À la une En ville

Première Guerre mondiale
/ Louise, 20 ans en 1917

Quel était le quotidien des Dionysiens il y a 100 ans ? À l’aube de la commémoration de l’Armistice du 11 novembre, nous avons imaginé celui d’une jeune fille, employée dans une fabrique d’obus.
En 1915, dans le quartier Pleyel, s’installe une nouvelle usine de fabrication d’obus : Les Forges et Ateliers de la Fournaise.
En 1915, dans le quartier Pleyel, s’installe une nouvelle usine de fabrication d’obus : Les Forges et Ateliers de la Fournaise.

Louise a 20 ans. Elle vit avec sa mère dans un petit meublé de la rue Auguste-Blanqui, à quelques pas du cours d’eau le Croult. En ce jour de 11 novembre 1917, elle prend la plume pour écrire à son frère Pierre, 23 ans, parti au front (1). Elle ignore que dans un an, jour pour jour, l’armistice sera signé, marquant la fin des combats de la Première Guerre mondiale, la victoire des Alliés et la défaite totale de l’Allemagne.Louise est un personnage de fiction. Mais le quotidien qu’elle relate dans sa lettre est inspiré de faits historiques et de la vie des Dionysiens à cette époque. Des faits consignés dans le blog des Archives municipales de Saint-Denis consacré à la période 1914-1918. Ces recherches ont servi de support à l’histoire de la jeune Louise.

 

Mon cher frère,

J’espère que tu vas bien. Quand tu liras cette lettre, tu auras aussi reçu le colis qui l’accompagne. La nourriture (2) et la couverture devraient t’apporter un peu de chaleur. Je redoute que nous connaissions le même froid que nous avons traversé en janvier et février derniers. Il a fait jusqu’à moins 11 degrés et je n’ose imaginer ce que tu as dû endurer. Maman allait laver le linge dans le Croult avec un maillet : il lui fallait rompre la glace. Tu parles d’une corvée, la pauvre ! Tiens, la semaine dernière elle a essayé une recette qu’elle a découpée dans le journal : un rôti sans viande. Je sais qu’elle a utilisé de la mie de pain, un œuf, de la crépinette… Pas mauvais.

À l’usine, je participe toujours « à l’effort de guerre », comme ils disent (3). Tous ces obus que l’on fabrique à longueur de journée ! Puissent-ils nous faire gagner cette fichue guerre pour que tu rentres enfin. J’ai un de ces mal aux guiboles, en ce moment. Je crois que c’est de faire la route à pied de la maison, rue Auguste-Blanqui, aux Forges, route de la Révolte, qui commence sérieusement à m’user. Si seulement le tram fonctionnait ! Sur les dix lignes, quand l’une marche c’est service minimum. C’était quand même bien pratique, quand je pouvais prendre la numéro 1, de la place de la Caserne (4) à la Porte de La Chapelle. Heureusement qu’à la chaîne, on se tient les coudes entre femmes. Tu sais, on travaille beaucoup. Même les gosses. Et il y a de plus en plus de travailleurs étrangers. Il faut bien trouver des hommes pour usiner…

Une dizaine de lignes de tram relie Saint-Denis à Paris, Asnières, Stains, Épinay… © ARCHIVES MUNICIPALES DE SAINT-DENIS

Il va y avoir une nouvelle grande matinée de bienfaisance « au profit des mobilisés et de leurs familles », j’ai lu ça hier sur une affiche. Au début, la mairie a installé des fourneaux gratuits dans les quartiers, à la Plaine, Pleyel, la Mutualité, rues de la Boulangerie, des Chaumettes, des Ursulines. Et même des cantines scolaires. Mais elle ne peut plus faire acte de solidarité seule. J’espère que les fortunés seront généreux pour la collecte. J’ai vu que des commerçants y participent. Tu te souviens des boutiques Au Vieux Chêne et Au Gagne Petit ?

Tiens, j’ai croisé le vieux Marcel l’autre matin. Tu sais qu’il n’a toujours pas retrouvé toute sa tête. Ça fait plus d’un an et demi que l’explosion du Fort de la Double-Couronne (5) a eu lieu. Il raconte toujours, en boucle, à qui veut l’entendre, ce qu’il a vu quand il a accouru sur le site, attiré par le vacarme énorme de la déflagration. Il paraît que les vitres de la mairie de Saint-Ouen ont été brisées par le souffle. Tu te rends compte ? « L’Apocalyse », il répète, le Marcel. Les bâtiments éventrés, les tramways sortis de leurs rails… Ce qui l’a le plus choqué, c’est les chevaux couchés sur la route, au milieu des morceaux de corps déchiquetés. Je t’ai déjà dit qu’il a serré la louche au général Joffre et au président Poincaré ? Ils se sont rendus sur place le jour même pour soutenir les Dionysiens.

