Cultures

Festival de Saint-Denis
/ Interview avec Nathalie Rappaport

A l'occasion des 50 ans du Festival de Saint-Denis, sa directrice Nathalie Rappaport revient sur des moments clés de cette nouvelle édition qui réserve quelques surprises.

Le Journal de Saint-Denis : Le festival fête ses 50 ans sur 3 saisons, nous en sommes à la deuxième année de festivités et il apparaît que Gustav Mahler est le fil conducteur de ce jubilée. Expliquez-nous le lien qu’entretient le festival avec ce compositeur.

Nathalie Rappaport : Mahler a longtemps été décrié. On qualifiait son œuvre de composite, adjectif dû à ses emprunts à la musique populaire. Néanmoins, de son vivant, il était l’un des plus grands chefs. C’est le compositeur Leonard Bernstein qui a œuvré à remettre Mahler au goût du jour, notamment auprès du Philharmonique de Vienne qu’il dirigeait. Historiquement, le Festival de Saint-Denis a été l’un des premiers à avoir accompagné cette redécouverte, cette réappréciation. En 1979, le Festival avait programmé la Symphonie des Mille – la 8e de Mahler – avec le chef Seiji Ozawa et la cantatrice Barbara Hendricks. C’était la première fois qu’un de nos concerts était télévisé. Nous étions dans une période qui a donné naissance au format actuel et forgé l’identité du Festival. Ensuite, Ozawa est revenu en 1983 pour la 2e de Mahler avec Jessye Norman cette fois-ci. Depuis cette période, nous programmons quasiment tous les ans un Mahler.

Le JSD : D’ailleurs le Mahler Chamber Orchestra, l’un des plus courus d’Europe, sera de nouveau à Saint-Denis avec une date à la Maison de la Légion d’Honneur…

Nathalie Rappaport : …Et il le sera encore l’année prochaine, dans la basilique cette fois-ci ! Puis nous allons célébré quelques anniversaires. Les solistes du MCO ont proposé le 3 juin un programme franco-allemand avec Ravel, Brahms et Debussy, à l’occasion du centenaire de sa mort de celui-ci. Aussi, l’ensemble La Tempête que nous avons accueilli également l’année dernière et que l’on recevra l’an prochain, on joué le 9 juin un répertoire qui commémorait cette fois-ci la fin de la Première Guerre Mondiale en explorant des compositions allant de Lili Boulanger à André Caplet, en passant par Gabriel Fauré et Ernest Chausson… Ce programme rendait hommage aux femmes restées à l’arrière durant la Grande Guerre.

Le JSD : Trois chefs prestigieux reviennent après des années d’absence pour certains. Qu’ont-ils en commun ?

Nathalie Rappaport : Sir John Eliot Gardiner, Esa-Pekka Salonen et Valery Gergiev font partie des chefs les plus importants de notre époque. Ils ont un rapport particulier à leur répertoire, presque fusionnel. Gergiev a remis à l’ordre du jour tous les compositeurs russes qu’il estimait délaissés comme Tchaïkovski ou Stravinsky. Il en a fait son cheval de bataille. En même temps il a voulu élargir son répertoire, notamment français. Il aime créer des ponts. Sir Gardiner est connu pour être le spécialiste de Bach, c’est son compositeur de prédilection, il a même écrit un livre sur lui. Quant à Salonen, c’est lui-même qui a choisi les Gurrelieder de Schoenberg. Une œuvre hors-norme, jamais donnée dans la basilique. Il ne pensait pas qu’on allait oser le suivre… mais on l’a suivi. Ces chefs ont à cœur de mettre leur musique, leur patrimoine, en avant. Ce ne sont pas des chefs mercenaires, ils ont une démarche très personnelle dans le choix du répertoire.

Le JSD : Entre autres surprises il y a la première de Speranza Scapucci. Est-ce que le fait de programmer une cheffe a une saveur particulière ?

Nathalie Rappaport : Il est vrai que cela fait plaisir de voir des femmes à la direction d’orchestres, mais tant qu’on se pose la question et qu’on se fait la réflexion ça veut dire qu’il reste encore du travail. Cela revient à dévaluer leur présence. Nous privilégions leur talent à leur genre. Ces dix dernières années, nous avons reçu Laurence Equilbey, Emmanuelle Haïm, Ophélie Gaillard, Sofi Jeannin, Nathalie Stutzmann… La plupart ont dirigé des ensembles qu’elles ont elles-mêmes créés. Cela en dit long c’est vrai sur l’accès à la reconnaissance. Maintenant elles sont invitées à diriger des orchestres partout dans le monde.

Le JSD : Autre surprise, la soirée Durban Mix, une création Métis…

Nathalie Rappaport : Avec Jean-Pierre Le Pavec, nous souhaitions montrer le creuset musical et mutlculturel de l'Afrique du Sud à travers la soirée Durban Mix. Les chants zoulous du chœur Mpumealenga White Birds se chargeront de l’ouverture et de la clôture de cette soirée. Le concert explorera les répertoires des compositeurs anglais William Walton et Edward Elgar qui sont très peu donnés en France. La chanteuse Susheela Raman fera entendre les voix de la communauté indienne d’Afrique du Sud. Durban est la ville étrangère où il y a le plus d’Indiens, cette communauté s’y est établie à la fin du XIXè siècle. On l'ignore parfois mais Gandhi a vécu là-bas 20 ans. Si sa philosophie non-violente a influencé le combat de Nelson Mandela, ce n'est pas un hasard. Il y aura un autre symbole fort : la venue du ténor sud-africain Lukhanyo Moyake et la soprano Johanni Vanorstrum d'origine afrikaner, interpréteront un duo. Pour ce programme très riche nous voulions proposer au jeune chef Alpesh Chauhan de diriger ce mélange de répertoire qui s'étire entre la musique anglaise et les musiques traditionnelles sud-africaine et indienne. Il a tout de suite été partant. Ce sera assez exceptionnel d'autant plus que les compositieurs anglais ne sont pas souvent donnés en France. 

Le JSD : Concernant la création « Blackstar » d’André Durider en hommage à David Bowie. Comment vous est venue l’idée ?

Nathalie Rappaport : Tout est parti d’un hommage rendu à Bowie au BBC Proms festival à Londres. J’ai insisté auprès de De Ridder pour que le titre Blackstar soit joué dans la basilique. Il m’a expliqué qu’en fait, il souhaitait présenter un arrangement de l’ensemble de l’album « Blackstar ». On a donc co-commandé avec le Holland Festival et la Pilharmonie de Hambourg cette production. C’est un événement. D’ailleurs, on retrouvera au chant aux côtés d’Anna Calvi, Jeanne Added qui sera présente uniquement sur la date programmée à Saint-Denis.  

Propos recueillis par Maxime Longuet

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