À la une Portrait

DJ Karim
/ Music saved my life *

On pourrait dire que la vie ne lui a pas fait de cadeau. Sauf la musique, qui l’a miraculeusement touché dans ses jeunes années, quand elle se partageait sur de petites cassettes audio.

« Dès que je lance un son, je me sens dans un autre univers. » Quand il parle musique, DJ Karim s’illumine. « Je ne suis plus timide. Ça me fait plaisir de partager avec les gens. » Un large sourire défroisse son mince visage qui, bien que marqué par nombre d’épreuves, n’affiche pas ses 55 ans. Karim fréquente le GEM (groupe d’entraide mutuelle) L’Entre-temps, au 21 rue de la République. C’est un lieu d’accueil, d’échanges et de convivialité ouvert sur la ville pour des adultes en situation de handicap psychique. « J’y vais tous les matins. En ce moment, j’ai les clés, c’est moi qui ouvre », dit-il en sortant fièrement le trousseau de sa poche. Il aimerait, par le biais de son portrait dans le JSD, « faire mieux connaître le GEM », que l’on comprenne son utilité.

Ce jour-là, il y a installé ses platines et ses enceintes pour « la gaufres party » qui va s’y tenir. Lui, « les activités ne [l]’intéressent pas ». Son truc, définitivement, viscéralement, c’est « le son ». Le bon des années 80, soul, zouk love, dance hall, ragga, kompas… Dans la petite chambre qu’il loue, il stocke ses précieux CD, bien rangés sur des étagères. Il en a apporté en prévision de la petite fête. En pose un sur l’une de ses platines, « des Denon ». Lance un titre, funk, rythmé, irrésistible. Se met à danser, prend le micro, chante. Il y met du cœur, de la voix, connaît les moindres variations du morceau. Un solo de guitare, une envolée de claviers, un tempo de basse : Karim lance des « holala », des « whouah », « magnifique », « c’est un bijou ». « Quand j’écoute ça, je suis heureux. » Ça se voit.

Nostalgique des petites cassettes audio

Il porte le nom de famille de sa « maman, Bretonne des Côtes d’Armor ». Son prénom, Karim, c’est son « papa qui [lui] a donné ». Très jeune, il est placé à la DDASS. Il grandit de foyer en foyer, de nourrice en nourrice. Un début de vie rude, pour le moins, tempéré par quelques rencontres salvatrices. Il a 14 ans quand un pote, placé comme lui en internat, lui fait découvrir la musique. « Sur de petites cassettes audio. » Rien ne l’enchante plus que quand il retrouve aujourd’hui en CD ces morceaux qu’il écoutait à l’époque sur bande. Vers 20 ans, il « commence à dormir dans les caves à Paris, dans le 19e ». Rencontre un autre pote, Kaba Sissoko, dont les parents, maliens, le prennent un temps sous leur aile. Et puis il y a sa « mamie d’adoption ». De temps en temps, Karim retourne dans le foyer familial, peu accueillant. La vieille dame, qui vit dans le même immeuble, s’insurge : « On ne jette pas un enfant comme ça ! », dit-elle un jour aux géniteurs du jeune homme. « Elle m’a ouvert sa porte, je ne lui demandais rien. » Karim lui concocte des compilations sur ses fameuses « petites cassettes audio ». « Elle aimait le musette. » Comme un juste retour des choses, il veillera sur elle jusqu’à son décès, à l’hôpital Avicenne. « Elle s’était cassé le col du fémur. » Et avait fini par ne plus le reconnaître. Il ne lui en veut pas. « Quand on perd la tête, on ne se souvient plus des gens. »

De fil en aiguille, dont lui seul connaît le canevas, il arrive il y a trois ans à Saint-Denis, qu’il fréquente depuis longtemps pour ses magasins de disques, Black & White, la Boîte à Music, Moradisc… Depuis, DJ Karim a animé trois fêtes de quartier. Et se produira le 27 mai à Festoch’ en centre-ville, où il fera entendre les purs tubes qu’il affectionne tant. Il dit on ne peut plus justement « la musique m’a sauvé ». Ce qui est juste, aussi, c’est que le son de DJ Karim sauve de la morosité.

* La musique a sauvé ma vie.


Réactions

Cher Karim, Je suis un étudiant argentin au collège Northalnds, à Buenos Aires. Je m’appelle pierre et je vous écris parce que pendant la classe de français on lisait votre portrait et j’ai été très touché par votre vie ; votre carrière et côté solidaire. J’admire comme vous avez lutté pour les choses que vous aimez, comme la musique, même si vous avez grandi seul et sans vos parents. Ce petit geste montre le monde que tous sont capables de obtenir les choses qu’ on voudrais, mais avec persévérance. En plus, je vous félicite de votre effort pour devenir un très connu personnage dans Saint Dénis et le dj plus célèbre de la ville. En outre, et pour finaliser, j’aime que vous n’avez pas arrêté de aider, et être altruiste et solidaire avec le GEM. Salut ! Pierre

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