En ville

C’est arrivé au commissariat
/ «Vos plaintes ne servent à rien»

Une habitante du 5, rue Marie-Dubois, menacée de mort cet été par un individu qui voulait mettre le feu à l’immeuble, a souhaité témoigner de ses déboires avec les services de police, y voyant le signe d’un manque de moyens et d’une institution débordée.
À quelques semaines de la série d’incendies qui a frappé Saint-Denis, les habitants ont pris cette menace très au sérieux.
À quelques semaines de la série d’incendies qui a frappé Saint-Denis, les habitants ont pris cette menace très au sérieux.

« Je vais cramer l’immeuble. » C’est avec cette menace réitérée qu’un homme de 31 ans a semé la psychose toute une semaine au 5, rue Marie-Dubois. Cette histoire, au-delà du simple fait divers, est révélatrice d’un « dysfonctionnement des services de police » et d’une forme de « maltraitance institutionnelle », assure une habitante (1), qui souhaite par son témoignage éviter à d’autres pareille mésaventure.

L’homme en question, elle le connait peu. Sait « qu’il a fait de la prison », et que « ses parents qui habitent l’immeuble n'en veulent plus. » Tout démarre le 11 juillet, avec leur départ en vacances. Sachant la clef chez des voisins, le fils veut « la récupérer. Il commence à nous harceler, arrache un câble télé et, fou de rage, promet de tout faire brûler ». À quelques semaines de la série d’incendies qui a frappé Saint-Denis, dont un meurtrier, les habitants le prennent au sérieux. « On a fait le 17, mais on nous a dit que ce n'est pas une urgence. » Au commissariat de Saint-Denis, on leur demande une procuration du syndic pour déposer plainte. « Ça nous a pris 48 heures. » Pendant ce temps, l’homme squatte l’immeuble. « On était pétrifiés. » Le 14 juillet, la tension monte encore d’un cran, quand « il casse le boîtier qui sert à couper le gaz en cas d’incendie ». Munis de la procuration, trois voisins qu’il a menacés de mort se rendent au commissariat. « On était déçus, ils n'ont pris qu'une seule plainte. » Au 5, rue Marie-Dubois, la situation est intenable. « On n’en dort plus. »

Interpellé avec une bouteille d'essence

Le lendemain soir, les résidents se persuadent de porter plainte individuellement. « Mais l’officier nous a renvoyés en nous invitant à appeler le 17. J’étais effondrée. » La nuit suivante, au téléphone, ils implorent encore la police d'envoyer une équipe. Leur agresseur est interpellé à 3h avec une bouteille d’essence. « On n’avait rien exagéré ! » À 4h, le téléphone sonne. C’est l’inspectrice en charge du dossier qui, découvrant la plainte du 14, s’étonne que tous n'aient pas déposé… Comme convenu, les plaignants se présentent au commissariat le lendemain, mais repartent dépités. « De façon agressive, un policier nous dit que nos plaintes ne servent à rien, qu’un psychiatre l'a reconnu fou. » À peine sont-ils rentrés que l’enquêtrice rappelle. Surprise : « Elle attend nos plaintes ! Le comportement de son collègue est incompréhensible, le psychiatre n'est pas encore passé ! » À 18 h, elle leur confirme avoir besoin d'eux, il n'a pas été reconnu fou. « Donc lundi matin, rebelote. »

Deux signalements à l'IGPN

Les plaintes enfin enregistrées, l'homme est transféré au tribunal. « Mais le juge ordonne une nouvelle expertise ». À l’audience du 24 août, il est reconnu pénalement irresponsable et interné en HP, avec interdiction d'approcher l’immeuble pendant deux ans. « Sauf qu’il s'est repointé deux mois plus tard ! » Retour au commissariat donc, où on lui dit ne pas être au courant de la mesure d’éloignement. Elle part à Bobigny « récupérer une copie du jugement ». Même avec ce document, « on me refuse la main-courante », au motif « que ça ne sert à rien » et « qu’il faut savoir tourner la page ».

Impossible pour elle d’en rester là. Sa main courante, elle finit par l’établir dans un commissariat parisien, où on lui dit « qu'elle aurait dû aller à Saint-Denis ». Ce droit qu'on lui a refusé, elle en a fait état à l'IGPN, comme elle leur avait déjà signalé « le comportement inacceptable d'un fonctionnaire de police » après s'en être ouverte le 19 juillet par courrier « au directeur du commissariat de Saint-Denis ». Estimant « regrettable » la publication d’un article « dans le contexte actuel » et au vu « des difficultés auxquelles font face les policiers », le commissaire nous a seulement précisé qu’une enquête interne est en cours concernant la mise en cause par cette dame du comportement de l’un de ses agents.

 

(1) Par crainte de représailles de la part de l’homme qui l’a menacée, cette habitante, membre du collectif Copros Libres, a requis l’anonymat.


