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/ La médecine scolaire en disette

A Saint-Denis, on ne compte que 2,5 postes de médecins scolaires, répartis sur l'ensemble du district. Plusieurs collèges n'ont pas d'infirmère.

Le 19 septembre, la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves du département réclamait l’intervention des organisations humanitaires en Seine-St-Denis. Un appel en forme de provocation, évidemment, pour alerter sur la détérioration de la médecine scolaire dans le 93. Seule une moitié des 50 postes de médecins seraient pourvus.

L'Inspection Académique n'a pas souhaité s'exprimer, pas plus qu'elle n'a autorisé ses personnels à nous répondre. Ceux qui l'ont fait malgré tout resteront donc anonymes.

A Saint-Denis, on ne compte plus que 2,5 postes de médecins, répartis sur l'ensemble du district, qui dépasse les limites de la ville. Les établissements ne sont pas mieux lotis en infirmières : les collèges De Geyter, Iqbal Masih, Barbusse, Triolet, par exemple, en sont dépourvus. Pour l'une de celles qui restent, les conditions actuelles sont très loin des besoins d'un territoire qui devrait plutôt voir reconnaître sa spécificité : " La réalité sociale et médicale est dure. On voit arriver des enfants sans médecin de famille, dans une grande précarité, et on va peut-être découvrir des choses graves. Il y a une maltraitance sociale et on se la prend en pleine figure. On est un peu isolés, un peu dénigrés, un peu maltraités par les institutions."

Les difficultés de recrutement sont fréquemment invoquées par l'Education Nationale pour expliquer la pénurie de vocations. La rémunération (respectivement aux alentours de 1900 et 3000 euros bruts en début de carrière pour un infirmier et un médecin) reste "peu attractive" : "Les conditions de travail ne sont pas bonnes non plus, en sous-effectif. Je pense qu’il y a un jeu pervers, ou une indifférence généralisée sur la question, de laisser péricliter tout ça pour dire un jour que c’est quelque chose qui ne sert à rien".

Pourtant, pour le principal d'un collège de St-Denis, l'absence d'infirmière est "vraiment handicapante" : "Pour les Projets d'Accueil Individualisé d’abord, pour les actions de prévention et d’information ensuite. L’équipe pédagogique supplée, mais moins bien qu'un professionnel". En cas de problème médical, on appelle le SAMU. "Si on met en regard tous les appels vers le SAMU et le coût salarial d’un infirmière, même à mi-temps, il n’y a pas photo", regrette le chef d'établissement. Pour Philippe Gouttes, de la FCPE, " tout ce qui n’est pas fait en prévention au niveau de la médecine scolaire se retrouve quelque part dans les soins remboursés par la Sécu, la CMU. La raison d’une économie ne peut pas être retenue".

Difficile pourtant de mobiliser sur ce sujet. "Les parents sont sensibles à ces questions, mais comme il manque par ailleurs beaucoup d’autres choses - ne serait-ce que des postes d’enseignants - ça n'est pas une revendication prioritaire". Pour l'infirmière dionysienne, même regret : "Il y a 1300 médecins scolaires en France. Ce n’est pas une force politique de contestation, ça ne s’entend pas". "D’autant qu’il y a sur la ville un équipement relativement conséquent (centres de santé, PMI...)  qui se substitue aux carences de l’EN ". Et de conclure : "On va droit dans le mur. Mais c’est un bilan auquel peu de secteurs de la fonction publique échappent en ce moment..."