l’on croyait avoir tout vu et tout entendu sur la naissance du hip-hop à la française, force est de constater qu’il restait jusqu’à aujourd’hui encore des zones inexplorées. Et à nouveau, Saint-Denis de se retrouver sous les projecteurs. 
 

Laboratoire hip-hop

De 1988 à 1992, dans le nord de la capitale, des professeurs d’université se saisissaient de ce phénomène culturel pluridisciplinaire qui secouait une partie de la jeunesse des banlieues. À la faculté Paris 8, le soixante-huitard Georges Lapassade, illustre professeur décédé en 2008, avait créé un laboratoire expérimental d’ethnologie auquel ont participé les futurs grands noms du « Mouvement » : de MC Solaar à M’Widi en passant par le Ministère A.M.E.R., Alibi Montana, Menelik, Kader Aktivist, Driver le graffeur Mode2 ou le crew Basalt. Cependant, aucune image n’a filtré de cette période filmée dans son intégralité par Christian Lemeunier, professeur d’ethnologie à Paris 8.

 

C’est seulement en 2016 que Pascal Tessaud, réalisateur du film Brooklyn et du documentaire Beatbox, boombap autour du monde, tombe sur les rushes, un peu par hasard… C’est au détour d’une conversation avec Cristina Lopes (directrice artistique du Café Culturel) qu’il apprend l’existence de ce « laboratoire » hip-hop. Interpellé, il se rend au service audiovisuel de la faculté dans l’espoir de mettre la main sur ces images inédites. Là, dans les cartons, 200 cassettes gisent, oubliées. Sur les tranches poussiéreuses de celles-ci, Pascal y déchiffre des acronymes aujourd’hui célèbres : NTM, MC Solaar, Ministère A.M.E.R., Rapsonic… Ni une ni deux, il visionne ces trésors enfouis.

« À ce moment-là j’hallucine, je vois des concerts en pleine fac, des ateliers d’écriture, du graff partout, des freestyle… On a l’impression d’être dans le South Bronx, se souvient Pascal. Je ne connaissais pas du tout cette histoire, c’est un angle mort du hip-hop français. » Et peu de temps après avoir récupéré les images d’une vingtaine de cassettes, le reste est envoyé à la benne. « Tomber sur ces images c’était un coup du destin », conclut alors Pascal Tessaud.
 

Un travail de deux ans

Conscient du potentiel historique de ces archives, le réalisateur propose à Arte d’en faire une web-série de dix épisodes et de la baptiser Paris 8, la fac hip-hop. Vendu. Ne lui reste plus qu’à tourner des interviews des protagonistes, étalonner, monter, mixer, concevoir les illustrations avec le graphiste Fred Ebami… Un travail de deux ans qui s’achève vendredi 12 octobre avec la présentation d’un épisode consacré aux block-parties en ouverture de l’Urban Films Festival qui se tiendra à La Place, nouveau lieu parisien (à Châtelet-les-Halles) dédié à la culture hip-hop. Parmi les intervenants sollicités dans le documentaire on retrouve MC Solaar, le rappeur du Franc-Moisin M’Widi, Sear, issu de la même cité et créateur du légendaire fanzine Get Busy, les graffeurs Mode 2, Eros et Swen, Pascale Obolo des Ladies Night ou encore Christian Lemeunier qui animait à l’époque la radio pirate FMR à Paris 8.

« C’était une auberge espagnole, une énorme MJC H24 en fait. Il faut se rendre compte que deux mille B-boys passaient par-là chaque année. Cela a attiré toute la presse et les labels, détaille Pascal Tessaud. Cela ne pouvait se passer qu’à Saint-Denis

Maxime Longuet

La série Paris 8, la fac hip-hop sera à découvrir à partir de janvier 2019 sur Arte.tv.

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