Réactions

Madame, moi aussi ca m'est arrivée, le commissariat de la place du 8 mai refuse de prendre les plaintes et je suis allée au commissariat de la Plaine qui sont plus gentils et courtois. Ceux de St-Denis, ils sont là, pour être là mais font leur travail à contre cœur et refuse qu'on rentre à l'intérieur.
Pour moi c'est tout l'inverse. Je les ai trouvés très disponibles et aimables quand j'y suis allée. Comme quoi, faut toujours éviter les généralités...
Et après, les policiers s'étonnent d'avoir si mauvaise réputation... les pauvres bichettes ! Quand la Police fait son travail de protection des habitants, il n'y a aucun problème. Mais se faire envoyer balader (violemment) à chaque fois que l'on va déposer une simple main courante, on n'en peut plus, et cela m'ait aussi arrivée à Paris !
Mêmes problèmes au commissariat de la Plaine, aucune différence. Ne se déplacent jamais, vous envoient promener au téléphone, et entrée très difficile d'accès (il s'agit pourtant d'un bâtiment de service public !). Pour info, une voiture m'a renversé en scooter, le conducteur s'est sauvé, je me suis rendu au commissariat où l'on a refusé de prendre ma plainte, on m'a renvoyé vers mon assureur ... !? Une honte.
bonjour en ce qui me concerne, les plaintes, je ne les dépose plus au commissariat,je fais un courrier recommandé directement au Procureur de la république. et ça c'est un exemple, une preuve que les territoires français ne sont pas traités de la même manière .
Il faut rappeler aussi que sous les années Sarkozy, les "consignes" données à la Police étaient de faire baisser les chiffres de la délinquance. Pour y arriver, tous les moyens sont bons, y compris limiter le nombre de plaintes enregistrées. Les années Valls n'ont pas remis en cause ces méthodes brutales.
En fait, tout dépend de la personne sur laquelle on tombe. Je pense qu'à chaque fois qu'on est éconduit, il serait nécessaire de faire un courrier au commissaire avec copie au procureur pour se plaindre
Ca n'arrive pas qu'à Saint-Denis ce genre de situations mais ca ira mieux à Saint-Denis quand les communistes dégageront.
A St-Denis pour avoir des résultats concrets, il ne faudrait pas avoir 300 policiers mais 2000 policiers. A St-Denis pour avoir des résultats concrets, il ne faudrait pas dans les écoles et collèges publics un prof pour 25 élèves mais un prof pour 10 élèves ; Dans ces mêmes établissements, il ne faudrait pas 1 surveillant pour 300 élèves mais 1 surveillant pour 50 élèves ... et ainsi de suite. Maintenant la question est de savoir pourquoi la collectivité (autrement dit nos impôts) devrait payer les errances de 20 ans d'une politique municipale désastreuse qui a fait fuir toutes les classes sociales intermédiaires. Saint-Denis, comme Stains, comme Sevran, comme La Courneuve, comme beaucoup de municipalités qui ont placé le clientélisme des "sans" comme mode de gestion, sont devenus avec le temps des territoires abandonnés des services publics. On peut le regretter ... mais on peut le comprendre également. A droite, comme de plus en plus à gauche, la priorité est donnée maintenant à d'autres départements sinistrés ... et, comme j'ai pu déjà l'écrire, je ne vois pourquoi un gamin de 6 ans dans le Gers qui doit prendre un car scolaire pour se rendre à son école qui se trouve à 20 km devrait être moins prioritaire qu'un gamin de 6 ans à Saint-Denis !
... Et on veut que la police soit motivée à St-Denis !!! Voici les 2 derniers tweets du Conseil Municipal Madjid Messaoudene : Madjid Messaoudene ‏@MadjidFalastine · y a 26 minutes Black Lives Matter France organise un rassemblement ce 29/10 à 13h gare de Saint-Denis pour dénoncer/informer sur les violences policières Madjid Messaoudene ‏@MadjidFalastine · y a 13 heures Merci @marylinebaumard Calais : subtil glissement de l’humanitaire vers l’opération policière
Et sinon, se rendre à un Commissariat pour déposer une simple main courante, sans se faire envoyer ch**r sur les roses, c'est possible ou... ? Parce que, que ce soit à Paris ou à Saint-Denis, c'est une démarche qui devient de plus en plus compliquée !
Bonjour, Le commissaire parle du contexte actuel. En 2009 mon fils âgé de 9 ans s'est fait voler son vélo avec violence. Au comissariat son père et un voisin témoin accompagné de son père lui aussi se sont fait envoyer sur les roses au pretexte que c'etait dimanche mais ont pu à force de persuasion deposer la plainte à laquelle il n'a jamais été donné la moindre suite. J'ai pour ma part déposé plainte en 2008 avec dificulté aussi à la Plaine et ai dû écrire au procureur au sujet d'un cacabinet de syndic au sujet entre autres d'un detournement d'indemnité d'assurance dommages ouvrage. Après une instruction bizarre et rachitique il m'a été repondu que le syndic avait dit que l'argent était pour la copropriété. Sachez donc mesdames et messieurs que qd une terrasse fuit sur votre tête il est tout à fait normal que l'indemnité perçue par la copropriété pour les réparations disparaisse. Aujourd'hui le collectif copros libres reçoit les copros qui subissent les mêmes détournements 8 ans plus tard. Ces policiers font de la politique au lieu de protéger la population en appliquant les lois. Ils abusent de leur pouvoir et se prennent pour des juges. Et malheureusement toute la France me semble logée à la même enseigne. Le contexte a bon dos.

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