Portrait

Séverine Chauvel
/ L'éducation est un sport de combat

Sociologie : À Saint-Denis, où elle s’est installée, comme à l’université de Créteil où elle enseigne, la chercheuse lutte pour une politique éducative juste.
SÉVERINE CHAUVEL
SÉVERINE CHAUVEL


On parle de l’école Confluence, où va sa fille depuis la rentrée?: les bâtiments préfabriqués, les inquiétudes des parents. Elle répond comité de suivi, aménagements. « On essaie de rester constructifs », sourit-elle doucement. Et le bidonville juste à côté de la cour de récré, les fumées qui s’en échappent?? Elle évoque la rencontre organisée entre les parents, les familles roms et les riverains, pour trouver de solutions ensemble?: « Il y a des choses à bricoler. » Le ton est posé, le regard des yeux bleus se tient droit. On y voit un soupçon de timidité, et une calme résolution à affronter les problèmes.

À Saint-Denis, Séverine est arrivée il y a six ans. « J’ai grandi dans un village de 300 habitants à 15 km d’Évreux. » Adolescente, elle s’ennuie pas mal, lit beaucoup. Vient préparer le bac à Paris, au lycée Henri-IV. Puis passe le Capes et va enseigner les Lettres à Bondy, au collège Marie-Curie. « Paris, ça a été un premier choc, c’était un autre univers. Bondy, c’en était un autre encore. À l’époque, je lisais beaucoup de sociologie, je voulais comprendre tout ça. » 

En 2005, elle reprend des études, fait un DEA de sciences sociales à l’ENS. « J’ai eu une allocation de la Région pour travailler sur les questions de discrimination à l’école. C’était un sujet encore très peu légitime à l’époque. J’ai commencé par faire une étude sur les pratiques d’orientation en fin de collège en Seine-Saint-Denis », se rappelle-t-elle. « Fin février 2016, je suis invitée à une conférence de consensus sur les discriminations scolaires. Le sujet commence à être reconnu. » 

« Se saisir de questions dont on se sent un peu dépossédés, et retrouver des moyens d’agir. »


Sa thèse en poche, elle est recrutée à l’Université Paris Est-Créteil, où elle enseigne la sociologie aux étudiants de l’École Supérieure du Professorat et de l’Éducation, les futurs enseignants de l’académie de Créteil. « C’est intéressant, parce qu’il y a la question des représentations, des stéréotypes. Beaucoup d’étudiants ne se sentent pas autorisés à aller vers ces métiers. On voit comment se construisent les normes, et comment mettre à distance les catégories. »

Entre sa fille aînée qui court partout et la cadette qui fait ses dents, Séverine a trouvé le temps d’intégrer le conseil citoyen du centre-ville. Elle est aussi impliquée dans Science Pop’. « L’idée, c’est de se saisir de questions dont on se sent un peu dépossédés, et de retrouver des moyens d’agir. Il n’y a pas de fatalité, mais des choix politiques. On a vu avec le parc de La Courneuve qu’on peut retourner des situations. » Ou encore avec les Bonnets d’Âne. « Le coup médiatique, c’est efficace quand la grève n’est pas entendue. L’alliance des parents et des profs peut créer un rapport de force favorable. De toute façon il faut aller dans différentes directions. 

Mais quand on parle de ségrégation solaire, de stratégies d’évitement », poursuit-elle, « ce n’est pas la seule responsabilité des parents, c’est la conséquence d’une politique éducative, du manque de moyens. Pareil quand on dit que les enseignants ne veulent pas venir, il faut parler de formation, de conditions de travail… Sur les 1?200 stagiaires dans le 93, 200 sont en grande difficulté, 50 en train de craquer. Trop de contraintes, pas assez de soutien… C’est trop facile de rejeter la faute sur des individus ». Et plus difficile de construire quelque chose tous ensemble, mais tellement plus instructif. 

Sébastien Banse
Pour en savoir plus: 

Réactions

Bonjour madame, je m’appelle Malena, je suis argentine et je prends des cours de français à l’école. Là, j’ai lu votre article et je pense qu’il est très intéressant et j’admire aussi l’engagement que vous avez sur votre passion : l’éducation. À mon avis, vous êtes une personne très audacieuse parce que vous avez décidé de trouver des moyens d’agir pour améliorer le plan éducatif à Saint Denis. J’espère que tous les élevés et leurs familles sont reconnaissants pour votre travail.

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