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Jugement du logeur
/ Jawad Bendaoud relaxé, prison pour Soumah et Aït Boulahcen

Le Dionysien a été relaxé par le tribunal. Les deux autres accusés, Youssef Aït Boulahcen et Mohamed Soumah, ont respectivement été condamnés à quatre ans et cinq ans de prison.
A l'extérieur de la 16e chambre correctionnelle, au palais de justice de Paris, mercredi 14 février 2018.
A l'extérieur de la 16e chambre correctionnelle, au palais de justice de Paris, mercredi 14 février 2018.

Debout dans box des accusés, Jawad Bendaoud lève victorieusement le poing, passe la main derrière le dos d’un gendarme, embrasse ses deux avocats de l’autre côté de la vitre. Mercredi 14 février, l’homme vient d’être relaxé par la 16e chambre correctionnelle de Paris. Le tribunal a jugé que le Dionysien ne savait pas qu’il avait hébergé deux des terroristes du 13 novembre 2015 dans son squat au 48 rue de la République, à Saint-Denis, dans la nuit du 17 au 18 novembre. Après plus de deux ans à l’isolement, le logeur est sorti de prison dans la soirée. Mais jusqu’à cette annonce, le logeur et sa défense, Me Marie-Pompéi Cullin et Me Xavier Nogueras, avaient des visages crispés.

Avant de se pencher sur le cas Bendaoud, la présidente Isabelle Prévost-Desprez n’avait pas épargné les deux autres accusés, Youssef Aït Boulahcen et Mohamed Soumah, dans le jugement qu’elle a rendu au nom du tribunal. Le premier, qui comparaissait libre, a été condamné à quatre ans de prison, dont un an avec sursis, sans mandat de dépôt, pour « non-dénonciation de crime ». Le deuxième a été puni d’une peine de cinq ans, avec le maintien en détention, pour recel. Le réquisitoire du procureur de la République n’a qu’en partie été suivi. Il réclamait cinq ans contre Youssef Aït Boulahcen et quatre ans contre Mohamed Soumah ainsi que Jawad Bendaoud. D’où une certaine surprise quand la présidente a prononcé la relaxe du logeur.

Isabelle Prévost-Desprez a donc commencé par Aït Boulahcen. Et elle s’est montré implacable. « Votre mauvaise foi et vos mensonges ont été constants pendant l’audience », lui a-t-elle lancée, décrivant une personnalité radicalisée qui dissimule « une idéologie mortifère ». Elle a estimé qu’il y avait eu « une totale interaction » entre Youssef et sa sœur Hasna dans la soirée du 15 novembre. Il savait que son ainée était en contact avec leur cousin Abdelhamid Abaoud, caché à Aubervilliers avec son complice Chakib Akrouh. La juge a égrené les éléments compromettants : Hasna lui a envoyé ce SMS tronqué « Hamid, il est dans l », puis l’adresse de la planque demandée par son frère. La présidente a considéré qu’il avait eu « l’intention au minimum d’aider » son cousin tout en sachant que ce dernier voulait commettre un nouvel attentat. Il a « choisi délibérément » de ne pas prévenir les autorités.

La Ville de Saint-Denis fait appel

La défense de Mohamed Soumah n’a pas non plus convaincu le tribunal. La présidente a déclaré qu’il ne pouvait pas « ignorer » que les deux fuyards, aidés par Hasna Aït Boulahcen, étaient des terroristes. Elle a ainsi démonté la version de l’accusé qui affirmait que Hasna voulait un logement pour elle-même et des amies.

Le tribunal a estimé que Jawad Bendaoud n’avait pas le même degré d’information que son compère Mohamed Soumah. Même si elle a critiqué certaines explications « fantaisistes », Isabelle Prévost-Desprez a reconnu la constance du logeur dans ses déclarations. Le tribunal a jugé que le logeur ne savait pas qu’il hébergeait deux terroristes, même s’il a eu « des doutes » à plusieurs reprises, mais sa « cupidité », son « appât du gain » ont emporté ses suspicions.

Ce jugement n’a pas manqué de faire réagir. « Venu pour avoir la vérité », Bilal Mokono, l’un des blessés du Stade de France, a salué la décision du tribunal. « Jawad est un voyou, pas un terroriste », a-t-il répété. « C’est un scandale, une parodie de justice », s’est en revanche énervé Patrick Jardin, père d’une victime du Bataclan. Le parquet a fait appel de ce jugement, tout comme de nombreuses parties civiles dont la Ville de Saint-Denis. « On a eu un message mitigé, qui est incompréhensible pour les citoyens. Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah étaient au même niveau. Il a été fait une différence qui ne se justifie pas », a souligné MeDidier Seban, l’avocat de la municipalité.

Si Jawad Bendaoud est libre, il n’en a cependant pas fini avec la justice. Il devra « affronter un nouveau procès [en appel]. Cela va prendre des mois mais cela viendra », ont prévenu ses avocats sur Europe 1. A la fin du procès, Bilal Mokono a averti Jawad de se tenir « à carreau ». Il a juré qu’il se rangeait.

Aziz Oguz

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