Cultures

Africolor
/ Mé 67, rappel historique

Le festival commémore – par des concerts, une table ronde et une rencontre – le dernier massacre colonial perpétré par l’État français : en mai 1967, un mouvement social à Pointe-à-Pitre réprimé par les gendarmes fait plus de 80 morts parmi les civils…

« Lorsque les nègres auront faim, ils reprendront le travail », ces paroles que l’on attribue à Georges Brizard, président du syndicat des entrepreneurs du bâtiment, auraient été prononcées lors d’une séance de négociations entre les entreprises et les partenaires sociaux à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 26 mai 1967. Ces mots sont alors colportés à travers la foule de manifestants rassemblés sur la place de la Victoire. La colère monte et éclate dans les rangs de ces ouvriers en grève qui réclamaient une augmentation de salaire. Aux jets de conques et de pierres, les gendarmes répondent par un feu nourri. Le lendemain de ces échauffourées on dénombre plus de 80 morts parmi les civils… Cette journée sinistre a été le dernier massacre colonial perpétré par l’État français. Mais malgré la tragédie, cet épisode sanglant baptisé « Mé 67 » par les locaux est tombé aux oubliettes de la mémoire collective nationale. Le festival Africolor a souhaité le commémorer et en faire un temps fort de cette édition 2017. À Saint-Denis cela se traduira, mercredi 22 novembre, par un concert et une rencontre avec 7son@to à la médiathèque Ulysse (1). Puis une table ronde, le même jour, « Mé 67, l’histoire inachevée » à la bourse du travail (2). Et le lendemain, une série de trois concerts aura lieu au TGP.

Le public pourra venir y écouter l’Epéka Trio emmené par la voix et les textes engagés de la rappeuse Casey. Respectée par ses pairs, elle est connue pour son écriture tranchante et sans complaisance inspirée par l’histoire douloureuse de la Martinique, île dont son père est originaire. Elle sera soutenue par le Guadeloupéen Sonny Troupé, percussionniste et joueur de tambour ka, instrument central dans le gwoka, cette musique née aux Antilles du temps de l’esclavage. La flûtiste Celia Wa accompagnera ce binôme hip-hop/gwoka qui se produira à nouveau le 9 décembre au 6b.

 « Avec cette édition, nous avons voulu mettre en avant la capacité de la musique africaine d’être vectrice de récits, réels ou imaginaires d’ailleurs. Mais aussi des récits passés sous silence. C’est le cas pour Mé 67, aucun élu de la République n’a assumé officiellement ce qu’il s’est passé, confie Sébastien Lagrave directeur d’Africolor dont la volonté est d’interpeller l’opinion publique sur le sujet. Le gwoka, c’est de la résistance musicale ancestrale. Après Mé 67, le tambour ka a permis à ceux qui le voulaient d’exprimer leur désir d’autonomie et d’émancipation. » Dans l’histoire récente, les grands ensembles gwoka ont pris part aux revendications populaires notamment lors des manifestations de 2009 en Guadeloupe qui avait mené à 44 jours de blocus dans l’île. Dans cet esprit, le TGP accueillera 7son@to, orchestre de Trois Rivières composé de onze musiciens gwoka qui revisiteront un répertoire traditionnel remis au goût du jour. S’ensuivra un voyage entre Pointe-à-Pitre, Basse-Terre et la Congo Square (Nouvelle-Orléans) avec le groupe de blues créole Delgrès, du nom de ce général guadeloupéen qui s’est donné la mort avec 300 de ses soldats refusant ainsi de tomber entre les mains des troupes bonapartistes qui voulaient rétablir l’esclavage en 1802.

Cela sera donc une soirée placée sous le signe de la mémoire, de la justice et de la lutte, à l’image du festival qui reste toujours attaché à la promotion d’artistes étrangers sur le sol français. Dix-neuf nationalités seront représentées tout au long de cette édition 2017. À l’heure où de plus en plus de festivals sont rachetés, vidés de leur substance puis reconditionnés, Africolor se place en dehors des radars des industriels. « Nous ne sommes pas assez bankable, admet avec une fierté à peine dissimulée Sébastien Lagrave. On est un vilain petit canard du fait du territoire dans lequel nous agissons et des artistes que l’on propose. » À l’instar de ces mots, ceux des artistes invités d’Africolor 2017 exprimeront une certaine révolte qu’ils brandiront comme un poing levé. Un poing qui finit par frapper fort sur le tambour ka.


Africolor, jeudi 23 novembre, à partir de 20h au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, aslle Roger-Blin). Tarifs : de 23 € à 6 €. Infos et réservations : www.theatregerardphilipe.com

(1) Concert et rencontre avec 7son@to mercredi 22 novembre à 16h30 à la médiathèque Ulysse (37, cours du Ru-de-Montfort).

(2) Table ronde « Mé 67, l’histoire inachevée » mercredi 22 novembre à 18h à la bourse du travail (9, rue Génin) avec la spécialiste Michelle Zancarini-Fournel.

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