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/ La forge et le fusain

Membre du Collectif Briche foraine depuis 2010, Vincent Croguennec publie un « carnet d’observation d’une usine roumaine » qu’il a dessiné et écrit plus jeune.
Vincent Croguennec, dans son atelier.
Vincent Croguennec, dans son atelier.

Vincent Croguennec a « toujours été attiré par le spectacle des chantiers, le ballet des engins, des grues et des hommes », « par cette terrible cuisine de fumée, de béton, de bitume et d’humain… ». Une fascination pour le monde ouvrier qui se cristallise en 2007, à l’occasion d’un échange Erasmus de six mois effectué à Cluj, en Roumanie. Alors âgé de 22 ans et en quatrième année de l’École des Arts décoratifs de Strasbourg, il ne résiste pas à la tentation de mettre à profit ce séjour pour réaliser un travail plastique sur le milieu ouvrier.

C’est ainsi que cette ville d’accueil, avec ses « rues cabossées » et ses innombrables « chantiers de construction », lui offre un terrain d’études d’autant plus propice que, « chose inimaginable en France », il accède sans difficulté à toutes les zones en travaux croisées sur sa route. Y compris lorsque ses errances autour des voies du chemin de fer le mènent jusqu’au seuil de la Remarul 16 Februarie, « une vaste usine où l’on répare, rénove et modernise » trains et locomotives. Fondée en 1870, celle qui doit son nom à un grand mouvement de grève des ouvriers du ferroviaire a conservé une activité « à l’ancienne », sans qu’« un seul ordinateur n’intervienne dans la conception ou la fabrication de quelque pièce que ce soit ».

Si ces premiers croquis sont en couleur, « le fusain s’est imposé à moi, dans l’usine, comme le moyen le plus juste de retranscrire la force brute des forges ou des halles de montage, de saisir en quelques traits le mouvement d’un corps, une physionomie, une posture… ». Une première rencontre avec le milieu ouvrier roumain qui sert de point de départ à ce qui pourrait s’apparenter à un parcours initiatique et qui donnera lieu dix ans plus tard à la publication du livre 16 Februari, Romania, un somptueux carnet tout à la fois de voyage, d’observation et de reportage, paru en avril aux éditions La Boîte à Bulle. Un ouvrage ressenti par son auteur comme « particulièrement actuel », même si celui-ci immortalise une période de sa vie antérieure à 2010, date à laquelle il s’est installé à Saint-Denis, où il a rejoint le Collectif Briche foraine et l’atelier d’artistes du Cabinet Patte-Pelu.

À son retour en France, une fois son diplôme en poche, Vincent Croguennec était rentré dans sa Bretagne natale en 2008, mais avec la ferme intention de repartir à Cluj pour poursuivre l’aventure artistique et sociale qui avait commencé à se dessiner dans l’usine. À la recherche des financements nécessaires à la réalisation de son projet, il avait dû recourir à l’intérim et éprouver en tant qu’ouvrier non qualifié le triste monde de l’industrie agroalimentaire et la déshumanisation du travail à la chaîne. Lauréat en 2009 de deux bourses de la Fondation de France et du ministère de la Jeunesse et des Sports, il avait enfin pu repartir pour dix mois à Cluj retrouver l’immense usine ferroviaire, à raison de « deux ou trois jours par semaine à observer l’activité des ouvriers », croquant ainsi sur le vif leurs gestes et leur quotidien, et consignant aussi « témoignages, anecdotes, impressions et questionnements ». Si la démarche « n’est pas celle d’un sociologue du travail, d’un reporter ou de je ne sais quel spécialiste », mais relève du simple « regard d’un jeune dessinateur », il n’empêche qu’en confrontant sa propre expérience de l’usine avec celle des travailleurs roumains, et son statut d’artiste à la condition ouvrière, Vincent Croguennec invite dans son ouvrage à une véritable réflexion sur l’évolution et le sens du travail.


16 Februarie, Romania, carnet d’observation d’une usine roumaine (éd. La Boîte à Bulles), 96 p., 22 €. Prix Médecins sans frontières, au rendez-vous du Carnet de voyage de Clermont-Ferrand.

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