Cultures

Musée d’art et d’histoire
/ Le retour de la Commune

Après rénovation, la collection – la plus grande au monde – du Siège et de la Commune de Paris rouvre au public. L’occasion de (re)découvrir cet épisode de l’Histoire de France riche en revendications sociales avant-gardistes.
Caricature du journaliste Henri Rochefort, emprisonné à la prison de Mazas.
Caricature du journaliste Henri Rochefort, emprisonné à la prison de Mazas.

En octobre, la collection du Siège et de la Commune de Paris (1870-1871) fermait ses portes au public pour des travaux de rénovation. Quelques mois plus tard, le 11 mai prochain, le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis va pouvoir accueillir de nouveau les visiteurs passionnés par cet épisode de l’histoire de France. « Épisode » car la Commune de Paris n’a duré que 72 jours. Pourtant, durant ce laps de temps infime au regard de l’Histoire, une multitude de revendications sociales avant-gardistes ont pullulé et ont été pour beaucoup d’entre elles les prémices de combats sociaux du XXe et du XIe siècle.

Sur les 40 000 œuvres que compte le musée, 15 000 proviennent du fonds d’art de la Commune de Paris. « C’est tout simplement la plus grande collection sur ce sujet… Au monde ! », confie avec une certaine fierté Sylvie Gonzalez, la directrice de l’établissement qui rappelle au passage que la première exposition consacrée à l’événement a eu lieu dans les années 1930, soixante ans après les faits. Et depuis, le musée ne cesse d’acquérir des œuvres et de bénéficier de donations. Lettres manuscrites, dessins, reliques en tout genre et même photos authentiques constituent une mine d’informations inestimable. « C’est un support de recherche extraordinaire », affirme Mme Gonzalez. Des gens continuent de nous apporter des courriers que leurs grands-parents conservaient chez eux. » Le récolement des œuvres (inventaire précis) a duré pas moins de sept ans et a nécessité beaucoup d’huile de coude.

Le parcours de la collection réserve des surprises, même aux plus fins connaisseurs de la Commune. « Cent pour cent des œuvres sur papiers ont été remplacées par d’autres, explique Anne Yanover, responsable des collections du musée. Une fois l’inventaire réalisé nous avons sélectionné des œuvres, puis en avons restaurées. Néanmoins nous avons conservé chaque étape de l’exposition. » La collection débute avec la guerre contre les Prusses en 1870 et le siège de Paris la même année, et s’achève avec la fin de la Commune et la déportation des communards (survivants) en Nouvelle-Calédonie qui a suivi la fameuse semaine sanglante du 21 mai 1871. Aussi, on retrouve les épisodes des canons de la butte Montmartre, du déboulonnement de la colonne Vendôme et des barricades. Se répondent sans cesse croquis, caricatures, articles de presse, peintures et sculptures. Ces vestiges témoignent des violences des combats, de la famine (la fameuse toile Le dépeceur de rats, de Narcisse Chaillou), de la vie administrative avec les premiers arrêtés de la Commune, et même de la vie à Saint-Denis !

Quelle posérité pour la Commune?

Au sortir de l’exposition, le progressisme porté par les communards savamment mis en lumière ici leur confère un avant-gardisme social qui résonne avec notre actualité : la question de la séparation de l’Église et de l’État, l’interdiction du travail de nuit, la laïcisation de l’enseignement, l’émancipation des femmes… Cette tentative de société égalitaire réprimée dans le sang, accède difficilement à une reconnaissance et subit une partialité historique. Seul le mur des fédérés au cimetière du Père-Lachaise où ont été fusillés les derniers communards rend hommage aux victimes des massacres perpétrés par l’État français. Mais les temps changent. En mars dernier, un internaute avait proposé sur le site dédié au budget participatif de la Mairie de Paris de raser le Sacré-Cœur, symbole de la victoire des Versaillais, lors d’une grande « fête populaire ». Et étonnamment, cette proposition avait reçu le plus de soutien en ligne. La Mairie, elle, a refusé bien entendu. Le Sacré-Cœur continuera de surplomber Montmartre, mais à 6 km de là la mémoire des communards, elle, ne cesse d’enrichir son sanctuaire.

Maxime Longuet

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