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Eric Coquerel
/ « Parcoursup va laisser des dizaines de milliers de personnes sur le carreau »

En plein débat à l’Assemblée sur la loi Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan), Éric Coquerel (député LFI de la 1ère circonscription), les yeux un peu rougis, a pris le temps de répondre au JSD, un an après son élection. Un entretien seulement interrompu par un coup de file de… Jean-Luc Mélenchon.
Eric Coquerel à l'Assemblée nationale
Eric Coquerel à l'Assemblée nationale

Le Journal de Saint-Denis : Vous faites partie des hommes politiques en pointe dans l’opposition à la plateforme Parcoursup qui gère les inscriptions des lycéens dans l’enseignement supérieur. Quel est le problème selon vous ?

Éric Coquerel : « Quand il a été décidé dans les années 1980 d’amener 80% d’une classe d’âge au bac, on n’a pas anticipé la nécessité d’ouvrir suffisamment de places dans l’enseignement supérieur pour accueillir ces lycéens. De fait s’est installée une sélection silencieuse à l’entrée à l’université. Ce gouvernement a fait mine de mettre en place une réforme technique avec Parcoursup. Mais cette plateforme entérine la sélection à l’entrée dans les études supérieures. Un lycéen qui sort avec le bac n’a plus forcément accès à ces dernières et, a fortiori, ne peut pas les poursuivre où il le souhaite. Il y a même une double discrimination, puisque les lycées de Seine-Saint-Denis sont en retard sur les lycées parisiens quant au nombre de places attribuées. Nous verrons à l’automne que ce système va laisser des dizaines de milliers de personnes sur le carreau qui n’auront reçu que des propositions en trompe l’œil qu’ils ne pouvaient pas accepter. Par ailleurs, comme les universités peuvent désormais choisir leurs étudiants, sur le modèle des lycées parisiens, il va y avoir des universités d’élite qui auront choisi leurs étudiants sur les critères les plus élevés et des facs poubelles.

Le JSD : Mais le mouvement de contestation a-t-il un avenir alors qu’il s’essouffle dans les universités et que la pause estivale se profile ?

EC : Déjà attendons la fin de l’année scolaire. Ensuite moi je pense que le mouvement qui a lieu actuellement est en train de former une génération politiquement. Ce n’est qu’un répit pour le gouvernement. S’il pense avoir obtenu la victoire, il le paiera par la suite. Il verra les difficultés sur le terrain à la rentrée.

JOP 2024: "Tout ce qui a été vendu à la Seine-Saint-Denis va être mis au rencart par les promoteurs privés"

Le JSD : Pour la centaine d’exilés qui occupent le bâtiment A de l’université Paris 8 depuis plus de quatre mois, n’y-a-t-il pas d’autre issue qu’un retour à la rue ?

EC : Je crains au mieux un retour dans la rue, au pire des expulsions. La situation globale des migrants dans ce pays, quel que soit leur statut, est catastrophique et gérée à la petite semaine. Il n’y a pas de centre d’accueil digne de ce nom pour une capitale comme Paris. Et la loi Asile et immigration va aggraver la situation en mettant le paquet sur les centres de rétention plutôt que les centres d’accueil. Par ailleurs en Seine-Saint-Denis les services de la préfecture sont complètement débordés. Les délais d’attente sont tels qu’à certains moments des sans papiers ou des demandeurs d’asile qui pourraient être régularisés passent hors-délais, et se retrouvent hors du droit.

Le JSD : Concernant les infrastructures liées aux JOP 2024 comment jugez-vous les derniers développements en tant qu’élu de La Plaine ?

EC : Je n’étais pas favorable à l’organisation des JO par Paris mais une fois obtenus j’avais adopté une position visant à amortir les dégâts. Et les faits me donnent plutôt raison. Nous sommes confrontés à un manque de finances publiques. Tout ce qui a été vendu à la Seine-Saint-Denis va être mis au rencart par les promoteurs privés dont le rôle n’est pas de servir l’intérêt général. Je pense que les projets liés aux JOP 2024 vont donner lieu à une gentrification accélérée de cette partie du territoire.  Par ailleurs je crois qu’il n’y a pas d’adhésion populaire aux JOP 2024. On peut se retrouver dans une situation à la brésilienne, avant les Jeux de RIO 2016, avec des grandes mobilisations sociales dans la dernière ligne droite, notamment si les projets de transports ne sont pas à l’heure et si tous les équipements ne sont pas construits. Je ne pense pas que les Jeux seront bien perçus par la population.

"On évite une situation à l’italienne"

Le JSD : Alors que SFR va définitivement vider ses locaux de la Plaine et qu’aucun repreneur n’a encore été trouvé pour la moitié du site, que pensez-vous de la solution qu’offre la loi Elan de transformer des immeubles de bureaux en immeubles d’habitations ?

EC : C’est clair que cette solution devrait être envisageable. Or la loi met de côté toutes les questions de mixité sociale. Un promoteur qui aspirerait à transformer les locaux de SFR en logements ne serait pas astreint à la loi SRU. Ces logements seraient destinés à d’autres populations. On assisterait à une gentrification totale de La Plaine qui participerait à la gentrification voulue par le modèle du Grand Paris. Dans le même esprit, la loi Elan autorise la vente de logements HLM par les bailleurs même dans les villes carencées en logements sociaux qui ne respectent pas la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain). Pis, on considère que l’appartement vendu, compte encore pendant 10 ans dans le quota d’appartements HLM.

Le JSD : Quel bilan tirez-vous de cette première année de mandat ? N’êtes-vous pas un peu épuisé, voir désespéré, alors que le rouleau compresseur gouvernemental avance et que dans le même temps le printemps social n’a pas tenu toutes ses promesses ?

EC : Je reste à 100% combatif. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Je suis encore plus convaincu de la nécessité de se battre. La réussite c’est qu’on existe. Sans France insoumise la situation serait encore plus catastrophique. Au moins le Front national n’est pas vécu comme l’opposition populaire à Macron. On évite une situation à l’italienne. Mais force est de constater qu’on ne sait pas encore où est la brèche, face à ce gouvernement d’une mauvaise foi permanente qui dit le contraire de ce qu’il met en œuvre. Je ne souhaite pas de malheur à mon pays, mais tous les indicateurs sont mauvais. On se dirige peut-être vers la prochaine crise boursière. La politique de rigueur risque alors de faire tout drôle. Il y aura une brèche. Il faut résister jusqu’à ce qu’elle s’ouvre.

 

Propos recueillis par Yann Lalande

Réactions

on ne peut que rire devant les questions si objectives du journaliste !!! "Quel bilan tirez-vous de cette première année de mandat ? N’êtes-vous pas un peu épuisé, voir désespéré, alors que le rouleau compresseur gouvernemental avance et que dans le même temps le printemps social n’a pas tenu toutes ses promesses ?" Merci pour ce moment parce que Coquerel donne plutôt envie d'aller se pendre direct.

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