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Éducation nationale
/ La médecine scolaire manque à l’appel


C’est l’internat d’un lycée de Saint-Denis qui ouvre ses portes cette année, sans infirmier. C’est un principal un peu moqueur qui présente le « médecin imaginaire » du collège au reste de l’équipe le jour de la rentrée. Ce sont des professeurs qui doivent appeler les parents, ou bien même les pompiers, au moindre bobo. Ce sont surtout des milliers d’élèves de la Seine-Saint-Denis qui ne bénéficient pas de la visite médicale pourtant obligatoire l’année de leurs 6 ans (article L 541-1 du code de l’éducation).

« Seuls 40 % des enfants passent la visite médicale des 4 ans. Plus encore, seuls 10 % des enfants du département passent la visite médicale de l’année des 6 ans », révèle un communiqué publié par les fédérations séquano-dionysiennes de la Ligue des droits de l’homme, de la FCPE, de Sud Éducation et de la FSU. Les quatre organisations ont initié un rassemblement la veille de la rentrée des classes pour dénoncer la « disparition de la médecine scolaire en Seine-Saint-Denis » et réclamer un « plan d’urgence » global pour l’éducation.

Au bilan social de l’année 2016, le rectorat de Créteil dénombre 76 médecins dans toute l’académie, dont 29 pour la Seine-Saint-Denis. Parmi ceux-ci, dix sont contractuels. « Il y a 340 000 élèves dans le département, détaille un enseignant de SUD Éducation. Ça donne une moyenne d’un médecin scolaire pour environ 12 000 enfants. La moyenne nationale est plutôt de 1 pour 10 000. » On est plus loin encore des recommandations de l’Unesco qui préconise 1 pour 5 000…

Et les choses ne s’améliorent pas d’année en année, au contraire. Dans un article de 2012, le JSD notait déjà que la FCPE réclamait l’intervention des organisations humanitaires en Seine-Saint-Denis, « un appel en forme de provocation, évidemment, pour alerter sur la détérioration de la médecine scolaire dans le 93. » Cinq ans plus tard, la filière santé de l’Éducation nationale ne se porte pas mieux. « Le nombre d’écoles augmente sans cesse, mais pas le nombre de médecins, déplore une enseignante en maternelle. Les visites ne sont pas faites ou déléguées aux infirmiers. Pourtant, c’est important de voir un médecin régulièrement, ça peut permettre de découvrir des situations de violence, ou bien que des élèves sont en difficulté à cause de problèmes de vue ou d’ouïe. Croiser les regards professionnels, c’est une richesse, qu’on a de moins en moins dans l’Éducation nationale… »

« Les gamins souffrent, le personnel aussi, et en plus on doit se taire », dénonce une infirmière d’un établissement secondaire de Saint-Denis. Les besoins sont pourtant importants dans le territoire. « Je me rappelle avoir organisé un atelier en collaboration avec le Réseau Morphée (un réseau de santé consacré à la prise en charge des troubles chroniques du sommeil). Ça nous a permis de nous apercevoir que beaucoup de gamins dormaient très mal et de les informer, poursuit notre infirmière. En termes de prévention, il y a un travail énorme à faire : les addictions, l’obésité… Mais il faut être soutenus, aidés, qu’on nous donne les moyens. »


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