En ville

Entretien avec Laurent Russier, 2e partie
/ « La lutte contre le trafic de stupéfiants est un échec »

Le 3 décembre, Laurent Russier a bouclé sa première année dans le fauteuil de maire de Saint-Denis. L’occasion de faire un tour d’horizon à 360 degrés des sujets d’actualité. Ceux qui fâchent comme ceux qui réjouissent.

 

Ordre public

 

Le JSD : Le sentiment d’insécurité est assez fort chez nombre d’habitants et les problèmes de violence font régulièrement l’actualité. La municipalité a-t-elle les moyens d’agir dans ce domaine et si oui comment ?

LR : Déjà, pour moi, on ne peut plus parler de sentiment d’insécurité. Il y a de l’insécurité, c’est une réalité. Ceux qui continuent de parler de sentiment, je leur dis : il y a des faits qui sont réels, le trafic de stupéfiants trop présent dans nos cités, les ventes à la sauvette qui envahissent l’espace public, la petite délinquance et les bagarres entre adolescents. Cette violence me révolte et m’interroge. Bien sûr que le maire a un rôle face à ça. C’est un des sujets majeurs pour moi. Je prends le problème à bras-le-corps et travaille quotidiennement avec le commissaire de police, car le rôle de l’État est évidemment central sur cette question.

La Ville accompagnera d’ailleurs toutes les mobilisations des habitants pour porter plus fort les revendications. Même si nous avons eu une bonne nouvelle à la rentrée avec l’arrivée de  policiers supplémentaires, le besoin d’effectif de police est toujours nécessaire et je ne lâcherai jamais l’affaire.

De notre côté, nous avons tenu nos engagements en augmentant les effectifs de la police municipale, en poursuivant désormais le déploiement de la vidéoprotection vers les cités où il y a le plus de problèmes. On a payé un terrain pour que la police nationale ait un nouveau commissariat. On soutient la prévention et la médiation avec les associations Canal et Partenaires pour la ville et les Médiateurs de nuit dont le périmètre s’étend. Mais je considère que nous sommes toujours en déficit dans le domaine de la prévention et de la médiationet ça doit interroger tous les acteurs, dont l’État. Alors même que la solution à moyen terme passe nécessairement par la médiation. On voit bien que la délinquance est très liée au décrochage scolaire par exemple.

Moi, je me positionne comme une personne centrale afin d’apporter plus de sécurité aux Dionysiennes et aux Dionysiens. Je ne ferai pas rêver, parce qu’on sait que c’est un combat de longue haleine, pas simple, qui ne touche pas que Saint-Denis, mais on doit continuer à avancer.

 

Le JSD : Vous n’avez pas l’impression d’être face au tonneau des Danaïdes ? Les pouvoirs publics déploient beaucoup d’efforts pour peu de résultats….

LR : Non parce qu’il y a aussi des réussites. On a ramené la tranquillité et la sécurité dans certains endroits. Rappelez-vous : 2008-2009, avec le trafic de crack à la gare de Saint-Denis. Il y a d’autres phénomènes depuis à la gare,mais les consommateurs de crack ne sont plus là. Autre exemple, les trafics de drogue à Romain Rolland qui ont très fortement diminué. Toute amélioration qu’on apporte sur un secteur donne du courage.

 

Le JSD : Des améliorations dans l’accompagnement des victimes ne sont-elles pas souhaitables également ?

LR : En effet, trop souvent des Dionysiens nous disent « on a été mal accompagné », « on ne sait pas vers qui se tourner ». Nous cofinançons déjà l’aide aux victimes du commissariat. Mais je souhaite qu’en tant que Ville on soit plus dans le suivi et l’accompagnement des Dionysiens. Ça passe par plus de moyens à la Maison de la justice et du droit qui est la seule du département à ne pas bénéficier des services d’un greffier. Et de manière plus globale, on va mettre en place, comme d’autres villes l’ont déjà fait, un médiateur indépendant qui aura pour vocation de trouver des solutions quand il y a un blocage entre l’administration et un administré. On doit aussi sécuriser les gens dans leurs parcours administratifs.

 

Le JSD : Être désigné territoire d’expérimentation de la sécurité duquotidien pourrait apporter une bouffée d’oxygène en matière de sécurité publique…

LR : Nous sommes depuis longtemps dans la logique de dire que nous avons besoin d’une police visible, accessible, présente, et pas uniquement d’une police d’intervention qui laisse derrière elle une jachère, où repousse la délinquance. Le besoin de police de proximité n’a jamais été pour jouer au foot avec les jeunes. C’est le besoin de forces de l’ordre qui connaissent les quartiers et leurs acteurs. C’est aussi le meilleur moyen de réduire les contrôles sur les individus. Ça réinstaure de la confiance entre police et habitants. Et j’ai bien noté que le Président de la République souhaitait que cette police de sécuritédu quotidien agisse contre toutes les incivilités qui empoisonnent la vie des Dionysiens. Avoir une police qui connaît bien les quartiers c’est aussi le meilleur moyen d’avoir du renseignement sur des phénomènes de trafic ou de radicalisation. En revanche il y a deux conditions pour moi : cette police doit se mettre en place avec des moyens supplémentaires et les personnels doivent être fidélisés sur le territoire. On devrait être fixé fin décembre. On a mis toutes les chances de notre côté pour l’obtenir. Les places sont chères dans cette expérimentation. Mais quel meilleur territoire que Saint-Denis pour expérimenter cette nouvelle police ?

