Cultures

Musée d’art et d’histoire
/ Estampes pour tous

Le galeriste Edmond Frapier n’a eu de cesse de collectionner les estampes d’artistes marquants du XXe siècle. Et de les diffuser auprès du plus grand nombre. Une exposition lui est consacrée jusqu’au 5 mars 2018.
Presse issue des ateliers Delâtre.
Presse issue des ateliers Delâtre.

L’homme a œuvré toute sa vie pour favoriser l’accès à l’art au plus grand nombre. Près de soixante ans après sa disparition, le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis consacre une exposition à ce collectionneur éclairé, le galeriste Edmond Frapier, baptisée Un chef d’œuvre dans ton salon ! Edmond Frapier ou les estampes de grands maîtres à portée de tous. L’expo débute dans la première salle du Chapitre, située au rez-de-chaussée de l’ancien carmel. Dans cette pièce on retrouve photographies et aquarelles signées de la main d’Edmond Frapier, des œuvres d’Honoré Daumier et des correspondances relatives à la Galerie des peintres-graveurs que Frapier avait lui-même fondée en 1924.

Son engagement se matérialise dès la création de sa galerie qu’il alimentera d’estampes glanées auprès de maîtres de renom à qui il a laissé une grande liberté : Pierre Bonnard, Henri Matisse, Maurice Utrillo, Aristide Maillol, Kees Van Dongen ou encore Maurice de Vlaminck ont produit des estampes uniques à la demande d’Edmond Frapier qui s’est chargé de les éditer parfois en deux moutures. L’une, luxueuse, destinée aux amateurs d’art, l’autre, plus populaire, diffusée à un modeste prix. Ce sont les prémices de ce qui l’amènera à la création d’un musée social qu’il évoque déjà dans ses courriers adressés à son ami le peintre Georges Rouault, sollicité lui aussi. Mais revenons-en à nos dessins.

Entre 1924 et 1935, date à laquelle la Galerie des peintres-graveurs a fermé ses portes, 200 planches ont été réalisées dont une grande majorité de lithographies. Ce procédé né au XIXe siècle en Allemagne permet, à l’aide d’une presse, la reproduction sur papier d’un dessin réalisé sur un support en pierre. Edmond Frapier est l’un des collectionneurs/éditeurs qui a contribué à la renaissance de cette technique en France. Il a publié en 1926 l’ouvrage Les peintres lithographes de Manet à Matisse qui comme son nom l’indique répertoriait les œuvres de maîtres à travers une approche toujours pédagogique.

Parmi les centaines d’impressions réalisées à sa demande en à peine une décennie, seules les gravures du peintre Henri de Toulouse-Lautrec – décédé en 1901 – ont fait l’objet d’une réédition. On les découvre d’ailleurs en seconde partie d’exposition en même temps que les éléments qui documentent le processus de fabrication des estampes telles que des matrices, tirages, cahiers de comptes, épreuves et même une presse issue de l’atelier d’Eugène Delâtre.

Après cette aventure, Edmond Frapier a décidé de s’installer à Royan. Mais le bombardement des alliés de 1945 a détruit une grande partie de sa collection. Assommé mais pas abattu, il a décidé d’offrir une collection complète d’une trentaine de lithographies au musée de cette ville de Charente-Maritime. Et cinq ans après le traumatisme, Edmond Frapier a mis sur pied un musée social à Nogent-sur-Marne. À l’instar de la Société historique et archéologique de Nogent-sur-Marne et de son canton dont il fut le vice-président, son musée social rassemblait tous les « éléments culturels, administratifs, économiques et sociaux » de la ville à destination de la jeunesse. La passion le rattrapant, une galerie d’estampes y a vu aussi le jour. Mais cette expérimentation socio-culturelle qui démontre encore une fois l’humanisme qui habitait Frapier, connaît un coup d’arrêt avec la mort de son fondateur en 1960. D’Edmond Frapier, il reste aujourd’hui un engagement humain colossal et des mots d’une grande sagesse. Le galeriste avait écrit en préface de Maîtres et petits Maîtres d’aujourd’hui, une série d’albums monographiques : « Vous vous souviendrez de Manet, Cézanne, Van Gogh […] Puissiez-vous, ayant appris à les connaître, mieux aimer les hommes qui vivent et les œuvres qui naissent sous nos yeux. » Des mots gravés dans la roche.

Maxime Longuet

Un chef d’œuvre dans ton salon ! Edmond Frapier ou les estampes de grands maîtres à portée de tous, jusqu’au 5 mars 2018 au musée d’art et d’histoire (22 bis, rue Gabriel Péri). Plein tarif 5€, tarif réduit 3€. Ouvert lundi, mercredi, vendredi 10h/17h30, jeudi 10h/20h, samedi et dimanche 14h/18h30. Tél. : 01 42 43 05 10 / 01 42 43 37 57. musee-saint-denis.com Jeudi 16 novembre à 18h, visite guidée (8€), inscription sur www.tourisme93.com

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