En ville

Entretien avec Laurent Russier, 3e partie
/ « Aucune autre ville en France ne va bénéficier d’autant d’investissements »

Le 3 décembre, Laurent Russier a bouclé sa première année dans le fauteuil de maire de Saint-Denis. L’occasion de faire un tour d’horizon à 360 degrés des sujets d’actualité. Ceux qui fâchent comme ceux qui réjouissent.
Principal axe de la future ZAC, la rue Pleyel avec le Sacré Cœur pour horizon.
Principal axe de la future ZAC, la rue Pleyel avec le Sacré Cœur pour horizon.

 

Grands projets

 

Le JSD : Vous disiez le souci des habitants de participer au développement à venir de la ville et votre engagement à les inclure dans ces grands projets que sont les JOP 2024, le Grand Paris Express, le franchissement Pleyel, etc. Le problème est qu’au vu des gros enjeux financiers et des grands acteurs concernés, l’accroche locale n’apparaît pas forcément évidente….

LR : Tous les grands projets à venir sont une formidable opportunité pour le territoire. Aucune autre ville en France ne va bénéficier d’autant d’investissements dans les prochaines années. Ce sont près de 12 milliards d’euros qui vont être investis ici. Et je tiens à rappeler que ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat de grands projets urbains à l’œuvre depuis des années. C’est à mettre au crédit de Marcelin Berthelot, Patrick Braouezec, Didier Paillard qui n’ont pas baissé les bras face à la désindustrialisation et se sont battus dès qu’une opportunité se présentait. Car ces grands projets sont de formidables accélérateurs urbains et sociaux. Maintenant, bien sûr il fautde la vigilance. Mais j’ai aussi confiance. Et au final tout ça n’aura pas de sens si ça n’améliore pas la vie des Dionysiens en termes de logement, d’emploi, de transports, d’accès aux loisirs. Rien ne se fera donc sans associer les habitants dans leur plus grande pluralité. Ce n’est pas pour rien si les prix de l’immobilier à Aubervilliers ou ici sont maîtrisés, c’est une vraie volonté politique. Je prends l’exemple de Saint-Ouen. Depuis qu’il n’y a plus ce travail de maîtrise des prix, du fait du changement de majorité, les biens ont augmenté de 70 à 80 % et ne permettent plus à certains Audoniens de se loger. Ce n’est pas ce que je souhaite. Je veux une ville et une Métropole qui se construisent avec nos habitants, qui ne vivent que de leur travail.

 

Le JSD : Quels outils mettez-vous en œuvre pour maîtriser ces phénomènes ?

LR : Nous voulons que les zones d’aménagement des grands projetssoient sous maîtrise publique locale, qu’elles accompagnent un projet urbain et qu’elles maîtrisent le prix du foncier.Que ce ne soit pas simplement, par exemple, une piscine qui vienne se poser là, avec des bâtiments qui permettent de rentabiliser l’opération. On sait bien que le coût du logement, c’est le coût du terrain. Et donc sept ans avant les Jeux, il faut maîtriser les fonciers. C’est notre meilleure garantie contre l’augmentation des coûts. C’estpourquoi les permis de construire doivent continuer d’être signés par le maire.

 

Le JSD : vous ne craignez pas de devoir faire face à de très fortes pressions compte tenu des enjeux ?

LR : Mais la pression on l’a déjà en temps normal. Avec de nombreuses entreprises qui viennent nous solliciter. Je préfère gérer la pression dans ce sens-là : quand c’est nous qui maîtrisons. Mais c’est vrai, on doit faire monter le niveau d’insertion de 5 à 10% sur les grands chantiers et nous devons permettre à nos entreprises locales de répondre aux marchés, parce que c’est souvent synonyme d’emploi local.

 

Le JSD : Grands projets ça veut aussi dire grands chantiers et grandes nuisances. D’ici 2024, Saint-Denis va être un grand chantier. Quelles actions sont envisagées pour gérer les nuisances ?

LR : On va être très vigilant sur la communication autour des chantiers. On va aussi responsabiliser les maîtres d’œuvre sur la tenue de leurs chantiers. On travaille sur la mise en place dès maintenant d’une cellule chargée du suivi des grands chantiers, en partenariat avec Plaine Commune. Elle répondra à un besoin de coordination afin d’être le plus réactif possible. Ensuite on a la chance d’avoir et la Seine et le canal sur le territoire : il faut qu’on les utilise au maximum comme axes de logistique. La deuxième chose, c’est le recours au réemploi. Dans un territoire en mutation comme le nôtre cohabitent démolition et construction. On peut réemployer parfois les matériaux des premiers pour les seconds. Tout ça pourrait minimiser l’impact de ces grands chantiers.

