À la une En ville

Jean-Louis et Marie Laroche Pellé
/ Livres dans leur tête

La réserve de leur maison déborde de milliers d’ouvrages, livres reliés, poche, revues, BD… Reliques de la vie de l’ancien bouquiniste, dont son épouse aimerait diminuer un peu le volume afin de créer un lieu de vie pour le quartier.
Marie Laroche et Jean-Louis Pellé, au milieu des livres
Marie Laroche et Jean-Louis Pellé, au milieu des livres

Dans Bourlinguer, Blaise Cendrars dit d’un libraire : « Je me suis toujours demandé s’il ne tenait pas boutique pour acheter les livres plutôt que pour les vendre. » Il y a de ça chez Jean-Louis Pellé. Et quand il lui arrive de vendre, il ne lui faut pas grand-chose pour offrir une remise, et le café. « Je préfère vendre un bouquin un euro à un pauvre qui apprend à lire qu’à quelqu’un qui a déjà toute la Pléiade. » Pour ne pas être mal compris, il ajoute d’un trait : « Je suis un autodidacte, mes parents étaient ouvriers, ce sont les livres qui m’ont élevé. » Il le leur rend bien. Dans sa réserve, des milliers d’ouvrages, empilés du sol au plafond : des livres reliés, des livres de poche, des revues, des BD, et aussi des vinyles (avec une place spéciale pour Eric Burdon). Pénétrer là-dedans, c’est comme descendre dans une mine : le passage est étroit, on craint l’éboulement, mais des pépites attendent ceux qui s’en donneront la peine.

Sa femme, Marie, verrait d’un bon œil une réduction du stock : « On peut à peine entrer, c’est un capharnaüm ! » Lui : « Je suis un peu collectionneur… » Entre des caisses de bouquins, dans la cour de leur maison de la rue de la Légion-d’honneur qu’ils habitent depuis 1986, on trouve aussi des œuvres de Guaté Mao, d’Olivier Rosenthal, de Sophie Bravo… Des artistes dionysiens, croisés à l’atelier de l’Union des arts plastiques ou à l’Adada. Avant sa retraite, Marie a été prof d’arts graphiques, dans un lycée de Colombes puis à l’école Estienne. Avant encore, elle travaillait dans l’édition. Jean-Louis aussi : « — J’ai un CAP de typographe. C’est un beau métier de fabriquer des livres…

Elle : — Mais il n’a jamais suivi l’évolution technologique, l’informatique ça ne lui convenait pas du tout.

—  Je me serais tué si j’avais dû faire ça toute ma vie…

Et puis un jour, j’ai lu un article sur les bouquinistes et je lui ai dit : c’est ça que tu devrais faire !

À 39 ans, Jean-Louis rejoint les bouquinistes des quais de Seine, cette vieille confrérie dont les membres, assis sur leur pliant devant l’enfilade des boîtes de bouquins, apparaissaient à Mac Orlan « comme le symbole de l’invitation aux voyages immobiles ».

« Aujourd’hui on ne peut plus vivre de ça », regrette Marie. Il confirme : « C’est devenu complètement mercantile : des souvenirs, des cadenas, pour les touristes… Internet nous a tués. Tu cherches un bouquin, tu tapotes sur ton clavier : pof, tu l’as le lendemain, livré par Amazon — qui exploite ses salariés, en plus. »

Retraité, il a gardé à Saint-Denis une de ces grandes boîtes à livres, verte et vermoulue, en souvenir. Ça, plus quelques milliers de bouquins. « Mon idée, dit Marie, c’est que Jean-Louis débarrasse une bonne partie des livres et que cet espace serve à exposer des artistes dionysiens. » Jean-Louis a commencé à trier. Pourquoi pas ouvrir une librairie d’occasions ? Trop de contraintes.  Elle : — On ne peut pas s’engager comme quelqu’un qui crée une nouvelle activité…

— Il s’agit pas de nous faire bosser !

— Et puis on est vieillissants…

— Parle pour toi ! »

Il a réussi à la faire sourire. « On réfléchit à ce qu’on pourrait faire, un lieu culturel, un lieu de rencontre. Avec tout ce qui se construit dans le quartier, il y a une demande pour un endroit qui soit un lieu de vie. »


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