À la une En ville

Élèves non francophones
/ Les classes d’accueil menacées

À la rentrée prochaine, les jeunes nouvellement arrivés en France devront, pour certains enseignements, intégrer directement des classes ordinaires. Un dispositif non adapté, déplorent des profs, comme au collège Triolet.
Une manifestation des enseignants du collège Triolet le 7 mars 2017 à Saint-Denis
Une manifestation des enseignants du collège Triolet le 7 mars 2017 à Saint-Denis

 


Allophone : personne dont la langue maternelle n’est pas la langue officielle du pays où il se trouve. C’est le mot qu’utilise l’Éducation nationale pour désigner les enfants non francophones nouvellement arrivés. Comment les scolariser ?

Après une évaluation par le centre d’information et d’orientation, les jeunes sont dirigés vers une Unité pédagogique d'élèves allophones arrivants (UPE2A). Ceux dont les compétences scolaires sont trop faibles intègrent une classe pour élèves non scolarisés antérieurement (NSA), les autres intègrent une classe d’accueil (CLA). Du moins, c’est ainsi que les choses marchaient jusqu’en 2012, année de la réforme imposant l’inclusion dans les classes ordinaires comme « modalité principale de la scolarisation ».

La Seine-Saint-Denis, confrontée à des effectifs d’allophones importants, avait échappé à l’application de cette réforme. Cette dérogation doit prendre fin à la rentrée prochaine, ce qui inquiète les enseignants spécialisés. Désormais, les élèves de classes d’accueil n’auront plus 20 heures d’enseignement spécifique : EPS, éducation musicale, arts plastiques, arts visuels et langue vivante se feront directement en classe ordinaire.

« Avant, on avait une classe à part entière », témoigne Marion Paté, professeure en classe d’accueil au collège Triolet. « Dorénavant, on aura des élèves rattachés selon leur âge à une 6e ou une 5e, une 4e… Ils ont tous un emploi du temps différent. Les cours spécifiques allophones et les cours classe ordinaire vont obligatoirement se chevaucher... Par conséquent, ni les enseignants qui dispensent un enseignement spécifique allophones ni ceux qui les reçoivent en classe ordinaire n'auront les mêmes élèves à tous les cours. »

D’autant que les enseignants des classes ordinaires sont loin d’être tous formés à accueillir un élève non francophone. « Imaginez qu’on vous balance en cours de techno en chinois, imagine Marion Paté. On va jeter ces gamins dans la fosse aux lions sous prétexte d’inclusion… »

Une audience à Bobigny n’a pas apaisé les inquiétudes des enseignants, surtout que les délais pour intégrer une classe d’accueil sont très longs : « Certains attendent jusqu’à un an », témoigne Sophie Trognon, prof principal de la classe NSA du collège Triolet. « Ce sont des enfants déstabilisés par leur vécu, qui vivent souvent dans des conditions précaires. Et on va encore les désorienter un peu plus… »


Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
ATTENTION : Afin d'éviter les abus, les réactions sont modérées 'a priori'. De ce fait, votre réaction n'apparaîtra que lorsqu'un modérateur l'aura validée. Merci de votre compréhension.
CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.