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L'école à Saint-Denis
/ Bataille de chiffres et luttes de classe

« Quelle école pour nos enfants ? » interrogeait l'association Sciences PoP, jeudi 28 septembre.

Jeudi 28 septembre, tandis que des enfants s’amusent avec deux baby-sitters enrôlées pour l’occasion, dans une salle de l’école La Confluence, les parents tentent de répondre à la question posée par l’association Sciences PoP : « Quelle école pour nos enfants ? » Tout d’abord, Sibylle Gollac et Séverine Chauvel, sociologues et mères d’élèves, dressent un constat à partir des données disponibles. Sans surprise, elles décrivent un territoire qui concentre les difficultés : fréquence des parents isolés ou au chômage, part élevée d’enfants d’origine sociale défavorisée ou vivant dans un logement surpeuplé…

Sibylle Gollac cite la Géographie de l’école publiée en 2014 par l’Éducation nationale : « Ce département [le 93] est le seul qui, en métropole, concentre tous les types de difficultés sociales qui ont été pris en compte pour cette étude. » La Seine-Saint-Denis n’est pourtant pas privilégiée par l’Éducation nationale au niveau de la dépense par élève, ni en ce qui concerne le nombre d’élèves par classe. Quant au taux d’enfants scolarisés à 2 ans, les données sont indisponibles !

« On trouve beaucoup d’indicateurs sur la population des écoles : taux de boursiers, profession des parents, nationalité des enfants, résultats aux examens, etc., ajoute Séverine Chauvel. Mais on a peu d’indicateurs sur les conditions d’accueil et le fonctionnement des écoles : nombre d’absences non remplacées, formation des enseignants, stabilité des équipes… » Ce déséquilibre renforce la vision libérale qui fait peser la responsabilité des difficultés scolaires sur les enfants et leur famille plutôt que sur l’institution.

 

Objectiver les problèmes

 

Les chiffres sont importants car ils permettent d’objectiver une situation. Ainsi, la bataille menée par les parents d’élèves depuis la rentrée catastrophique de 2014 « a été aussi une bataille de chiffres » avec l’inspection, ainsi que le rappelle Delphine Floury, parent d’élève à Langevin. Celle-ci raconte la formation du ministère des Bonnets d’âne et le travail de fond entrepris pour saisir le Défenseur des droits, qui a conclu en juillet 2015 à « une rupture du principe à valeur constitutionnelle d’égalité des usagers devant le service public ».

Transmission de l’histoire des luttes encore avec les témoignages de Mounir Othman et Laëtitia Bouche-Florin. Le premier rappelle la mobilisation unitaire des parents des quatre écoles de Saussaie-Floréal-Courtille. Ce « projet de quartier » a non seulement permis de remporter des victoires matérielles, mais aussi donner de la « force » aux habitants d’un quartier populaire face à une institution qui sait être « dure et sourde ». La seconde fait le lien entre la mémoire des luttes et leur actualité en évoquant la mobilisation en cours de l’école Doisneau – et d’autres –  sur la question des Atsem.

Un représentant de SUD Éducation ajoute qu’un recours administratif pourrait être déposé bientôt au sujet de la médecine scolaire. L’impression générale laissée par cette réunion est que la mobilisation née en 2014 a servi à former, à l’échelle de la ville, une communauté éducative mobilisée, solidaire et bien informée. Dans la salle, quelqu’un conclut : « Il faut qu’on continue à créer des liens entre parents, profs, syndicats et citoyens. »


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