 

Le JSD : Certains disent qu’il faut arrêter de construire et de densifier considérant que Saint-Denis a déjà suffisamment de difficultés comme ça. Vous pensez que la Ville a les moyens d’accompagner ce développement induit par les grands projets avec des services, des infrastructures, etc. ?

LR : Saint-Denis est au cœur d’une métropole qui connaît depuis longtemps un déficit de logements. Après il y a deux solutions. Ou chacun vit dans son égoïsme local et on fait de l’étalement urbain en Seine-et-Marne, dans le Val-d’Oise et dans l’Essonne. Pour moi construire plus loin est une aberration écologique. Il faut qu’on ait un vrai virage écologique dans cette métropole. On ne peut plus considérer que le B-A BA de la mobilité est la voiture, même propre. Je suis contre l’étalement urbain et favorable à une ville dense autour des moyens de transports. Moi ce que je souhaite c’est continuer à « faire de la ville » là où il y a déjà la ville, à condition en effet d’être bien accompagné par les pouvoirs publics. Je rappelle au passage qu’à Saint-Denis nous sommes dans une densité 4 ou 5 fois plus faible qu’à Paris. À Pleyel nous allons disposer d’une gare qui verra passer 250 000 voyageurs jours. Il me semble logique que des habitants vivent à côté. Ça limitera d’autant la place de la voiture dans la ville. La ville de Saint-Denis n’a aucune raison de se fermer. On va continuer à accueillir de nouvelles populations, tout en permettant aux Dionysiens de vivre cette ville. Ayons confiance dans un progrès maîtrisé. On sait baisser la voilure sur certains secteurs quand il le faut. Maintenant, pour réussir, on a besoin d’un État porteur d’égalité territoriale. Je sais pouvoir compter sur les deux députés de la ville pour porter et construire cette exigence.

 

Finances locales

 

Le JSD : L’État a changé de méthode, adopte la recette un peu fourbe du FMI, sur le ton : « c’est à vous de faire attention, sinon on interviendra ». Est-ce que les contraintes annoncées sont tenables ? Et est-ce que ce contexte budgétaire permet encore de mener une politique ambitieuse sur la Ville ?

LR : Pour moi, le résultat est le même. Que la baisse des dotations soit faite de manière autoritaire, comme sous les précédents gouvernements — on a perdu 28 millions en trois ans, sur la durée du mandat ça fera plus de 50 millions — ou que ce soit la méthode Macron, sous forme de contractualisation, les contraintes budgétaires sont les mêmes. Je ne peux pas entendre Emmanuel Macron se faire le chantre de la liberté, de la France créatrice, des territoires qui bougent et dans le même temps dire stop à l’augmentation des dépenses dans un territoire aussi dynamique que le nôtre, où les besoins sont immenses. Tout en supprimant l’accompagnement des villes bâtisseuses. C’est le meilleur moyen de casser les dynamiques de territoire. Le président se fait l’apôtre de la liberté : qu’il laisse les collectivités réaliser leurs investissements qui permettent de créer de l’emploi. De son côté, la Ville de Saint-Denis a des finances saines.On a une bonne capacité de désendettement :enmoyenne les ratios dans le domaine tournent autour de 15 ans, àSaint-Denis nous sommes à 7 ans. Notre taux d’épargne est à 9%, bien au-dessus du seuil de 5% en dessous duquel ça devient dangereux. C’est ce qui nous permet de continuer à répondre aux besoins des Dionysiens, en investissant deux fois plus que la moyenne des autres villes de 100 000 habitants. Cette gestion financière saine qu’on a défendue depuis des années, malgré les appels de l’opposition à dépenser plus, nous permet de continuer à avoir un budget en développement, de ne pas supprimer, comme trop d’autres villes sont obligées de le faire, des centres de santé ou de baisser des subventions… 

 

Le JSD: Mais doit-on craindre des coupes budgétaires ?

LR : Cette politique d’Emmanuel Macron est dangereuse pour les habitants et les collectivités locales. Entre la baisse des APL, la hausse de la CSG pour les retraités, la fin de l’autonomie fiscale des collectivités avec la suppression de la taxe d’habitation, la suppression des contrats aidés, ilssont en train de casser les dynamiques. À un moment ou un autre, si on entre dans cette logique, ça risque d’entraîner des coupes dans les services publics. Mais je ne souhaite pas m’y résigner. Nous continuerons à adapter notre service public en faisant les économies possibles : 22 millions d’euros d’économies ont été réalisées depuis le début du mandat. Maison se mobilisera, avec les habitants, avec les associations, avec les villes voisines : onne peut pas casser les dynamiques d’un territoire en mouvement, ça n’a pas de sens !

 

Fin de la troisième partie de l'entretien.

Première partie : mi-mandat, propreté

Deuxième partie : ordre public, insécurité

Quatrième partie : stationnement, personnel municipal, politique locale

 

Propos recueillis par Yann Lalande et Sébastien Banse


Pour en savoir plus: 

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