Enfin, je te raconte tout ça mais ça doit être du pipi de chat à côté de ce que tu vis dans les tranchées. Sois prudent surtout !
Prends soin de toi. Je t’embrasse.
Ta sœur Louise.

Saint-Denis, le 11 novembre 1917.

+ d’infos et d’histoire(s) sur le blog des Archives municipales : archives1418.ville-saint-denis.fr

Commémoration du 11 novembre 1918 La Municipalité et des associations d’anciens combattants (AAMMAC, ANACR, ARAC, FNACA, FNDIRP, Rhin et Danube, UFAC, UNC) organisent une commémoration du 99e anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 le samedi 11 novembre à 11 h, place de la Résistance-et-de-la-Déportation.

 

Des hommes, du pain et des trams…

(1) En 1914, Saint-Denis compte près de 75 000 habitants. La Première Guerre mondiale voit environ 20 000 Dionysiens mobilisés : plus de 4 000 d’entre eux sont morts ou portés disparus.

(2) La priorité, c’est l’armée. La production de nourriture et de combustible est d’abord destinée aux soldats. À Saint-Denis comme partout en France, les civils manquent de tout. Les prix grimpent. Ils sont multipliés par quatre entre 1914 et 1920. Dès septembre 1914, la mairie achète 34 bovins pour approvisionner les habitants et fait mettre 31,5 ha de terre en culture pour produire pommes de terre, choux, navets… Des mesures de restriction nationales sont mises en place. En mars 1917, le maire de l’époque, Gaston Philippe, doit établir des carnets de consommation pour le sucre. En août, c’est au tour du pain. La mairie organise les distributions. Un adulte a droit à 200 g de pain par jour et 750 g de sucre par mois.

Dès septembre 1914, la mairie fait cultiver des pommes de terre et autres légumes sur 31,5 ha de terre. © ARCHIVES MUNICIPALES DE SAINT-DENIS

(3) Pendant la Grande Guerre, de grandes quantités de munitions sont fabriquées dans la commune. Saint-Denis est l’une des plus grandes villes industrielles de France depuis la fin du XIXe siècle. C’est une ville ouvrière de l’arrière. En 1915, dans le quartier Pleyel, rue de la Révolte (actuel boulevard Anatole-France) s’installe une nouvelle usine de fabrication d’obus : Les Forges et Ateliers de la Fournaise. Des entreprises dionysiennes se mettent aussi à fabriquer des armes et des munitions, comme les usines automobiles Delaunay-Belleville et Hotchkiss.

(4) Place de la Caserne, aujourd’hui place du 8-Mai-1945. Le premier tramway dionysien a été mis en fonctionnement en 1876. En ce début de XXe siècle, une dizaine de lignes de tram desservent Saint-Denis et la relient à Paris, Asnières, Stains, Villeneuve-la-Garenne. La déclaration de la guerre marque l’arrêt de son expansion. Ce moyen de transport ne cessera de décliner jusqu’à son abandon total le 18 mai 1936. Il faudra attendre 1992 pour voir le retour du tram dans la ville.

(5) Dans la courtine est du Fort de la Double-Couronne (l’actuel lieu-dit le Barrage), 50 000 engins explosifs sont entreposés. Le 4 mars 1916, à 9 h 25, le dépôt de munitions explose. Il n’y a pas de survivants pour en connaître la raison. On retire une trentaine de corps, soldats et simples passants, des décombres et alentours. Des blocs de pierre allant jusqu’à 10 kg ont été projetés dans les rues avoisinantes. Les victimes ont droit à des obsèques nationales. La mairie offre des concessions dans son cimetière.

Réactions

Aujourd'hui Louise prendrait la ligne 13 à la station Basilique de Saint-Denis pour aller et revenir travailler de Pleyel et rentrerait moins fatiguée. Ce samedi 11 novembre 2017 dans son discours officiel Emmanuel Macron va-t-il prétendre qu'avant son arrivée à la Présidence rien n'a été fait en matière de Défense Nationale ? Il faut construire l'union des partis politiques de gauche avant les élections européennes de juin 2019 pour se débarrasser de ce tyran.

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
ATTENTION : Afin d'éviter les abus, les réactions sont modérées 'a priori'. De ce fait, votre réaction n'apparaîtra que lorsqu'un modérateur l'aura validée. Merci de votre compréhension.
CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.