Portrait

Jean-Jacques Reboux
/ Fondu du noir

Cet éditeur engagé et auteur de polars réputé ne peut se résigner à l’échec de son dernier roman, dont la diffusion a été torpillée par des dysfonctionnements.
Jean-Jacques Reboux.
Jean-Jacques Reboux.

« S'il meurt, je meurs avec lui. » Ce livre a beau être son 18e roman, Jean-Jacques Reboux en parle avec l’évidence du chef-d'œuvre de sa vie. Quinze ans à le penser, quatre ans à l'écrire. Il y a mis « tout ce qu'il avait ». Tout ce qu'il est aussi, avec un héros qui a beaucoup de sa fascination pour les rencontres fortuites et la physique quantique. Paru en mars 2016, l'Esprit Bénuchot, mal distribué, peu diffusé, est « un livre mort-né ». Mais pas encore enterré. Car le livre a plu, beaucoup, voire énormément, au peu d'élus qu'ils l'ont lu. La résurrection est prévue au printemps, avec un nouvel éditeur ou à compte d'auteur. « Peu importe », du moment qu'il ait une nouvelle chance. Et si d'aventure ça ne marchait pas, « ce livre sera mon dernier », avertit cet écrivain « tendance anar » de 58 ans qui partage aujourd’hui sa vie entre Paris et Saint-Denis.

Né en 1958 en Mayenne, ce fils de paysan semble emprunter son histoire à l’un de ses personnages de roman. Enfant « secret », « timide », pas très heureux à la campagne mais totalement « ravagé par les poules », (elles lui inspireront deux de ses livres), il se découvre à l'adolescence une passion pour l'écriture mais point d'autres vocations dignes d'en faire profession. Au gré des hasards et des incertitudes qui s'offrent à celui qui n'a « jamais vraiment su ce qu’[il] voulai[t] faire », il étudie quatre ans « un peu de tout », s'essaie comme serveur, ouvreur de cinéma, directeur d'une revue de poésie et même instituteur. Un choix d'enseigner qu'il regrette au bout de deux mois. Pour ne pas avoir à rembourser son année de formation, il n'a d'autres options que devenir fonctionnaire. Il entre au PTT en 1985 à Rouen, employé avec une bande de joyeux lurons à vérifier les chèques postaux. Et avec celui qui arrive sur son compte à la fin de chaque mois, il a désormais l'esprit tranquille pour s'adonner pleinement à sa passion.

À son actif, déjà des recueils de poésie, des nouvelles, mais pas encore de roman. Ses premiers polars peinent à trouver preneur. En 1992, il fonde les éditions Canaille pour publier Pain perdu chez les vilains et Fondu au Noir, injustement refusés par les éditeurs. Avec l'appui de Jean-Bernard Pouy, autre pointure du roman noir, Reboux s'illustre en éditeur de polars, au point de voir ses collections et ses services rachetés par les éditions La Baleine. Le succès gagne aussi l'écrivain avec Le Massacre des innocents salué en 1996 par le Trophée 813 du meilleur roman francophone. Mais vivre de sa plume reste une affaire compliquée. En 2006, il se relance dans l'édition en fondant la maison Après la Lune (fermée en 2013) et doit entamer par la force des choses une carrière militante. Son combat pour la dépénalisation du délit d'outrage a commencé le jour où il s'est retrouvé « avec un PV qui n'avait aucune raison d'être. Au lieu de la fermer, j'ai essayé de raisonner le flic ». L'outrageur a fini en garde à vue et contraint de composer à partir de ce mauvais scénario tout un chapitre de sa vie, à base de publication d'essais, de remue-ménage médiatique, de création d'un collectif et dont l'intrigue qui devrait bientôt s'inviter à la Cour européenne des droits de l'homme pourrait connaître le meilleur des rebondissements.

 

(1) Derniers exemplaires avant réédition disponibles à la librairie Folies d'encre, 14 place du Caquet.

Réactions

Bénuchot ne meurt jamais !

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
ATTENTION : Afin d'éviter les abus, les réactions sont modérées 'a priori'. De ce fait, votre réaction n'apparaîtra que lorsqu'un modérateur l'aura validée. Merci de votre compréhension.
CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.