 

Le JSD : Quelle est votre position sur la légalisation du cannabis, avancée par certains comme une solution pour baisser le niveau de violence et d’insécurité dans les quartiers et concentrer les efforts de la police sur d’autres problèmes ?

LR : Je ne suis pas un spécialiste de la question. En revanche je considère que la lutte contre les trafics de stupéfiants est un échec. Quand on est en échec il faut l’accepter et ouvrir des pistes pour y remédier. Si la légalisation du cannabis devait être une solution, moi je souhaite qu’on l’examine, qu’il y ait un débat national et qu’on l’ouvre dès maintenant.On a la chance d’être à quatre ans de la prochaine élection présidentielle. On a le temps de mener un vrai débat. Ouvrons ce débat, avec tous les acteurs.

 

Le JSD : En dépit des actions menées depuis le mois de juin, les vendeurs à la sauvette continuent d’investir largement l’espace public sur le parvis de la gare et rue de la République notamment. Avez-vous une nouvelle stratégie pour endiguer le phénomène ?

LR : Moi-même riverain de la gare, je trouve cette situation intolérable. À la gare on a été capable à une époque de faire reculer le trafic de crack quand on a travaillé tous ensemble. On sait d’ores et déjà que le trafic de cigarettes va exploser dans les mois à venir avec le passage du paquet à 10 euros. Qu’est-ce que fait l’État à ce niveau ? Pareil, sur les ventes à la sauvette de brochettes. Ce ne sont plus uniquement des gens qui font ça pour survivre. C’est devenu là aussi l’objet de trafics. Ce sont des gens qui paient leur place pour pouvoir vendre et reversent une commission sur leurs ventes. Des trafics de telle envergure nécessitent de vraies enquêtes de police. Ensuite l’État doit tenir ses engagements. Les Zones de sécurité prioritaires n’ont plus les mêmes moyens qu’à leurs débuts. Au printemps, nous avions l’engagement de la préfecture et du ministère de l’Intérieur pour la réouverture de l’antenne de police de la gare, et depuis, plus rien. La solution est connue pourtant : il faut une pression permanente au quotidien. Plus que ce que l’on fait aujourd’hui. Le réaménagement du parvis de la gare va intégrer cette problématique également. Mais nous devons avoir a minima des camions CRS en permanence dans un premier temps et la réouverture de l’antenne de police dans un second temps.

 

Fin de la deuxième partie de l'entretien.

Première partie : mi-mandat, propreté

Troisième partie : grands projets, finances locales

Quatrième partie : stationnement, personnel municipal, politique locale

 

Propos recueillis par Yann Lalande et Sébastien Banse


Pour en savoir plus: 

Réactions

Le maire d'une ville de cent quinze mille habitants idéalement située milite pour la légalisation du cannabis ! Même en rêve les chefs des trafics de stupéfiants n'y auraient pas pensé. Le premier responsable de Saint-Denis, ville empruntée chaque jour par deux cent mille personnes, souhaite que ses concitoyens puissent librement acheter et consommer du cannabis ! Cela illustre la démission des élites françaises face à la criminalité. Les trafiquants dionysiens luttent pour conserver leur clientèle (comme tout commerçant). Si l’État légalise le cannabis alors les trafiquants dionysiens casseront les prix des drogues plus dures plus addictives. La criminalité décuplera. Le nombre de meurtres commis à Saint-Denis augmentera. Si j'étais maire de Saint-Denis je protégerai la population et redoublerai d'imagination pour gêner 365 jours par an le trafic dans chaque quartier. Plusieurs exemples prouvent qu'avec de de la volonté, on peut gagner cette guerre contre le trafic de cannabis.
Pour gagner une guerre il faut rassembler un maximum d'informations sur l'ennemi. C'est à dire cumuler des milliers de données sur sa tactique sur sa stratégie sur ses capacités sur ses équipements sur ses choix d'emplacements. Si j'étais maire de Saint-Denis j'inciterai les dionysien(ne)s et les utilisateurs de la ville à employer leurs smartphones pour fournir discrètement à la Police Nationale des renseignements sur les trafics. Renseignée avec des photos des vidéos des sms, alors la Police Nationale peut arrêter les trafiquants en flagrant délit. On développerait une application sécurisée android/ios pour permettre ce stockage d'informations. Pour gagner une guerre il faut motiver les soldats. Si j'étais maire de Saint-Denis j'équiperai la police municipale d'armes de catégorie B de pistolets 9mm et de revolvers calibre 38 spécial. Si j'étais maire de Saint-Denis je négocierai une convention avec l'Armée de Terre pour embaucher des légionnaires en fin de contrat.
J'espère que vous ne serez jamais maire de Saint Denis ni d'aucune autre ville. Les armes n'ont jamais rien résolu sauf à entrainer une prolifération dans le camp adverse. Quant aux légionnaires.!!!! non merci !!!..... Pour le reste , où lisez vous que le Maire se dit favorable à la légalisation du canabis, vaste débat qui a d'ailleurs été au coeur de la campagne des présidentielles, Il demande simplement que cette hypothèse comme d'autres soit débattue au niveau national. Enfin je trouve géniale votre idée de demander à chaque citoyen de se transformer en super flics justiciers en utilisant les smartphones pour filmer ou enquêter sur les dealers - Personne n'y avait songé avant vous, même pas la police d'ailleurs. En même temps, je doute fortement que ces petits chéris nous laissent gentiment les photographier ou les filmer. mais bon, si vous y croyez vous pouvez toujours essayer !
Eh bien, heureusement que lecteur-jsd n'est pas maire de Saint-Denis...

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