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150, avenue du Président-Wilson
/ Les squatteurs artistes et fêtards nuisent au bon voisinage

Depuis au moins un an, d’anciens locaux de la société AB Productions sont occupés illégalement par un collectif d’artistes. Les riverains se plaignent des fêtes à répétition qui y ont été organisées, et de leur cohorte de nuisances.
La cour des anciens locaux de AB Productions fait office de parking
La cour des anciens locaux de AB Productions fait office de parking

« Je n’ai jamais entendu un tel bruit. C’était impossible de dormir. On en devenait complètement malade. » Monica (1) a encore en travers de la gorge les deux nuits où elle a à peine fermé les yeux. Deux vendredis de suite, le 25 novembre puis le 2 décembre, deux grosses rave-party ont eu lieu devant sa résidence, rue de la Montjoie à la Plaine. « Les vitres de la résidence vibraient, ajoute Marie. C’était des fêtes énormes avec des centaines de personnes. Elles ont duré jusqu’à 9-10 h du matin. » « Le lendemain, en partant au boulot, on voyait des gens rentrer comme en sortie de boîte de nuit », dit un voisin. L’entrée y était payante avec un service d’ordre, selon plusieurs témoignages. 

Ces deux événements ont été ceux de trop pour les riverains. Le lieu d’une surface de 2 700 m2 est occupé illégalement depuis au moins le début de l’année 2016. Ce sont les anciens locaux de la société AB Productions. Le squat a été ouvert par le collectif d’artistes nommé Costart, aussi appelé Favel’art, dont des membres ont déjà occupé d’autres lieux, notamment l’ancienne Sécurité sociale de Saint-Denis.
Au 150 avenue du Président-Wilson, le logo Costart est peint sur la porte à côté des grilles de l’entrée principale. Au 10, rue Montjoie, il y a une porte noire qui fait office d’entrée pour les occupants. Il faut une clé autant pour y entrer que pour en sortir. « C’est très contrôlé. Ils ne laissent pas n’importe qui y accéder », assure Ali.
Néanmoins, nous avons pu y pénétrer début janvier. À l’intérieur, on trouve un studio de musique, des lieux de création pour des peintres ou des sculpteurs. Des squatteurs y habitent. On en a vu certains avec leurs sacs de courses achetées dans le supermarché du coin. Il y a aussi une cour où sont garées des voitures et une grande salle qui fait office de lieu de concert.

« Une réquisition citoyenne »

« Je considère ce lieu comme une réquisition citoyenne », dit Punko, l’un des responsables du squat pointant le « nombre de lieux vides qui ne servent à rien » et de personnes sans-abri. Le collectif a organisé sa première porte ouverte aux habitants du quartier le 6 mars 2016. Des fêtes ont suivi, en particulier cet été, relayées notamment sur Internet et les réseaux sociaux. L’association techno Order a monté au moins trois événements payants. Les organisateurs proposent de l’alcool, de la restauration. « On a vu des food trucks », décrit Monica. « Au début, les soirées se terminaient vers minuit, une heure du matin. Qu’il y ait des fêtes, pourquoi pas, mais pas jusqu’à 9 heures », explique Marie.
Suite aux premières fêtes, des riverains ont alerté la police et les pouvoirs publics. La Ville a par exemple envoyé un courrier le 21 juin au préfet pour signaler le problème. Mais les dernières rave-party ont excédé les habitants qui ont accentué leur mobilisation. De nombreuses plaintes ont été enregistrées. D’après nos informations, la police municipale mène une enquête pour nuisances sonores et pour accueil non autorisé du public. Des procès-verbaux ont aussi été dressés contre les véhicules des occupants. Depuis début décembre, leur présence s’est faite plus discrète. Plus aucune grosse fête n’a été organisée.
Le propriétaire du terrain, AB Productions, aurait engagé une procédure. Contactée à plusieurs reprises, la société n’a pas répondu à nos sollicitations. Selon Punko du Favel’art, l’expulsion a été prononcée lors d’un jugement le 14 novembre. « Vous disposez de quatre mois à partir du moment où l’huissier est passé déposer la réponse. Expulsion fin avril, annonce-t-il. Pour la première fois aussi, on n’a pas cherché à gagner une année de plus. On ne reste pas là où le voisinage ne veut pas de nous », conclut-il.

Mise-à-jour du vendredi 13 janvier :  Le directeur général du groupe AB, Denis Bortot, confirme qu'une « une ordonnance d'expulsion a été rendue ». « Il appartient aux autorités d'en assurer l'exécution à l'expiration du délai accordé aux occupants, donc en principe au mois de mars », rajoute-t-il. 

Aziz Oguz

(1) Les prénoms des riverains ont été changés.
 

Réactions

Incroyable, hein ? Quand vous cassez les oreilles des gens qui vivent là, qui ont payé cher pour loger là (hein, messieurs "je ne paye ni impôts ni loyer"?), quand vous leur cassez les oreilles depuis UN AN, eh ben ils ne veulent pas de vous, qui l'eût cru ? Vous venez parce que c'est gratuit (pourtant c'est ILLEGAL), vous méprisez le voisinage... Eh bien, partez maintenant ! On ne vous regrettera pas !
Ah oui, quelque chose qui est encore pire : ces messieurs qui ne payent aucune charge se sont fait des bénéfices avec leurs fêtes qui pourrissent le quartier ! Et après ils osent parler de "réquisition citoyenne" et de SDF à la rue ! Quelle hypocrisie ! C'est une forme de recel !
RAVE ON

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