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/ À chacune « sa » Virginia Woolf

L’incontournable écrivain du début du XXe siècle a tenu un journal de 1915 à sa mort, en 1941. Isabelle Lafon, admiratrice intarissable de cette œuvre de Virginia Woolf, en a adapté, et mis en scène, les quelque 2 000 pages pour sa pièce Let me try, à travers le regard de trois femmes.

« C’est un texte d’une audace permanente, écrit avec une recherche profonde mais jamais pontifiante, une langue limpide, juste, également d’une grande pudeur, comme un cœur ouvert, une esquisse. Elle essaie sans cesse... » Isabelle Lafon est intarissable sur le Journal de Virginia Woolf, dont elle présente du 7 au 25 mars au TGP une adaptation sous le titre Let me try. Virginia Woolf (1882-1941) est sans conteste l’un des écrivains les plus importants du début du XXe siècle. Auteure d’essais, de romans (dont Mrs Dalloway, Les Vagues, entre autres), éditrice, critique et militante féministe, elle a toute sa vie souffert de graves dépressions et finit par se suicider, écrivant alors à son mari, Leonard Woolf : « J’ai la certitude que je vais devenir folle :je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles. Je sens que je ne m’en remettrai pas cette fois-ci. […] Je ne peux plus lutter. » Son Journal, écrit à partir de 1915, est une œuvre prodigieuse, foisonnante et particulière. « Il peut se lire dans tous les sens et c’est en même temps une grande œuvre d’art. C’est comme si on se retrouvait juste à l’instant où celle-ci surgit, comme si on pénétrait dans l’atelier d’un peintre et que l’on assistait à quelque chose d’unique, au moment précis de l’émergence de l’œuvre », dit Isabelle Lafon.

Dans son Journal, Virginia Woolf n’est jamais dans l’égocentrisme. Elle fait peu d’allusions à ses problèmes de santé, guère plus à sa vie sentimentale, que ce soit avec son mari ou sa liaison avec Vita Sackville-West. « Elle est plus dans une sorte d’impressionnisme. Elle décrit les paysages, les lumières, croque les gens d’une plume acérée. En même temps elle pose la question de ce qu’est écrire. Là encore, c’est comme une étude ou une esquisse de peintre..., ajoute la metteure en scène. Ce journal est pour moi comme un livre de chevet, depuis très longtemps. Je pensais que jamais je n’oserais y toucher. Jusqu’au jour où je me suis dit : allons-y ! »

De cette immense matière, de plus de deux mille pages, comment en faire un spectacle de théâtre ? Le projet est né avec le concours de deux complices d’Isabelle Lafon : Johanna Korthals Altes (que l’on a vue au TGP en 2014 dans Deux ampoules sur cinq, sur la grande poète russe Anna Akhmatova, et en 2017 dans Une Mouette, d’après Tchekhov, deux précédents et magnifiques spectacles d’Isabelle Lafon) et Marie Piemontese (également présente dans Une Mouette). « Notre première tâche fut de choisir. Nous avons bien fait une quarantaine de versions qui n’allaient pas, sans doute parce qu’on voulait trop que ça fasse “théâtre”. Puis un jour, Marie s’est mise à trier ce monceau de feuilles de papier éparses. Ce fut le déclic », se souvient Isabelle Lafon. De là est née l’idée de trois femmes triant le Journal de Virginia Woolf, juste après sa mort : l’une connaissant bien l’œuvre ; la deuxième un peu perdue face à cette immensité ; la troisième plus dans l’écoute... « Petit à petit, chacune s’est emparée de ses passages préférés, chacune est venue avec “sa Woolf”. De là ont émergé des paroles, un dialogue, des échanges entre nous. Comme il est impossible de la saisir en une fois, à travers les regards de chacune de nous, ces trois points de vue, on la voit, peut-être, elle qui voyait tout et partout… », suggère en souriant Isabelle Lafon.

Benoît Lagarrigue

Let me try, du 7 au 25 mars au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Mehmet-Ulusoy), du lundi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h. Relâche le mardi. Durée : 1 h. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com

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